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in 2009
Iittp://www.arcliive.org/details/mmoiressurlade02pouc
MÉMOIRES
SUR
LA DERNIERE GUERRE
D £
L'AMÉRiaUE SEPTENTRIONALE.
TOME S E C O N D^
MÉMOIRES
SUR /'ik--
LA DERNIERE GUERRE^
jD E
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
ENTRE
La France et l'Angleterre.
Suivis d'Obfervations , dont plufieurs font
relatives au théâtre adluel de la guerre, &
de nouveaux détails fur les mœurs & les
ufages des Sauvages , avec des cartes to-
pographiques.
Par M. PoucHOT , Chevalier de f Ordre Royal Z^
Militaire de St. Louis , aiicien Captaine au Ré-
^imeJît de Bènrn , Commandait t des forts de l>iia^
gara '^ de Lévis , en Canada,
TOME SECOND.
Y V E R D O N.
AI. D C C. L X X X L
i.£c//A-/-ic- J Harl-cé/vOe c/ny-Carioru:
i.Potk- oc Sc'ci^ur.r. , ,, s
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PLAN
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tt1:>^'>.llt f^%mBr'>Ut
-le^^"^ • mùùùn^:?*^ 'ÙM04 ^^'^^
^lEMOIP^ES
S U R L A
ŒRNIERE GUERRE
DE
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
Entre la France ^ l'Angleterre.
K^
Ous avons vu dans le volu-^5555!
e précédent le fort des marchan- I7f5>
[es deftinées pour le roi à Fron- .
nac. On chercha chez les mar-
! ands & les particuliers de quoi
jmplacer ces effets. Le peu qui
oit échappé aux Anglois dans
Tome IL A
% Mem.ftirladern. Guerre
^^^^ie trajet de France en Canada , fe
^l')9' vendit d'abord aux commerçants
& aux particuliers qui avoient des
poftes dans les pays d'en haut à
fournir , ils les agiotèrent en-
tr'eux avec des bénéfices confidéra-
bles. Enfin , les derniers à qui ils
étoient parvenus , les livroient à
l'intendant au dernier prix cou-
rant. On imagine bien que la fo-
ciété & les amis étoient prévenus
des achats qu'il y auroit à faire, &
enlevoient les effets , afiji de pren-
dre leur mefure pour être les der-
niers vendeurs au roi. Si on ajoute
à cela les manœuvres qui fe fai-
foicnt dans les poftes , on jugera à
quel prix exhorbitant chaque cho-
fe étoit portée, & combien il fe
faifoit de petites fortunes parmi ces
brocanteurs. Malgré tous ces in-
convénients , on trouva encore le
moyen d'alTez bien approvifionner
les poftes y eu égard à la difette de
toutes chofes.
(k r Amérique Septentr. 3
Revenons aux opérations mili- "ïîï^—
:es. Dans tous les petits partis ^7T9-
guerre que l'on faifoit , on pre^
it toujours quelques prifonniers
glois , qui annonçoient les plus
:nds préparatifs contre le Cana-
Les commandants des polies au-
ir du lac Ontario & de la Belle-
/iere, avertirent M. de Vaudreuil
mécontentement des cinq na-
ns , ce qui le détermina à ren-
/er M. Pouchot commander à
igara. M. Pouchot s'y prêtoit
c peine , parce qu'il prévoyoit
^ui devoit réiulter de l'infuffi-
ce des reffources du pays. M.
Montcalm étoitaffez de Ton avis,
rendant , il ne put pas refufer
officiera M. de Vaudreuil. On
oit donner à M. Pouchot 300
nmes de troupes françoifes;
l^s prévoyant qu'elles feroient
lès , on ne lui donna que trois
iuets formant 149 hommes. En
A z
4 3Iém. fur la dern. Guerre
■ "'"""™ 'prenant congé de lui , M. Pouchoj
^75 S^"- lui dit: il y a apparence que nouj
ne nous reverrons qu'en Angleter
re. Il partit de Mont-Réal le 2^
Mars avec 157 Canadiens , aux or
dres de M. de Repentegni , officie
de la colonie. Etant à quatre lieue
fur le lac St. François , il apperçu
les glaces du lac qui fe féparoien
& fornioient un chenal dans le mii
lieu. 11 écrivit fur le champ à M. d 1
Vaudreuil cet événement, ce qii
défignoit que celles de la rivier
dévoient fondre inceffamment, i.
que la navigation fèroit bientc
' libre. 11 eut toutes les peines d i
monde de gagner l'extrémité fij
périeure du lac. Les glaces mai)
quant fous les pieds , plus de 3
Canadiens s'enfoncèrent. Heurei
fenient , en fe retenant aux glacci
ils reniontoient deffus. Il ne péri
perfonne,par une efpece de miracl(
Le 2 Avril , fe trouvant au defll
de l'Amérique Septentr. %
long Saut, il trouva des bateaux ^ii-^^^—
pofte de la Préfentation qui 17 5^-
)ient venus à fa rencontre. Il s'y
ibarqua. Le 4,il arriva à la Pointe
Baril , trois lieues au deflus de
Préfentation. 11 iiit tout de fuite
'ance où l'on conitruiioit deux
:ques , chacune de dix pièces de
ion de 12. Elles dévoient être
îtes à lancer à l'eau. 11 en trou-^
une avec fon bordage , & Tau-
en bois tors. Il fit doubler fur
:hamp le nombre des ouvriers
ir y travailler jour & nuit. 11
:cupa encore à retrancher ce
le , qu'un parti auroit pu très-
ilement brûler ainfî que nosbâ-
ents.
^e 9, on lança à l'eau une bar-
\ qui fut nommée VIroquoife,
lo, pafla un courier du détroit,
mnonqa que les Sauvages des
d'en haut dévoient defcendre
lont-Héal Le 1 1 , tous les ba-
A3
6 Mém. fur la dern. Guerre
î^^^^teaux portant les convois de vivre
'759' (Sclesagréts, arrivèrent de Mont
Real avec les détachemens François
Le 1 2 , le deuxième bâtiment
nommé VOutaouaife , fut lancé
Teau. On peut juger par là queil
diligence on avoit fait pour leu
conftruélion. Elles furent grayéc
tout de fuite. Par deux François l
deux Sauvages d'un parti de A
Villcjoin, qui étoit auprès du h
des Onoyottes , M. Pouchot a]
prit qu'il n'y avoit peribnne
Chouegen , Se que les Anglo
étoient déjà en force au portage
où ils faifoient tous leurs prépar
tifs. Les Onoyottes lui avoient d
que Johnfon invitoit toutes L
cinq nations à venir tenir confe
chez les Onontagues , où eft lei
feu allumé (a).
Le :î5, MM. Pouchot, Villarsi
(a) Cela déiîgne le chef-lieu.
de P Amérique Septentr. 7
vcrvies , capitaines de trois pi-^^^î5!
.]uets , partirent furies Corvettes, ^IS^*
i& leur détachement avec M. de
Bonna - foux , officier d'artillerie.
Le 30, ils arrivèrent a Niagara.
Le 2 & 3 Mai, M. Pouchot in-
•errogea des prifonniers fiiits fur la
Belle - Rivière , qui lui donnèrent
des éclairciffements affez exads fur
lia pofition des Anglois dans cette
partie. 11 fut qu'ils avoient 4 à
S 00 hommes au fort Pittsbourg^
i Loyal- Anon 1 50, & que toutes
les troupes réglées en étoient rap-
Dellées. Ces prifonniers firent affez
bien la defcription de ces forts.
Le ^, M. de Vaffau , comman-
dant à N'iagara, relevé par M. Fou-
chot , repartit fur les Corvettes. Le
9^ M. Pouchot commença à faire
travailler à réparer le fort, auquel
on n'avoit rien fait depuis fon dé-
part. Il trouva les remparts très-
affaiffés , les gazonnements tous
A 4
8 Mê?n. fur la dern. Guerre
^ ^éboulés , & que l'efcarpe & la con-
î75^- tre - efcarpe des folles s'étoient ;
beaucoup comblés. Il fit auffi tra-
vailler à des pièces pour fervir de
bîendage en cas de fiege. Le 1 1,
un parti venant du fort Bul appor-
ta 6 chevelures. Joncaire, qui étoit
aux cinq nations, fit avertir M.
Pouchot, que les Anglois mar-
choient & que les Sauvages s'é>
toient totalement déclarés pour
eux. On fut que dans ce mois il
étoit arrivé à Québec 14 vaiiTeaux
françoispour le niunitionnaire , &
4 frégates.
Le 1 4. , Pakens Miflîfake & 40
guerriers vinrent former un parti.
Le 17, un Sauteur du Saguinan an-
nonça que le commandant M. Bel-
leftre y étoit & n'attendoit , pour
venir du détroit , que M. Pouchofc
le fît avertir. Le fecours auroit été
tardif, étant à plus de 100 lieues.
LangladCj officier de la colonie
de t Amérique Septcntr, 9
lomicilié dans ces p:îys , devoit^!?^^^
lefcendre à Mont-Réalavec looo ^7S9^
iauvages. Dans ce nombre fetrou-
oient les Folles Avoines qui, com-
le nous l'avons dit , avoient tué
eux François. Us amenèrent avec
ux les deux plus coupables de cet
GTaOînat , & les livrèrent à M. de
^audreuil dans une afTcmblée où
s couvrirent ces morts. M. de Vau-
reuii les leur remit pour en faire
iftice. listes paiTerentpar les ar-
les ; événement unique de la part
)s Sauvages , depuis que les Ëu-
)péens habitent l'Amérique. En-
il , toutes les nations du haut du
[lanada comptoient fe partager :,
3ur defcendre par la grande rivie-
' & par la prefqu'isîe.
Le 17, arriva une grande dépu-
tion des bonnontoins compofée
î tous chefs. Ils portoient des pa-
rles des Loups de Théaogen , qui
oient nos amis en r 7 s 7^ & dirent
A s
lo MênLjurladern, Guerre
^qu'ils s^étoieat mis en cheniin pour
^71 S/' venir voir leur père Sategcîrlotiac7i
( a ) ; mais qu'un chef Sonnontoia
leur avoit barré le chemin par un
collier (cérémonie pour les détour-
ner d'aller chez les François).
M. Pouchot reprocha à ces chefs
leur peu d'empreffement k fervir
les François 3 après les foins qu'il
avoit eu d'eux, ce qui étoit bien
différent du traitement que leur
faifoit Johnfon. Il leur reprocha
d'avoir envoyé des colliers aux
Hurons & aux Outaouais pour les
réparer du François, „ Ces col-
35 liers difoient : mes frères ( /; )
55 & mes confins (c), nous nous
^ voyons morts. Les Anglois &
(a) Ce mot fignifie le milieu dei
honnes cffaircs , nom donné à M. Poiir
chot par les cinq nations.
(b) Les Hurons.
(c) Les Outaouais»
de tAmêrîqite Septentr, i r
53 les François enfanglantent nos^^^^^
„ nattes. Ils font fi gros que nous 1755-
„ fommes écrafés. Regardez-nous
,5 comme morts. Mais la fumée
59 de nos os fe répand fur vous &
55 fur toutes les nations de l'Amé-
„ rique , & vous mourrez à votre
j3 tour. Nous vous invitons à
55 vous tenir par la main y pourdé-
55 fendre vos nattes & votre vie ;.
53 mais ne comptez pas fur nous ,
55 nous fommes morts „ ( a ).
Le 185 arriva cinq Miilifakes
de Carillon , qui apportèrent une
chevelure , dirent avoir vu beau-
coup de monde au fort George , Se
beaucoup de bateaux. L n prifon-
nier fait le 21 Avril, dit que les
Anglois étoient très - foibles dans
leurs pofles de l'Ohio, ayant beau-
(a) Ils eiitendoient par- là qu'ils
étoient gènes par les poftes & les ar-
mées des Angîois & des Franqois»
A 6
i^ Méîn.fur la dern. Guerre
ïï^^îî^coup perdu par les maladies à
i?)^- caufe des mauvais vivres. ALoyal-
Anon il ne reftoit que loo hom-
mes en état de faire le fervice. Le
20 arriva un courier des Illinois ,
portant de France des dépêches
pour nos généraux & l'intendant.
Dans ce mois , M. de Langis
brûla 500 berges & la barque des
Anglois fur le lac George , & prit
ou tua 40 hommes qui les gar-
doient.
Un fut averti de France qu'une
flotte angloife étoit partie dans les
premiers jours de Février, pour
affiéger Québec avec 10 milles
hommes de débarquement aux or-
dres du général Woif. Vingt'Cinq
mille étoient deilinés à pénétrer
dans le Canada par le lac George,
fous le général Amheril. il devoit
faire un détachement pour le lac
Ontario.
Qii détacha trois mille hommes^
de tAmêï'iqîie Scptcntr, i 3
rançois , foldats de la colonie &^^^
iiiliciens, aux ordres de M. de ^7 5^»
lourlamaque pour couvrir Caril-
on. Le refte de nos forces avec
rlM. de Vaudreuil , de Montcalm
c de Lévis , defcendirent à Que-
•ec pour s'oppofer à la flotte an-
îloife. Les poftes des lacs & de la
ielle - Rivière , n'eurent d'autre fe-
ours que ceux dont nous avons
>arlé ci - deiïus.
Nous commencerons la relation
Ile cette campagne par l'événement
lie Carillon. Dans les premiers
:Ours de Juillet, le général Am-
i'ierft partit avec un corps de 12 à
[4 mille hommes du fort George»
& débarqua au camp de Contre-
jCceur. 11 s'approcha du camp re-
lÈranché de Carillon que l'on aban-
jdonna. IVÎ. de Bourlamaque fe re-
plia à St. tréderic» laiiîant une
garnifon dans le fort Carillon, pour
couvrir fa retraite. Les ennemis
1 4 Mér)L fur la dern. Guerre
ï5î^^?!?*iiiirent quelques pièces de canon
^7 59- iur la hauteur des retranchements,
d'où ils battirent le fort qui fut
bientôt évacué, après qu'on l'eut
fait fauter en partie. 11 y eut feule-
ment quelques hommes pris dans
cette retraite. M. de Bourlamaque
fit encore fauter le fort St. Fréde-
rie , & fe retira à Pisle aux Noix ,'
dans la rivière St. Jean , où il fe
retrancha tout de fuite.
Le général Amherft s'établit à
St. Frédéric, où il commença un
fort & un camp retranché. Cette
frontière demeura aifez tranquille
cette campagne après cet événe-
ment , à quelques chevelures près
que l'on fit fur les Anglois. ku
îiiois d'Odobre, les Anglois ten-
tèrent de venir du côté de la ri-
vière St. Jean. Un corps de ^ à G
mille hommes s'embarqua & s'a-
vança jufques au deilbus des isles
aux Qiiatre Vents ;, où ils furent af-
de t Amérique Scptcnîr. i f
iilis d'un coup de vent fi violent'
ueies ennemis perdirent quelques ^7î9«
ateaux , ce qui les dégoûta. Ils
en retournèrent (a),
M. Pûuchot en partant de Mont-
Léal, avoit ordre défaire replier
^s poftes de la Eeile-hiviere , au
as qu'il eut une connoiiTance cer-
aine qu'il fût attaqué. In 'ayant au-
:une nouvelle que les ennemis
uffent defcendu la rivière de
'houegen, il crut pouvoir fans
Sanger envoyer les troupes & les
pfiiciers avec leurs vivres & mar-
chand] Tes dcftinées pour le fort
de la prefqu'isle ouMachault, où
(a) Les François avoicntété for-
cés d'abandonner le lac , après avoir
eu deux bâciniens de guerre naufra-
gés. Le général Amhertl travailla en-
core à ouvrir une route de commu-
nication entre le fort Carillon ou Ti-
conderago & les provinces de la Non»
velie Hampshire & de MafTachufet,
î ^ 31êm. fur la dem. Guerre
^^^conioiandoit M. de Lignery. Il fit
ï? ^'S'- accélérer le départ du convoi pour
ce portage , ayant projeté, fur la
connoiffance qu'il avoit prife de
l'état des ennemis , de faire ruiner
leurs forts de Loyal - Anon & de
Pittsbourg. Après cette expédition,,
cette partie n'auroit plus eu rien à
craindre. Toutes les troupes & les
fecours qui y étoient deftinés , fe
feroient repliés à Niagara pour fou-
tenir ce poRe. L'efprit de tous les
Sauvages étoit alors en fermenta-
tion, pour ou contre les François.
Ceux de la Belle-Riviere invitèrent
ceux du détroit à fe lier avec eux à
Sandoské. Ceux-ci ne voulurent
pas les écouter fans le confente-
iiient de M. de Vaudreuiî.
Des Hurons & des Iroquoisqul
avoient été au fort Pittsbourg , ci-
devant du Quefne, rapportèrent
qu'ils avoient rencontré quatre Sau»
Yages, des Tétes-iiates, nation eiv
de r Amérique Septenfr. 17
lemie des nôtres,qui leur dirent de""^""^
défier des Anglois, qui ne cher- ^759
:hoient qu'à les brouiller pour les
létruire les uns après les autres ,
lès qu'ils auroient éloigné les
î'Tançois, que piufieurs d'entreux
•toient partis pour faire des partis
ur les Anglois , avec lefquels ils
urent depuis en guerre ( a ). Flu-
ieurs nations avoient été en con-
zi\ au fort Pittsbourg. Le coni-
iiandant ( c'étoit encore f orbes )
^ur avoit parlé avec arrogance.
, Quand je fuis venu fur cette ter-
, re, leur dit- il, j'ai cru que
, quelqu'un me la difputeroit.
(û) M. Pouchot veut fans doute
arler ici du foulevement général des
anvages de l'Ohio & des pays d'en
av.t, arrivé en 175^ & Ï764J ce qui
iiiiit faire évacuer aux Anglois tout
.n-érisur de l'Amérique Septentno-
1 8 Mém. fur la dern. Guerre
^-^^^^^^^ Ceux cependant qui y étoient ;'
^759*^5 ont fui comme des grenouilles ,
55 à qui on jette un bâton. Pour
53 vous autres Sauvages , vous
33 vous Paiffez toujours tromper
„ par les François , pour un petit
53 bout de tabac long comme le
53 doigt. Vous prenez la hache,
53 & quand vous perdez un hom-
53 me 5 vous le pleurez des années
53 entières, ils n'en eft pas de mê-
33 me de nous. Nous apprenons
yy la perte d'une armée , d'une ba-
33 taille avec autant de gayeté que
53 fon gain. K'ous voulons bien
5j avoir pour vous la même amitié
53 que nous avons eue pour vos an-
53 cêtres la première fois que nous
53 fommes venus fur vos terres;
53 mais fi vous vous mêlez encore
53 avec le François , vous ferez
53 morts & nous frapperons par
53 tout 33. Les Sauvages lui répon-
dirent : 33 le François , mon fre-
de P Amérique Septentr. 1 9
re ( a ) , eft cent fois plus brave^^^^
que toi. Ton orgueil ne mérite ^7)5<
y^ point de réponfe ,3. Ils le quit-
tèrent auffi- tôt.
Des Iroquois dirent à des Eli-
rons 5 que dans les paroles qu'ils
leur avoienc adreffées (/O , il y
avoit des choies qui étoient ii bien
enveloppées, qu'il n'y avoit que des
efprits iubtils qui les entendiflent ,
& qu'elles ne dévoient paffer qu'aux
chefs, ils ajoutèrent qu'ils avoient
réfolu de rendre leur terre tran-
quille , & qu'ils vouloient d'abord
chalTcrie François qui étoit le plus
brave , enfuite les Anglois. Les Hu-
rons leur répondirent : „ prenez
„ garde à ce que vous faites , nos
55 frères les Iroquois; qui eft-ce qui
(cf) Ils défignert toujours par ce
nom les Anglois, coPxinie par celui
de père , les François.
{b) Nous avons fait mention plus
haut de ces colliers.
20 M cm, fur h dern. Guerre
^^^^55 peut tenir le François ?& quand
^75^- 35 vous feriez aflez fort pour le
55 chafler , lorfque les nations du
55 nord viendront , & qu'elles vous
55 diront , allons j levez -vous ,
55 nous voici arrivés avec la hache
55 que vous nous avez envoyée
35 pour tuer les ennemis de notre
55 père, qu'aurez vous à leur ré-
55 pondre? prenez garde , nos fre-
35 res, à ne pas faire quelque fotti-
35 fe ,5. M. Fouchot reprocha ce
confeil à l'iroquois qui avoit por-
té la parole à bandoské devant un
grand chef Huron. L'iroquois nia
d'avoir eu feulement penfée à une
femblable explication. Le chef Hu-
ron lui répondit : ,, il n'eft pas
35 étonnant qu'on eut tenu ces pro-
35 pos à Sandoské, qui étoit un
35 feu allumé fans aucun aveu de
35 la nation , & il n'y avoit que les
3j étourdis & les mal - faiteurs qui
33 reftaffent où . l'on faifoit tou-
de t Amérique Scptentr, «f
5 jours de mauvaifes affaires ; mais "^
, que fa nation avoit bien promis ^7^5-
, de ne rien écouter de ce qui
, viendroit de cet endroit , com-
5 me on pouvoit en juger par les
, colliers qui avoient été remis k
5 M. Belleifre , & qu'ils n'avoienc
, pas voulu répondre „.
Le 2 8 Mai , il vint à Niagara 4
:hefs Tonniac & 3 3 Goyogoins en
:onfeil. M. Pouchot leur reprocha
l'avoir envoyé des colliers pour dé-
ourner les nations de notre ami-
ié. ils lui répondirent par un col-
ler : 55 11 eft vrai , mon père , que
) nous n'avons pas de l'efprit.
5 Nous te fommes obligés de nous
, le rappeller. Nous connoilTons
5 bien tout le mal que nous fai-
> fons; mais auffi perfonne n'eft
5 plus embarraffé que nous. Le
,5 François nous attire d'un côté ,
,5 FAnglois de l'autre. Tous les
,, deux vous nous donnez des rai-
2 z 31ém, fur la dern. Guerre
S^îSËï?^^ fons fpécieufes. L'Anglois nous
^759.,, dit de nous défier duFrançois,
5, qui a de l'efprit & qui tâche de
55 nous tromper finement. Chaque
5,, nation nous accable de préfents.
35 Pour nous , ce que nous favons,
35 c'eft que le maître de la vie nous
35 a donné l'isle de l'Amérique à
33 nous autres Sauvages qui l'habi-
5, tons. Nous ne comprenons rien
33 aux prétentions des Anglois Se
3, des François. Nous ignorons
33 quel eft le motif fecret qu'ils
33 ont de fe faire la guerre. Notre
„ véritable intention eft de refter
33 neutres. Vous êtes tous les deux
33 fi gros, que nous nous voyons
5> écraiës malgré nous. L'Anglois
35 nous vole- toujours quelques
^ guerriers attirés par Teau-de- vie
.5 & des préfents confidérables.
33 Nous leur avons cependant ex-
35 preiTémenc défendu d'aller avec
jj lui , & nous les grondons bien ^
de VAmcyiqus Septenfr. 23
lorfque nous le favons. Vous au-*^^^^
très François, vous nous en volez 1 7 ^ ^«
auffi ; mais nous en fommes bien
aifes. Tu peux en juger par nos
parens qui vont tous à ia guerre
pour toi ,5. L'on ne peut expri-
er plus naïvement cesfentiments.
près avoir prié par des branches
; leur faire raccommoder leurs
jtils , ils dirent : ,, mon père nous
favons que TAnglois t'a volé Ca-
taracoui; mais ce n'eft pas no-
tre faute ; nous t'avions averti.
Si nous apprenons que l'Angiois
trame quelque cliofe contre toi,
nous t'avertirons fur le champ ,
pour que tu ne ibis pas furpris.
Nous te prions d'attacher le
bout de tes mamelles avec une
feuille de bled d'Inde , pour que
ton lait ne coule pas, & que
nous te puiffions parler tranquil-
lement des bonnes aifaires „.
Ce Tonniac étolt réellement at-
24 3Iem. fur la dern. Guerre
!5ïi!H'i!!!Ë taché aux François. C'étoit ut:
^7S9- homme de grand fens & fort con
fidéré de fa nation ; mais le ma
général avoit gagné ; ils étoieni
pervertis. Craignant que quelqud
Iroquois partifan des Anglois m\
fît quelque fottife dans le fort , i]
empêcha fes compatriotes de boi-
re. C'eil la feule fois que des Sau-
vages Payent refufé ; & cela nouj
endonnoitla défiance.
Le I Juin, les détachemens &
les munitions pour la Belle- Rivière
partirent,aux ordres de M. de Mon-
tigny. M. Pouchot lui remit une
lettre pour M. de Lignery, dont
nous donnerons ici un extrait. El-
le développera quelques événe-
ments qui ont fuivî.
„ Voilà , M. , M. de Montigny
53 qui vous joint. La difficulté du
„ portage Ta retardé jufqu'à pré-
3, fent. il l'a furmontée. Il porte
^5 avec lui une quantité fuffifante
« de
de t Amérique Sepfenfr. i?
de farine pour vous faire atten-^^^^^
dre le fecours des Illinois, je l'ai ^75 9«
fait mettre en facs , afin que la
difficulté du tranfport dans les
portages n'en arrête le charroi.
Je ïi'ai voulu laifler paOTer ces
provifions qu'avec M. de Mon-
tigny , pour que chaque officier
qui fera diftribué fur chaque ba-
teau, puiiïe veiller à leur sûreté ,
Se qu'elles vous arrivent bennes
& bien conditionnées, comme
je vous les envoyé.
^ J'ai fait auffi partir un alTorti-
ment de quarante ballots de mar-
chandifes les mieux condition-
nées, & àiK caiffes de fufils.
J'ai joint trois cents pelles , pio-
ches & haches. Ce font des
meubles indifpenfables dans les
opérations de guerre, & dont
je fuppofe que vous devez être
peu fourni, étant venu du fort
Tome IL g
26 Mêm, fur la dern. Guerre
^^^^^=^^55 du Quefne à pied (a).
^7)i^« „ Vous trouverez peu de cou-
j, vertes. Il n'y en a que deux pat
„ ballot , parce que la traite qui
„ a été très - conlidérable avec les
35 nations qui vont en guerre de
35 chez vous, vient de me lei
55 emporter. Le refte de Paflbrti
5, ment eft affez bien. J'ai fai
55 choifirles ballots les moins ava
55 ries , le furplus fe trouvant prel
5, que tout pourri.
3, Je me flatte, M. que vôu
5, voudrez bien entretenir une cor
3, refpondance fréquente avec moi
55 Vous verrez que je ferai mo!
„ poffible pour vous procurer tou
les fecours qui dépendront d
moi , foit pour le bien du fei
)>
(a) M. Pouchot ajouta deux pic
ces de canon de 4 de campagne, qu
l'on pouvoit mener par la Beile-Rivi<
re jufques au fort Pittsbourg. On avo
des chevaux de trait dans cette parti(
de V Amérique Septentr. 27
vice , foit pour vous obliger i^^^^^
mais je fuis extrêmement pau- ^7 5^'
vre quant à préfent,,.
M. Fouchot mandoit encore à
LdeLignery, qu'il avoit appris
ir le Courier des Illinois qu'il en
rivoit 300 hommes aux ordres de
iM. Aubry & du chevalier Vil-
prs , avec 233 cents milliers de
;ine qu'on avoit laifles au porta-
,: des Miamis , & que l'on deman-
l'it à M. de Port-Neuf, comman-
jnt à la prefqu'isie, chargé du
[irtage de les envoyer prendre in-
[famment avec fes bateaux. 11 en
noit enfuite aux opérations de la
mpagne , fuivant le projet qu'il
L avoit conçu d'après l'état des
iglois à la Belle-hiviere.
„ Le retour, M., de vos par-
tis de guerre aura du vous in-
former de la fituation adoelle
des ennemis depuis Raifton juf-
ques au fort Pittsbourg. Suivant
B z
318 Mem. fur la dern. Guerre
"^^^^^„ le rapport de votre dernier pri
^'^^^•jD fonnier, je les vois plus maie
55 ordre que nous dans cette pai
5, tie j & avec peu d'efpérance d
55 recevoir des îecours conlidéra
^ blés.
,5 Je vous prie de prendre c
„ que j'ai l'honneur de vous man
5, der ici comme les penfées d'u
55 bon ami. Si quelquefois on n
3, penfe pas à tout, on peut d
55 moins avoir une idée neuve.
55 Suivant les rapports ci-deffu
^ il paroît , M. , que vous poi
^ vez être à niême de faire une op'
55 ration offenfive. J'ai prié M. c
55 Montignyde vous faire paffei
55 dès fon arrivée à la prefqu'isle
55 un officier & quelques France
55 des plus ingambes , pour qi
j5 vous puifliez à leur arrivée e
5j voyer faire une découverte f
3, les routes & fur les poftes
,5 Loyal - Anon & de Pittsbour|
de f Amérique Scptentr, 29
îfin d'agir en conféquence de"""""^
leurs rapport?. ^7S^'
,5 Dans fes initruâions , il con-
vient de lui ordonner d'exami-
ner les roiitcs , les endroits pro-
Dres à camper, les défilés pro-
pres à des embulcades contre les
:onvois , dobferver les coulées
des niontrignes & les rivières
qu'ils font obligés de palier ; ce-
la évitera bien de faufîes démar-
:hes h nos détachements.
„ Cet officier devra aufli bien
examiner l'étendue de leurs
brts 5 l'efpece d'ouvrage dont
Is font défendus , les parties qui
meuvent n'être pas finies , les
lauteurs qui les commandent &
3Ù il feroit poffible de le pla-
:er , foit pour fufillier dans ce
fort , foit pour le bloquer. Si
vous êtes dans le cas , Monfieur,
i'y marcher avec tout votre
iionde , comme je l'efpére,
B a
30 Mém.furladern. Guerre
' » il conviendra d'y porter ave(
^1)^' ^3 VOUS les outils que je vous ea
55 voye 5 afin de pouvoir dès k
„ première nuit ouvrir une traa
53 chée foit en abattis d'arbres
3j> foit par un foffe dont les terre
53 feront jetées du côté du fort
53 Cette tranchée, comme vou
33 favez 5 doit être placée dans l'en
53 droit le pius près du fort, d'oi
53 il fera plus aifé à incommode
55 l'ennemi dans la place, & qu
55 paroitra lui couper davantagi
33 toute communication. j
55 Si l'ennemi efl mal en ordre
55 il fera étonné & vraifemblable:
55 ment ne demandera pas mieu:!
53 que de capituler dès qu'on II,
55 fera fomraer ; fur-tout on lufi
33 fera alors remarquer que s'iji
55 laiffe commencer l'attaque , oiw
55 ne fera plus maître de le fauvC"
5.5 des mains des Sauvages qui fek
53 ront animés 5 comme il l'a ex b
de l'Amérique Scptenîr. 51
périmenté après la capitulation'*"'"—
du fort George. Le grand nom- ^7)9-
bre de Sauvages qu'ils apperce-
vront avec vous , donnera fans
doute du poids à cette fomma-
tion. Si vous étiez affez heureux
de leur enlever Loyal - Anon ,
vous devez être fur que tous les
poltes depuis Raiflonjufquesàîa
Belie-Riviere tomberont d'eux-
mêmes , fe trouvant abandon-
nés à leurs propres forces, 6c
ne pouvant recevoir aucun le-
cours de vivres.
„ Je crois, Monfieur, vu l'é-
tat des chofes , que c'eft l'opé-
ration la plus convenable dans
la conjondure Si j'avois riion-
neur de commander dans cette
partie , je m'y attacherois fùre-
ment pour faire quelque chofe
d'utile & d'éclat. Si ces poftes
font tels que nous devons le
préfumer , ils tomberont fans
B 4
3 2 Mém. fur la dern. Guerre
y^ doute, & fi quelque corps de
^75^* „ troupes vient dans cette par-
3^ tie 5 Ton fera à même de l'allei
j3 combattre dans tel endroit de
^ la route qu'il plaira choifir ; s'i j
35 étoit trop confidérable pour Pat
^ taquer, en le laifTant pafler or
35 fe mettroit à portée de ruine:
^ tous ces convois : ce qui le ré
^^ dniroit bientôt à la dernière mi
„ fere. Voila en gros, M. , le
,5 réflexions que j'ai faites fur le
^ opérations de votre campagne
^^ qu'il faut tâcher de faire la plu
53 légère & la plus prompte qu'i
5j fe pourra , ioit pour éviter 1
53 défedion des Sauvages, foit pa
„ rapport aux vivres ou pour ve
35 nir à tems au fecours de cett
35 partie - ci , fi elle eft férieufe
35 ment menacée. Le peu de mou
35 vement qu'y font les ennemis
3, paroît me devoir donner a
3j> moins deux mois de repos. Ce:
de l'Amérique Septentr, 3 3
donc là le tems que vous pou-^^^^^
vez avoir pour faire ce que vous ^1S^'
jugerez de plus convenable ,5.
Un Iroquois venant d'Orange
ivertit Joncaire (a), qui étoit chez
es cinq nations , qu'il fe formoit
3eux partis d'iroquois qui dévoient
rapper à la Fréfentation & à Nia-
gara pour venger la mort de deux
^gniers tués par nos partis fau-
rages. M. l' ouchot , qui étoit très-
3erfuadé que les Jroquois étoient
lécidés contre nous, avoit voulu
'engager à s'en revenir ainfi que
on gendre & les Canadiens qu'ils
ivoient avec eux; mais l'envie
ju'ils avoient de commercer des
( a ) Ce capitaine de la colonie étoit
m Canadien demi-fauvage domici-
ié dans cette nation, & il y avoit
)eaucoup de crédit. Son frère Cha-
)ert & lui y avoient plus de 60 pa-
ents 5 ou enfants qu'eux ou leurs
)eres y avoient faits.
34 Mm. fur la dern. Guerre
■""""""pacotilles que le gendre , la Mit
ï 7 ) 9' tiere, officier de Languedoc , avoit
portées, les empêcha de revenir. La
Miltiere & les François furent en-
levés par ces partis fauvages , &
Joncaire obligé defe fauver à Nia-
gara.
Des chefs Goyogoins avertirent
M. Pouchot que Johnfon avoit dé-
terminé leur nation par de fort
grands colliers àlefuivre, & fait
inviter nos nations à imiter les Iro-
quois 5 & que nous ne laiHaffions
pas écarter nos foldats , afin qu'ils
î3e fufient pas pris par les partis
qu'ils dévoient envoyer. Ils dé-
voient en faire un confidérable
pour piller le fort du portage. M:
Pouchot envoya loo hommes pour
le couvrir & fouiller les bois. Ce-
pendant quelques familles de Son-
lîontoins aflurerent cet officiet
qu'ils vouloient refter à Niagara,
parce qu'ils étdient de cette terre*
de l'Amérique Septentr, 3 f
H n'tn fut pas fâché , les regar-*^^^^
iant comme une efpece de fau- i75S?'
/e-garde contre les partis fauva-
^es ennemis qui craindroient
ju'on n'ulàt de repréfailies fur
eurs gens.
Le i7, il arriva des Onontagues
ivec des chevelures faites par un
}arti des cinq nations du côté
le Lôyal-Anon, fur un convoi
îe l'ô'charriots chargés de vivres
,)Our les ennemis, & efcortés par
coo hommes dont il y en a eu
J7 de tués & 5 prifonniers; le
efte fut difperfé dans les bois.
^escharriots furent brûlés , & 84
:hevaux pris. Ce parti étoit aux
)rdres de M. St. Blin. On peut
juger par-laque beaucoup de Sau-
j'ages Iroquois confervoient de
l'inclination pour nous, & que
(a feule crainte des Anglois a voit'
jléterminé cette nation à fe décîa-
• er pour eux. Cependant ces Sau«
B ^
3 6" Mêimfur la dern. Guerre
^^^ — vages exécutèrent la volonté gé
^7Î5?. nérale de la nation, avec autan
d'ordre Se plus de fecret que de
nations policées.
En Mai & en Juin , la traite fu
très-abondante par l'affluence de
Sauvages de toutes les parties d
l'Amérique , qui venoient pour re
voir leur père Sategarionaen, Cell
de Niagara qui ne pafibit guère
année commune, 150 paquets
monta dans ces deux mois à fep
à huit cents. On peut juger pai
là jufqu'où elle auroit monté
fi le pays eut été tranquille ; ca
ces Sauvages ne s'y rendoient qu'a
vec crainte , redoutant toujour
les cinq nations & l'arrivée de
Anglois.
M. Pouchot dépêcha un courie
pour avertir M. de Corbiéres qu
étoi-t à Frontenac, M. delà Corj
ne,quiétoit à la Préfentation , &
M. de Vaudreuil , de l'aventure d<
Je l'Jmmqiie Septentr. 57
[a Milticre, pour que l'on fut en555^
^arde contre les îroquois. Cepen- 17 59^
dantlesSonnontoins de Sonnechio
envoyèrent des colliers à M. Poa-
:hot, parlefquels ils faifoient des
excules de la prife de la Miltiere
chez eux. M. Pouchot tâcha par
le moyen de M. Chabert, officier
de la colonie & frère de Joncai-
re, fort eftimé des Iroquois, de
faire venir les chefs Iroquois en
confeil à Niagara , pour rompre ce-
lui de Joknfon. 11 eut avis dans ce
tems que les Loups & les Chaoua-
nons , ayant vu arriver le déta-
chement qui alioit joindre M. de
Lignery , lui avoient demandé tout
de fuite des François pour aller
attaquer le fort de Pittsbourg. 11
ne détacha que M. Marin 5 Roche-
iblave, 3 Canadiens & i%o Sau-
vages, qui furent infulter fes forts
qu'ils trouvèrent fort mal en or-
dre, & qu'ils auroient pris s'ils
3 s Mcm.fnrladerH, Gt terre
^^^^avoient été plus nombreux en
^7)9' François.
Le 27 arriva une troupe de Mif-
fifakes que M Pouchot avoit en-
voyés pour favoir des nouvelles
des Anglois à Chouegen. Ces Sau-
vages étoient partis fur la barque
VOutaomife , qui fut prife d'un
coup de vent (a) fi violent que
fon grand niât & fon beaupré fu-
rent caiTés. Elle fut obligée de rc-
(a) Une chofe remarquable , c'efl
que ces Sauvages, qui n'avoient jamais
effuyé de tempêtes dans un bâtiment,
eurent très-grand'peur, jetèrent tous
leurs ornements, leurs armes & du
•tabac dans le lac, pour appaifer le
. Manitou du lac. Il fe trouvoit par
hafard dans ce bâtiment un Canadien
paiTager qui étoit un vrai nain pour
la taille. Ces Sauvages qui n'avoient
pas vu d'hommes fi petits , ie prirent
pour un Manitou , &i'on eut bien de
la peine à ks empêcher de le tuer &
de le jeter à l'eau comme un autre
Jouas,
de fAhih'iqne Septentr. 3^
âcher à la Préfentation pour afTez'^^'î^^^
le tenis , ce qui empêdia fa croi- ^75^^
iére fur la rivière de Chouegen ,
fe en partie de découvrir là mar-
:he des Anglois. Les Miflîfakes
urent avec M. Bîainville, cadet de
a colonie. Ils ne remontèrent qu'à
j ou 4 lieues dans la rivière &
le trouvèrent rien. S'ils enflent
itéjufques à la Chutes, deux lieues
3lus haut, ils auroient vu les An-
2^1ois occupés à leur portage. La
nouvelle que les ennemis n'étoient
l)as à Chouegen fit efpérer à M.
•^ouchot qu'il feroit encore quel-
que tems tranquille 5 en imaginant
ur-tout que les Anglois, avant de
7enir à ÎSiagara, formeroient un
iépôt à Chouegen , & feroient obli-
gés de s'y retrancher, ce qu'ils ne
firent pas.
Le 29, un Courier de la pref-
qu'isle annonqoit qu'il devoit ar-
river leo François & 150 Sau-
40 Além. fur la dern. Guerre
s^^^îS'vages du détroit , 6 à 700 Saii*
1759. vagesavecM. Lintot, & 100 Sau-
vages avec M. Bayeul , enfuitele
convoi de M. Aubry venant des
lilinois, avec 6 à 700 des partis
du Mifliffipi. En conféquence on
demandoit beaucoup de vivres pour
les recevoir. Des Sauvages de Mi-
chiliniakinac arrivés le même foir,
dirent que MM. la Verranderie &
Langlade étoient defcendus par la
grande rivière avec 1200 Sauva-
ges, Criftinaux, Scioux , Sakis ,
Folles-Bvoines, Sauteurs & Re-
nards. Si Ton fait attention à tous
ces détails 3 on peut juger que l'on
devoit fe promettre une heureufe
îéuffite. On verra a quoi abouti-
rent toutes ces annonces.
Le 6 Juillet , VIroquoife entra
à quatre heures après midi dans
la rivière. M. i'ouchot apprit par
. cette corvette qu'il n'y avoit poiijt
d'Anglois à Chouegen. Si elle eùc
lie V Amérique Septentr, -41
oifé dans fa route , & approché^'^^'^^
côte du S. du lac, eliC auroit ^75^*
rement découvert l'ennemi qui
ivigeoit avec fes berges terre à
rre. Si elle les eut apperçus , elle
oit avec fes 10 pièces de iz en
at d'arrêter cette armée dans fa
arche ou de la détruire. Les An-
ois auroient été bien eriibarraC-
s de s'en tirer, ibit pour aller
1 avant ou s'en retourner. Ce fut
[î malheur, ces bâtiments n'ayant
:é armés que pour cet uiage. Le
Dup de vent qu'efluya l'autre , y
Dntribua auffi. Tandis que Tune
ifoit des courfes , l'autre devoit
,^fter en croifiere.
Le même jour, à fix heures ,
;n ibîdat, chaffaut aux tourtes dans
î defert, apperçut des Sauvages
ui prirent deux de fes camarades.
l courut fur le champ avertir M.
^ouchot , qui fit fortir tout de fui-
e une dixaine d'homm.es à la dé-
42 Mém. fur la dern. Gtierfe
îï^'^^*' couverte , forUtenus de f o homme
^759- Ces gens marchoient légéremei
& croioient que ce n'étoit qu'u
parti lauvage. Pluiieurs fe trouv*
rent enveloppés a & l'oneiïuia ur
moufqueterie de plus de 20
coups de fufils. Cinq furent priîj
& deux bleUés. M. Fouchot avo
recommandé à cepiquetdcnepoiii
trop s'engager , jugeant que la pa
tie n'étoit pas égale. 11 le fit rei
trer après avoir fait tirer quelqui
volées de canon aux ennemis. I
répondirent par des falves en reg
des bords du découvert, qui firet
juger qu'il y avoit des troupes ri
glées 3 & qu'ils étoient en fore
M. Pouchot mit cette nuit des gai,
des pour occuper ces dehors.
Il eil néceflaire d'entrer ici dar
quelques détails fur l'état de cett
place au moment du fiége. M. Poi
chot venoit alors de finir le lehauffi
ment des remparts.Les batteries de
iie t Amérique Septentr. 43
laftions qui étoient à barbette n'é-^^^^Î^S!!
oient pas encore achevées. Il les ^75^-
oniia avec des tonneaux remplis de
erre. Il avoit fait , dès fon arrivée ,
ravailler à des .pièces de blindage
n chêne de 14 pouces d'équarriffa-
;e , & de 15 pieds de longueur, il
a borda le derrière de la grande
liiailbn du côté du Lie , l'endroit le
iilus à couvert pour y établir un hô-
)itaî. 11 conilruifit le lon^ des fa-
es du magafin à poudre, pour
1 ouvrir les murs & fervir de ca-
lculâtes , un grand hangard , en
lieces aflemblées a leur fonimité
>ar un faite. On y tenoit les ar-
nes & les armuriers. On obfer-
'era que cet ouvrage eft excellent
)our des forts de campagne , dans
les pays boifes, &; qu'ils pouvoient
brt bien fervir de cafernes & de
nagafins. La bombe, ne tombant
|ue fur un plan oblique, y fait peu
le mal , parce que cette conflruc-
ion elt très-folide.
44 Mcm. fur la dern. Guerre
— "î^^^^ La ganiifon étoit eompofée de
^75 5?- 149 hommes, détachés des régi-
ments deia Sarre, de Royal-Rouf-
fillon, de Guienne & de Bearn,
aux ordres de MM. Poiiehot, capi-
taine de Bearn , commandant la
place, de Villars , capitaine de la
Sarre , de Ccrvles , capitaine de
Koyai-Koufiiilon , de Morambert,
licul:enant de Guienne, Salvignac,
lieutenant de Bearn, la Miltiere ,
lieutenant de Languedoc; de i83
hommes des compagnies des co-
lonies, aux ordres de M. de la Ko-
che , capitaine de la colonie , de
Cornoyer & Larminac, lieutenants,
de 133 miliciens &de 21 canon-
niers, aux ordres de M.Bonnafoux,
lieutenant du corps Koyal. Ce
nombre fut augmenté par M. Pou-
chot jufques à 100, tirés des trou-
pes & miliciens choifis parmi les
plus adroits, en tout 48^ & 39
employés, dont cinq femmes ou
de l'Amérique Septentr, 4f
lîfans. Elles fervoient dlnfirmie-
is, aiiifi que deux dames Douvil- '759-
1 , & à coudre des gargouches , 6c
; faire des facs à terre.
Le 7, il déboucha fept berges
(îs écors du lac pour reconnoître
'. place. On les laifTa raffembler
s'approcher. Dès qu'on appét-
it qu'elles ne vouloient pas venir
lus proche, on leur tira du ca-
on qui leur fit gagner bien vite
p large. M. Pouchot fit partir fur
: champ un bateau à la décou-
srte. Il rapporta avoir apperçu
^ à 2o berges^, qui contiennent
G hommes chacune, à l'entrée du
etit marais. M. Pouchot imagina
'abord que c'étoit un avant-gar-
e de l'armée angloife. 11 dépê-
ha prefque tout de fuite une fe-
onde découverte , aux ordres du
ieutenant de la barque. Il dit avoir
u beaucoup de berges & un camp
lir la côte, qu'il paroifibit beau-
4 5 Mêm. fur h dern. Guerre
'"""""" -coup de monde & de feux à ter-
^755^- re. Une autre découverte, expédiée
a heures après , annonça avoir vu
environ i6 berges & une feule
tente , mais beaucoup de monde
qui promenoient fur la côte. Les
berges étoient toutes entrées dans
le petit marais, & l'armée étoit
campée dans l'intérieur du bois.
M. Pouchot expédia tout de fui-
te un Courier à M. Chabert , corn-
mandant au fort du portage , poui
lui ordonner de fe replier par le
Chenondac, s'il favoit quelque:
nouvelles des ennemis auprès d(
fbn fort, crainte qu'il ne fut enlevé
Ce Courier portoit auffi des or
dres pour faire venir tous les dé
tachements de la prefqu'isle fran
(^ois & fauvages qui s'y trouve
roient , & des ordres pour M. d<
Lignery au fort Machault, pou
fe replier à Niagara avec tout o
,q^u'il auroit de François & Sauva
de t Amérique Septenff. 47
;s. Il leur enjoignoit de former^'^^
le petite avant-garde qui obfer- ^71^-
:roit fi le petit fort étoit aban-
)nné , & dans ce cas de paflTer
ir le Chenondac pour le venir
indre à Niagara , & d'y laiffer feu-
jment un détachement pour cou-
lir leurs bateaux & leurs effets.
A midi , il fit forcir la corvette
Iroquoife , avec un mois de vivres
3ur croii'er fur le petit marais,
es vents étoient S.&: S. O. Elle fuC
monner le camp des ennemis,
ans la journée il parut quelques
kouvreurs près d'un taillis de 2
3 pieds de hauteur , quoique M.
ouchot en eût fait couper une
artie dès fon arrivée. Il parut auffi
eaucoup de Sauvages qui cher-
iioient à fufiUer. Quelques coups
e canon les firent retirer.
Le foir il entra un Sauvage Pou-
îoutamis & un Sauteur , venant
u fort du portage. M. Pouchot
48 Mé'ûL [urladern. Guerre
fc^=^=^leiir propofa d'aller pendant la nuii
*7)9' à la découverte. Il leur donna pou
compagnon un Huron qui étoi
dans le fort. Ils furent le long de
écors du lac jufques au gran
bois 5 au bout du découvert , & r^
vinrent par le milieu du décou
vert C^) fans avoir rien rencor
tré. Une heure avant jour , le Poi
teoutamis, qui étoit fort brave,
retourna feul. Il fortit par les écoi
du lac vers le coude qu'il form
en avant de la place. 11 rencontr
un canot où il y avoit trois bon
mes. 11 tira fur celui du mille
qui fut blefle. Les deux autres li
lâchèrent leurs deux coups de fuf
fans le toucher , & s'enfuirent. ]
fit le tour du découvert en faifar
beaucoup de bravades aux Sauva
ges ennemis.
( û) On appelle ces découverts , di
ftnsy en Canada.
JV
de tAmériqm Septentr. 49
M. Pouchot le renvoya le 8 ac~"" ■-
)mpagné de deuxlTanyO^s à M, ^IS^-
habeit, avec une lettre. Etant
quiets de la lituation , ils lui dé-
Relièrent an d'entr'eux aune lieue,
)ur Tinformer qu'ils avoient vu
le quarantaine de piftes d'hom-
es dans le bois. Comme ces pif-
5 venoient du haut de la rivière,
.Pouchot craignant que quelques
memis ne l'euffent traverfée , ce
li Tauroit inquiété pour ceux qui
voient venir de ce côté , il en-
»ya à la découverte pour fouiller
3 bois ; mais* on ne trouva rien
ns l'efpace d'une lieue.
On fit fignal fur le midi à la
rvette d'envoyer fa chaloupe. Le
utenant qui vint, dit que les en-
mis avoient fornié un camp fur
e petite éminence , en de<^à du
lit marais, pour couvrir leurs
reaux; qu'ils paroiffoient être de
i 4 mille hommes , & qu'ils tra-
Tome IL C
5 o 3Iem. fur ta dern, Giurre
■vaillolent beaucoup au bord du dé-
î7^'9- couvert du côcé du lac, &yfai
foient des abattis où 400 homme:
paroiffoient être occupés. M. Pou
chot foupçonna que ce pouvoi
être l'endroit où ils faifoient leu
dépôt pour la tranchée. L'artiile
rie de la corvette les incommod
jufques a les forcer à quitter leu
camp pour s'en mettre k l'abri. Il
tirèrent à ce bâtiment du cano
de 12. M. Pouchot ordonna àl
corvette de fe mettre vis-à-vis Ter
trée du petit marais pour empi
cher , foit aux convois d'y entrer
foit aux bateaux d'en fortir pot
porter leur artillerie au dépôt, élo
gné d'une heue & un quart du m;
rais; ce qui devoit prolonger leui
travaux, il ordonna au capitair
de ce bâtiment que s'il étoit aSail
.de quelque coup de vent, dereti
trer dans la rivière , & de fe raj
procher de la batture qui eit foi
de l'Amérique Septentr, f i
i fort Ces précautions obligeoienf^^^^—
;s ennemis de faire toutes kurs ^759
pérations par terre, & couvroient
i place qui auroit pu être faciie-
icnt iiifukée dans la partie du lac
i de la rivière.
L'après-midi 5 il parut quelques
întaines de Sauvages dans les tail-
5 du découvert, qui vinrent fufil-
r fur le fort. On les chafla avec
î l'artillerie chargée à mitraille.
y en eut quelques uns de tués.
lU foleil couchant, M. Pouchot
ivoya prendre de l'autre côté de
rivière un François & deux Sau-
ges. Le premier était frère du
rde magafin, qu'on avoit en-
>yé pour lever des Sauvages
iiffifakes. H revint accompagné
im feul. Les autres s'en étoient
es à la vue du petit fort brûié,
iiaginant qu'il l'avoit été par
Anglois. L'autre Sauvage étoit
Iroquois envoyé par M. Cha-
C i
5 1 Al'm. fur h dern. Guerre
LlLi-E^-bert (a),qui annonçoit dans une let-
* ; 5^- tre Ton arrivée pour le lendeniain.il
avoit jeté dans la rivière du Che-
nondac tous les effets qu'il avoit
pu, 20 chevaux qui lui apparte-
noient & des bœufs qu'il avoit fail
venir pour fon compte du détroit
11 brûla le fort du portage , ce pof
te n'étant point tenable. Son fren
* (a) M. Chabert avoit l'entreprif
du portage de Niagara. Le roi devoi
lui fournir à un prix convenu des mai
chandifes pour payer les frais dupor
tage. Cet officier étoit donc à mèm
de gagner beaucoup , ayant au prix d
fon marché les marchandifes quicod
toienttous les jours plus cher au roi
ce qui lui a faic des profits très-con
iidérables. D'ailleurs on peut aiTure
qu'aucun officier n'avoit plus de zel
pour le bien du fervice, & qu'il étoi
l'homme le plus accréditéje plus sffen
tiei de l'Amérique pour ménager le
Sauvages, & bien au delîusdejohn
fon pour laconEance que les n^tioii|
avoient en lui.
de t Amérique Septentr. n
oncaire étoit arrivé la veille ra-S^fiS
lené par riroquois qui avoit por- ^7S9
î la lettre. M. Pouchot lui fit un
réfent.
Yers les dix heure!» , il parut dans
î découvert un drapeau blanc.
I. Pouchot l'envoya reconnoître
v^cc précaution. On lui amena un
ipitainede Royal-Américain à qui
n banda les yeux. On le fit paf-
r par les taillis les plus fourrés
; les plus embarralTés de bran-
lages. Il remit dans la chambre
z ce commandant , après qu'on
\i eut ôté Ton bandeau , une let-
e du brigadier Prideaux , dans
quelle il difoit que le roi d'An-
; eterre lui ayant donné le gou-
■ornement du fort de Niagara, il
lit à lui remettre cette place; fi-
i3n qu'il l'y obligeroit par les for-
rs fupérieures qu'il avoit avec lui.
^i. Pouchot répondit qu'il n'enten-
oit par l'anglois , qu'il n'avoit
C 3
54 Mém.fur ladern. Guerre
'^"""'poînt de réponfe à faire. 11 avoit
'75^' cependant bien compris la lettre.
L'officier infiftafur les grandes for-
ces qu'il avoit. M. Fouchot répli-
qua que le roi lui avoit confié
cette place , qu'il fe trouvoit en
état de la défendre , & qu'il efpé-
roit que M. Prideaux irj entreroit
jamais , & que du moins aupara-
vant il vouloit faire connoiQan-
ce avec eux, que fùrement il ga*
gneroit leur eftime. 11 fit déjeu-
ner cet officier , & le renvoya les
yeux bandés jufqu'où on l'avoit
pris.
Après midi , la Force, comman-
dant de la corvette , envoya dire
à M. Pouchot qu'il ne voyoit plus
de berges fur la grève , non plus
que deMépôts, & peu de monde
fur les écors. Sur cet avis, M. Pou-
chot envoya un fergent dans un
bateau qui remonta l'autre coté
de la rivière. 11 rapporta avoir vu
j ie P Amérique Sepîentr. 5?
caucoup de monde travailler à laS^SK
^elle-Famille (a). Cela fit juger I7T5*<
[u'ils avoientienvie d'ouvrir la tran-
lée cette nuit. Sur le foir il pa-
ît des hommes en chemifes fur
bord du délert à la droite de
place., qui paroiflbient vouloir
uvrir une tranchée. On leur ti-
i trois ou quatre coups de ca-
on , & ils fe retirèrent ; ce qui
iiontra que ce n'étoit pas l'endroit
à ils avoient envie de commen-
lîr leur tranchée.
La grande tranquillité des enne-
is dans cette journée, donna de
défiance fur leur opération. Eu
)nféquence, M. Pouchot plaça M.
(a) Cet endroit eft à un petit demi-
jart de lieue du fort , fur la rive droi-
àu Heuve , au deifus de la place. Ce-
it l'endroit le plus propre h faire
;s fafcines , n'y ayant pas du petit
)is parmi les grands arbres de la
rèt,
c 4
f 6 Mêm, fur la dern. Guerre
... '""^^"i Villars, capitaine de la Sarre , dans
^759. la demi -lune avec 60 hommes;
dans la place d'armes, retranché du
chemin couvert de la gauche, M. de
Morambert, lieutenant, & 30 hom^
- mes; dans celle de la droite, M.Cor-
noyer, lieutenant, & 30 hommes.
M. de Cervies , capitaine, avec j€
hommes , occupoit l'angle faillant
du chemin couvert du bâillon du
lac jufques a l'angle faillant du
chemin couvert de la demi-lune ;
fur la grève au bas des écors du
ballion du lac derrière la paliiTa-
de, M. de Larminac, heutenant,
& 40 hommes ; à l'angle faillant
du baftioîi du chemin couvert du
baftion des cinq nations , M. de la
Roche, capitaine, avec 3^ hom-,
mes ; fur le platon au deflbus de ce ^
faillant, derrière la pahifade qui,
entroit dans la rivière , M. Cha- '
bert , avec ^o hommes ; fur cha-
que baftion on mit 25 hommes.!
de r Amérique Septentr. ^y
es différens poftes fourniiïbient" """"*"■
lutes les fentinelles néceffaires. ^755^
es loo canonniers furent diflri-
jés aux batteries. Il ne reftoit
je M. Bonnafoux , officier d'ar-
lerie , & M. de Salvignac , lieu-
nant deBéarn, faifant fondions
! major. Telle étoit la difpofi-
)n de toutes les nuits pendant
fiege. Dans la journée on tâcha
foulager les foldats , afin de les
re dormir, ou on les occupoit
X différentes corvées qu'exigent
; opérations d'un iiege.
Cette nuit, M. Bouchot fit un
itachement de 30 découvreurs
i lontaircs , du nombre defquels
:)ient trois à quatre Sauvages.
[ fortirent par la droite , par le
ntre & par la gauche. Ils tirèrent
: quelques Sauvages ennemis qui
toient glifîes jafques à un cime-
re éloigné de 5 o toifes du gla-
. Un Huron du détachement de
C î
5 8 Mêm.fur la dern. Guerre
^^""""'^la droite s'etant écarté ^ fut blefli
^1S9' en voulant rejoindre fon détache
nient, par un de nos Sauvages.
Le I o , il fit une pluie accom
pagnée de brouillard au point di
jour, ce qui empêcha de décou
vrir jufques au grand jour la camj
pagne. Alors on apperçut une pa|
raîlele à plus de 300 toifes qt!
prenoit depuis environ le mille
du front des fortifications , en s'a!
longeant fur la gauche, du côt
du lac. Elle commençoit dans u
terrein un peu bas qui étoit O]
dinairement inondé ; mais il éto '
àfec,à caufe de la grande féchr'
reffe , ce qui facilita Touverture d'
la tranchée que les Anglois ai'
roient été obligés fans cela de corn
mencer beaucoup plus loin.
On battit les deux extrémités d
cette paralîeîe avec quatre pî«
ces de canon, quoiqu'il plut ailes!
Les ennemis paroiffoieiit travailk'
de P Amérique Septentf\ f^
vec ardeur. La nuit on tira du'"'""^^
anon fur la partie gauche, parce ^7S9'
[ue l'on jugea qu'ils avoient en-
ie de fe prolonger fur ce côté.
L midi, arrivèrent M. Chabert &
oncaire fon frère , avec 70 perfon-
I es , beaucoup de femmes & de
auvages 5 trois Iroquois, entr'au-
•es le chef Kaendaé» Les Sauva-
es furent allez tranquilles.
Le II au matin, on apperçut
;2tte parallèle un peu allongée fur
: gauche, hile fiiÊ battue vigou-
îufement. ils ne purent la pro^
>nger. Dans la journée ils s'atta«
lerentà la perfedionner , & Poîî
; apperçut qu'ils travailioient à
':îs batteries. On les incommoda
î plus qu'il fut poffible avec Far»
ilerie.
i L'après-midi, M. Pouchot vou-
Int faire enlever des piquets qui
coient entre la parallèle & le gla-
13 pour former des embrafures ^
: C ^
€o MemJÇur la dern. Guerre
—"""^-détacha quelques hommes ^ afin
^7> 9- de Ibutenir ceux qui dévoient rap-
porter ces piquets. Ils pouffèrent
d'eux-mêmes jufques à la hauteur de
la tête de la tranchée des ennemis.
Ils furent fuivis par une foixan-
taine d'hommes qui s'échappèrent
du chemin couvert, ils fufillerent
jufques dans le boyau de la tran-
chée. Les ennemis qui fe confioient
fur notre petit nombre , y étoient
aiFez mal fur leurs gardes. Us aban-
donnèrent cette iétQ, Un homme
accourut avertir M. Pouchot qu'il
n'y avoit perfonne. Connoiffanl
mieux ces gens-là , il lui ordon-
na d'aller dire à M. de la Roche
qui fe laiffoit entraîner , de le re-
tirer avec fa troupe. Dans cet in-
tervalle tous les foldats & milicien?
fautèrent par delTus les paliiïades
du chemin couvert ^ malgré Ice
officiers , pour fuivre les autres.
La -garnifon fut fur le point de
de l'Amérique Septentr. Ci
lengager contre toute l'année an-*^^""*^
iîoiie, parce que dans le moment ^75 9-
urs SaoYages,qui étoient au moins
iOO 5 &; toutes leurs troupes vin-
bnt fe mettre en bataille a la tête
13 fa tranchée. Parles précautions
es officiers 3 on fut alTez heureux
our ne pas trop s'engager. On
Dntint les ennemis par un feu très-
if d'artillerie qui les empêcha de
barger nos gens. Les Anglois
e laifTerent pas cependant de per-
L'e du monde , ayant été obliges
e fe tenir à découvert. Cela leur
ccafionna encore de relier fous
:s armes jufques à la nuit.
Cette aventure en fit naître une
Hez finguliere. Le chef Troquois
^aendaé demanda la permiffion de
ortir pour parler aux Sauvages de
i nation. M. Pouchot ne crut pas
evoir la lui refufer, d'autant mieux
u'ii efperoit par le moyen de ce fau-
,age, faire au moins abandonner
62 Mé'ûL fiir h dern. Guerre
^^^^^^Parinée k quelques SonnontoinSâj
•^75 9. Les Iroquois acceptèrent le pour-
parler à rextrêmité du découvert;
le refultat fut que les cinq nations
enverroient à M. Pouchot deu»
députés pour favoir fa façon de
penfer fur leur compte. Ils lui firent
demander un fauf-conduit , fous la
parole de M. Joncaire qu'ils re*-
gardoieot comme un de leurs chefs,
On le fit entrer les yeux bandés
jufques dans la chambre de ce com-
mandant qui reconnut le neveu
du Tonniac qui Tavoit quitté 5 à ^
jours avant l'arrivée des Anglois,
Ces députés dirent qu'ils ne far
voient pas comment ils fe trou-
voient engagés dans cette guerre,
qu'ils en étoient honteux. M. Pou-
chot leur demanda quel fujet de
guerre il leur avoit donné , qu'ils
dévoient fè fouvenir qu'ils Pavoient
nommé fategariouaen ile milieu des
bo?mes a^mres) & qu'il ne les avoit
ile t Amérique Septentr. €3
imais trompés. Il leur témoigna^^'^
i furprife de voir des Iroquois dans ^ 7"» 9
armée angîoife , &: plulieurs fur-
out qui lui avoient marqué beau-
oup d'affection , qu'ils pouvoieiit
ager , à la façon dont il fe battoit ,
u'il n'épargnoit pas ces enne-
lis 5 & que le cœur lui faignoit
'imaginer qu'il pou voit frapper
uelqu'autre que ces blancs ayec
ui il étoit en guerre. Il les in-
itcit à ne plus fe mêler dans leur
uerelle , & leur affura qu'il n'au-
oit plus rien fur le cœur. 11 finit
ar les avertir que toutes les na-
ions d'en haut arrivoient incefTani-
lent à fon fecours. S'ils fe trou-
oient alors dans le cas de verfer
sur fang, il leur promit d'interpofer
on autorité pour leur faire faire la
)aix. Il leur remit un grand collier
)0ur porter cette parole à leur na-
ion.
Les Miffifakss qui étoientpré-
6^4 MérîLfuï la dern. Guerre
^^^^^fents, voulurent aiîffi parler à leur
^7^9- tour, lis témoignèrent aux Iro-
quois le plaifir qu'ils avoient de
les entendre parler d'accommode-
ment, que leur nation, qui^étoit
nombreufe , en feroit flattée , qu'ils
les invitoient à ne plus quitter la
main de leur père , que pour eux
leur parti étoit pris , ils vouloient
mourir avec lui , laiiTant à leur na-
tion le foin de venger leur mort.
Le Fouteotamis leur dit : „ mes
53 oncles (a), le maître de la vie
53 nous a tous raffemblés dans cette
3, ifle (l'Amérique). Qui eft-ce
55 qui a plus d'efprit que nos an-
5, cêtres? N'eft-ce pas eux qui ont
3(j les premiers tendu la main au
55 François ? Pourquoi ne ferions
55 nous pas liés avec lui ? nous ne
35 connoilTons pas l'Anglois. Nous
( û ) Terme qui marq-ue le refped,
le degré de liaifba qu'il y a entre ces
deus nations.
1 de t Amérique Septentr. 5f
; fouîmes charmés que vous foyez^^^^^
, dans le deffein de bien vivre ^7 59.
, avec notre père. C'eft le moyen
, que nous ne nous quittions pas
, la m.ain ni les uns ni les autres '*.
Iss harangues durèrent jufques à
l'uf heures dufoir, qu'on litref-
frtir les députés les yeux ban-
js. Ils promirent devenir lelen-
\ main porter une réponfe.
Cette entrevue avoit fait fufpen-
|e le feu de part & d'autre. L'en-
mi en profita à l'entrée de la
■,it pour ouvrir un boyau d'en-
l 'on 40 toifes qu'il n'auroit peut-
!'e pas fait fans cela. Ce fut une
:on pour M. Pouchot.
Xe 12, on découvrit au point
jour à 200 toifes , un monceau
I terre fort élevé qui parut pré-
jirépour former une batterie. On
i battit avec 1 1 pièces de canon
\i y firent grand effet Ils n'ofe-
iit pouiTer aucune fape en de-
66 Além, fur la dern. Guerre
^^^^^^hors, les ayant battus vigoureu-
^75^- fement, dès qu'ils vouloient Ten^
tamer.
Le matin , Kaendaé redemanda
la permiflîon de fortir pour aller
tenir conleil avec les chefs de fa
nation. M. Pouchot ne fit pas dif-
jRculté de le lui permettre , Taver-
tiffant qu'il n'entendoit pas arrêter
aucune de fes opérations, parce
que les blancs profitoient de ces
intervalles pour travailler. Il lui
ajouta que fi fes compatriotes fe
déterminoient à lui venir parler,
qu'ils portalTent un petit pavillon
blanc 5 qu'alors , pourvu qu'ils fuf-
fent en petit nombre , on ne tire-
loit pas fur eux , & on les feroit
entrer.
A 3 heures après midi , Kaen-
daé eil: rentré avec un chef Onon-
tague , appelle le GoUier pendu j &
deux Goyogoins. ils préfenterent
à M. Fouchot un grand collier
,te rJ?nérique Septentr, 6j
Itic ( a ) pour répondre au fien.^"^*^
Ilui dirent : „ nous avons écouté ^75 9«
a parole; elle difoit vrai : no-
;re parti eft pris ; nous quittons
.'armée angloife, & pour preuve
nous allons camper à la fielle-
,"amille ". Ils le remercioient de
ir avoir donné un fi bon con-
L & de ce qu'il vouloit bien ne
|nt conferver de rancune con-
!ux. ils lui promirent d'être
lénavant tranquilles. Le con-
I de Kaendaé avec les Iroquois
;>it été tenu en préfence de
uifon, à qui ce chef parla fiere-
jnt, lui reprochant d'avoir env
Iqué fa nation dans de mauvai-
I affaires, Johnfon fourioit & rc-
idoit ce reproche comme une
iifanterie.
Par un autre collier j ils deman-
lient que Kaendaé , les femmes
[a) Ceft un ùgwQ de paix.
68 31ém. fur la dern. Guerre
^'""*'^^^& les enfans Iroquois qui étoient i
^759» dans le fort en fortiffent avec Jon-'^
eaire , qu'ils regardoient comme |
un des leurs, afin que quelque ,|
chaudière ( a ) ne leur caflat pas :
la tètQ, fur-tout à Kaendaé qui étoit i
chargé de leurs affaires auprès des j
Sauvages des autres nations dont j
il parloit toutes les langues. [
M. Pouchot leur répondit que ,
les femmes & Kaendaé étant pré-
fents 5 il les laiiToit maîtres de rç.
pondre &, de prendre le parti qu'ils
voudroient. Kaendaé avoit affuré
M. de Chabert qu'il ne vouloit pas
nous quitter. Il ne répondit rien.
M. Pouchot fit la cérémonie en
préfence des chefs députés, décou-
vrir fon corps d'avance en cas qu'il
lui méfarrivât. Cette cérémonie
confifte à mettre un collier & un
. — f
(a) C'eft ainfî qu'ils appellent les
bombeSc
mti
de P Amérique Septentr. 69
jîpement devant 'foi, comme^^^^
met dans fon tombeau. Cet- ^7 S 9*
mort ne peut emporter aucune
igeance , l'homme étant con-
t. Les femmes & les entans prê-
tèrent enfuite des branches à [VI.
Lichot,pour aiïlirer qu'ils vou-
ant refter avec nous , qui étions
rs pères , & qui avions toujours
pitié d'eux.
Ces députés préfenterent auffi
branches de la part de la na-
1 des Loups, ou Moraiguns, qui
ient dans le confeil des Iroquois,
ir engager les Outaouais & au-
3 Sauvages de fe retirer au fond
Lac, & de laiffer battre les
ncs , puifqu'eux-mémes s'en al-
^nt. Ces deux paroles parurent
VI Pouchot inrpirées par les An-
>is pour dégoûter ces nations
i nous étoient afFed ion nées.
Pouchot répondit qu'il ne
iinoiffoit pas ces nations qui
70 3Iem.furh dern. Guerre
^^'^^^envoyoient ces branches , & qu'
^7^9. ies leur rendoît II dit qu'à l\
gard des Outaouais & des ai
très nations qui nous étoient att;
chées , elles n'avoient pas befoin d
confeil , pour favoir comment elh
fe dévoient conduire avec lei
père , qu'elles étoient chez elles
Niagara , & qu'il trouvoit fort fir
gulier que des gens avec qui ell(
n'étoient point liées , voulufler
les engager à quitter leur maifoi
Ces Outaouais répondirent au
députés qu'ils étoient venus poi
mourir avec leur père , & témo
gnerent aux Iroquois qu'ils étoier
charmés d'apprendre qu'ils qui!
toient les Anglois. M. Fouchot n
voulut point rendre la parole de
Loups qu'il fentoit ne point ve
nir d'eux.
Les mêmes députés propoferen
de revenir le foir. M. Fouchot Ii
leur refufa, les afforant que pour
de t Amérique Sept eut r. 71
i qu'ils fufTent tranquilles , il fe-
it content. 11 les avertit que la ^7)9^
lit il ne connoiffbit perfonne,
l'il tiroit par - tout ; mais que fi
jnsle jour ils venoient en petit
>mbre fans aucune condition, il
; recevroit.Ils les renvoya avec un
in chacun , parce qu'il favoit que
irmée angloiie ne mangeoit que
la farine cuite fous la cendre
. galettes.
Pour expliquer tous ces pour-
rlers, il faut d'abord obferver
le les Angois engageoient la nuit
3 Sauvages à couvrir leurs tra-
illeurs. î^otre feu du chemin cou-
irt les inquiétoit beaucoup. Ils
roient perdu huit à neuf de leurs
|:ns. M. Pouchot qui connoiflbit
t génie de ces nations, n'étoifc
|iis fâché de trouver l'occaiîon de
! débarrafler de 900 hommes s>
)nt il craignoit plus les infultes
le celles des Anglois , à caufe de
y % Mm, ftir la dern. Guerre
ïïL'iïËiEL^Ieur nombre & de la connoiflan-
Ï759- ce qu'iis avoient de la place. £11
retenant dans fon fort quelques-uns
des chefs , des femmes & plufieurs
guerriers des nations étrangères,
s'il leur étoit méfarrivé , ces mé-
mes Sauvages en auroient répon-
du à leurs nations ou à celles qu'ils
auroient oiîenfées. ils furent donc
charmés de trouver cette occafioa
de refter neutres , en attendant
l'événement. De leur côté les An-
glois n'ofoient refufer ces entre-
vues aux Sauvages. Ils tâchoient
feulement d'en tirer le meilleur
parti.
Les Sauvages étant partis , M.
Pouchot envoya tout de fuite liuit
volontaire, saux ordres de M. Cof-
noyer, qui furent jufques auprès
de la batterie. Ils entendirent plan-
ter des piquets. La tranchée d'ail-
leurs étoit affcz tranquille. A leur
retour on battit très-vivement avec
de
dâ P Amérique Septentn 7|
l'artillerie la batterie, Se avec'"'^^^
la moLiiqucterie la droite & la ^l'i^
iche par où ils dévoient débou-
;r.
M. Pouchot ordonna à la cor-
te de partir pour aller recon-
tre Chouegen , & tâcher de fa-
r des nouvelles de M. de la Cor-
!& de Mont-Réal. Dans la jour-
: cette corvette canonnala tran-
e des ennemis avec aîTez de
:ès , 8c elle fit route dans la
IL
!.e 13, MM. Pouchot & Bon-
|3ux examinèrent au point du
n les travaux des ennemis. Ils
|v^oientfait que perfedionner une
:erie à bombes de fix mortiers.
: tira tout le jour avec peu
fet. Nous ne fîmes pas dans
e journée beaucoup de feu de
I batteries , les travaux des en-
lis étant trop perfedionnés pour
pouvoir ruiner.
s^ome IL D
74 Mém. fur la dern. Guerre
— — ^^ Sur le foir, on apperçut un pa.
^1S9' Yillon blanc & des sauvages de
l'autre côté de la rivière. Kaendat
demanda permiffion de les allei
trouver. Elle ne lui fut pas refufée
C'étoit quelques-uns des Sauvage:
qui étoient venus en confeil. 11:
demandoient à venir dans le for
pendant la nuit. iVl.Fouchotne vou
lut pas y confentir. Le feu de no
batteries & celui de notre moui
queterie furent affez vifs ; mais noi
pas autant que les nuits précéden
tes 5 parce qu'il n'étoit plus be
foin d'en inipofer aux Sauvage
qui couvroient les travailleurs
Ces Sauvages annoncèrent à Kaen
daé qu'ils s'étoient tous retiré:
à la Belle-Famille, & qu'ils re(
teroienC neutres. Ils lui diren
auffi que l'on débitoit dans 1(
camp des Anglois que ces derf
niers avoient battu M. de la Cornd
à Chouegen.
de r Amérique Septentr. 7^
Le 14, au matin, on découvrit^'""'"
Il travail de 40 à 50 toifes en ^7)9-
olongement de la tranchée , ti-
;it du côté des écors du lac,
jHt l'extrémité étoit à 100 toifes
1 chemin couvert. Ils ont travail-
itout de fuite à une batterie à
iiiibes d'où ils ont tiré l'après-
di. Kaendaé & Chatacouen de-
; nderent la permiffion d'aller par-
: à leurs gens. M. Pouchot étoit
:ertain s'il la leur refuferoit ;
:is l'efpérance de favoirdes nou-
les la leur fit accorder. Ils fu-
tt au camp des Iroquois 8c des
i^lois. 11 rapportèrent avoir vu
riron 1800 hommes, qu'un de
rs camps étoit au petit marais,
lin autre plus proche-dcla tran-
[]£, qu'ils avoient apperçu lo
I tiers & deux batteries & i ç
liDns , dont trois étoient de gros
iore , que Johnfon avoit fait de-
uirer les Sauvages en leur pro-
D z
7^ Mém.ftir ladern. Guerre
5?^55î^iriettant le pillage de la place où
^759- dévoient donner l'afTaat dans dei
ou trois jours , enfin , qu'ils avoiel;
peu de vivres & en attendoient'
convoi.
Dès ce jour, on ne vit plus
Sauvages dans la tranchée. I'
Iroquois demandèrent à paffer
l'autre coté de la rivière, craii
des bombes. On en avoit jeté i ;
centaine dans la journée. M. Pi
chot les fit pafler la rivière a ;
leurs femmes , bien content c :
être débarraffé. Ils avoient été pr •
dre dans le Chenondac les ba >
& les vaches de M. de Chabi ,
difant qu'il valoit mieux qu'ih i
profitaQent que d'autres. Ils p
terent cette viande au camp 5
Anglois. Les ennemis ont tra\ -
lé à perfeflionner leurs trava .
Nous avons fait un feu très-vit f
la partie où Ton jugeoit qu'ils v i-i
loient déboucher pour fe proI>!
ger du côté du lac.
ie V Amérique Septcntr, 77
Au jour (le 15), ils paroiffoient'
tîvailler à une autre batterie. Ils ^1S9*
:it jeté toute la journée beaucoup
:; bombes avec 10 mortiers. Nous
['ons eu plufieurs bleffés des éclats.
!ir le foir eft arrivé un déferteur,
:3ece de François , qui étoit avec
s IroquoisdeKunoagon. 11 rap-
^rta que Tarmée angloifè étoit
:nipofée des régiments d'Halket,
: Royal-iVméricain , de Loudon,
jiTorck & de Gerfey , & de 900
î uvages Iroquois ou Loups ; qu'ils
■•moient trois camps, un au pe-
: marais, un autre auprès du lac,
i au milieu des terres, & les
ïiîvages à la Belle-Famille. 11 dit
e les Anglois dévoient mettre
lendemain leurs canons en bât-
ie, confiltant en 15 pièces, il
uta qu'ils a voient peu de vi-
:s , que les Sauvages fe plai-
oit qu'on les faifoit jeûner , qu'ils
endoient un convoi de Choue-
D 3
n'S
78 Mêm.fîir h dern, Guefre
ils avoient un campcon-
5:?^- fiJérabledontM. de la Corne, qui
avoit voulu les attaquer , avait été
réponde.
Le \6,\di pluie a continue' tout'
le jour. 11 a paru deux berges fort'
au large dans le lac, puifqu'à pei-
ne le c?.non de 12 pouvoit les'
atteindre. Elles vonloient recoa-j!
noître la place. Les ennemis corn-!'
jîiencerent à faire un feu de moût i
queterie de leurs tranchées, lls'i
avoient couronné en fauciflbns leli
haut de leurs tranchées pour cou-'
vrir leurs fuiîliers.
Le 17 , à caufe du brouillard quif^
eft afiez rare dans ce pays, fur-i
tout l'été, & qui ne fe levé quef
fort tard , on n'apperçut point quef
les ennemis eulTent fait d'ouvra.f
ges nouveaux. Ils demafquerenti
leur artillerie. par un coup deca-E
non tiré de Pautre côté de la ri-"
viere de la pointe de Mont-RéaljP
de V Amérique Septenfr. 7'9
n donna dans la cheminée du" ''■'■'
mimandant, & roula a côté de ^7U
n lit fur lequel il venoit de le
pofcr. Ils avoient fait dans cet
idroit une batterie de deux gros
nous <& de deux aubuts. Ils dé-
afquerent en méme-tems deux
itres batteries , Tune de cinq pie-
:s , l'autre de deux groffes pièces
deux aubuts. Elles furent tou-
s fervies cette journée avec beau-
>up de vivacité. On leur répoa-
t de même- La batterie de Tau-
3 côté de la rivière obli£(ea de
ire des épaulements & des blin-
ges 3 parce, que cette partie de
place n'étant enveloppée que
r un retranchement, comme on
décrit , les coups prenoient à
vers les bailions & autres dé-
nfes du fort. La nuit, nous con-
luâmes de faire un feu très- vif -
; moufqueterie des dehors , & les
memis y répondirent très-vive-
D 4
80 Mêm.ftir la dern. Guerre |
"^ ' ment jufques à minuit, après qli(
^7") 9» ils finirent, lîs jetèrent par intei
valle des bombes Se des aubut
toute la nuit. M. de Morambei
fut blefle légèrement.
Le 185 au matin 5 on n'appei
çut pas que l'ennemi eut poufï
des ouvrages en avant, il paru
occupe à réparer le mal que leuj
avoient caufé nos batteries. Sari
loir on vit une grande fumée dan
leur tranchée. Un de nos boulel
avoit mis le feu à un de leurs de,
pots de poudre. Ce jour-là le gi
néral Prideaux fut tué dans la tran
chée. Le feu fut aflez vif de par
& d'autre, & redoubla furie {bifj
foit celui des canons , foit celu
des bombes & des aubuts ; ce qii
nous incommoda beaucoup. Il ;
eut plufieurs foldats bleffes & quel
ques-uns de tués. La nuit, croyan
que l'ennemi devoit déboucher pa:
fa gauche pour former un zigzad
' de VAfnêrique Septenfr. 8î
i avant, ou ouvrir une paralle-^^^^
, on fit un feu très-vif. Les en- ^7)S^«
:mis y répondirent vivement.
Le 1^, on découvrit que Tenue-
: avoitfait environ 30 toifes d'ou-
nges en avant , le long de l'écors
] lac , par une double fape, d'où
huvrit un boyau en zigzag preC-
]e égal au front entre ces deux
Kteries. Ils ne firent que le per-
\ lionner tout le jour , & faire uia
nnd feu de canon, de mortiers
? d'aubuts. Nous leur répondîmes;
; s-vivement de notre artillerie..
Après midi, la corvette parut.
le louvoyoit fort au large. An
(eil couché , M. Pouchot envoya
1 canot d'écorce avec fepthom-
1 s. Il courut rifque d'être coulé
); par des volées de canon des en^
mis dont un boulet emporta l'a-
vion. Comme on fuppofoit que;
'memi fe porteroit encore e?i.
mut-, on fit un feu très - vif du
D 5.
8 2 Mêm. fur h dern. Guerre
ïîïï^^' chemin couvert & des ouvrages
.^7Î^- correipondants.
Le 2O5 au point du jour, nous' |
avons apperçu que les ennemis
avoient formé l'autre branche du
zigzag, qu'ils fe font portés de
notre droite fur la gauche , au bord
des écors du lac tout près d'un *
ravin qui e(l en avant à Botoifes^''
de 4a branche gauche du chemin '
couvert, lis ont fait un feu très.'^
vif de leur moufqueterie fur-toiil
jufques à minuit. La nôtre s'eft ur -
peu rallentie vers le point du jour
à caufe de l'épuifement des troii.|'
pes Se du mauvais état de nos ar-''^
mes. Ils ont perfectionné tout IdP
jour cette tranchée ,& y ontmii"'
des fufiUers qui ont beaucoup in'"'
commode ceux qui fervoient VM
batterie du baftion du lac , oi"'>
il y a eu plufieurs de tués & àH
blelfés. IP
Cette nuitale canot envoyé àl<'?
j ■ de t Amérique Sept entr: 85
Iporvette eft venu à terre. Le bâ-
iment avoit apporté des dépêches ^IS^^
le Mont-Réal & de Québec. On
,' ctoit en peine de nous ; mais
Im y ignoroit que nous étions at-
iégés. Elles donnoient des nouvel-
es des opérations des Anglois à
2.uébec. M. Pouchot renvoya vers
^s dix heures du matin le canot
hargé de fes dépêches pour MM.
e Vaudreuil & de rviontcalm.
Le 3 1 5 au point du jour , nous
rvons vu que l'ennemi avoit fait
retour de fon zigzag de la gau-
he fur la droite , tirant vers le
lillant de la demi-lune. Ils n'ont
u y arriver à caufe du feu cori-
dérable que nous avons fait tou-
i la nuit , auquel ils ont répon-
u très-vivement jufques vers une
eure après minuit. Cet ouvrage
ouvoit avoir 70 toifes de Ion-
ueur. 11 parut dans cette journée
u'ils vouloient établir à Pextrênii-
D 6
84 Mem, fur la dern. Guerre
; té de ce boyau une batterie di
^7^9. côté du faillant de la demi-lune
Le feu ne fut pas auffi vif de 1
part des ennemis pendant cett
journée que ia veille , parce qu'il
s'occupoient à perfeftionner leut
tranchées, & qu'ils travailloient
conftruire leurs batteries. Lei
moufqueterie néanmoins incom
niodoit beaucoup nos batteries.
Vers les 7 heures du foir , l'ei
nemi redoubla fon feu de ceti
dernière parallèle. II a été tri
violent jufques après minuit. 11
eut plufîeurs hommes tués & bl(
fés dans la place. Nous y avoj
répondu très- vivement par not
feu des ouvrages & du chem
couvert , où l'on avoit placé trc
pièces de canon qui tirèrent 5
coups chacune chargées à mitraill
Un ouragan qui dura trop pc
pmir nous , & qui aurolt inon(
toutes leurs tranchées , interronij
cette furilkde.
I
de l'Amérique Septentr, Sî
Le 22 , au point du jour , nous''"=^
:rùnies que les ennemis avoient ^7 5S^'
llongé une parallèle le long d'un
bffé qui étoit à l'extrémité du gla-
i:is;maisils ne firent que perfedion-
ler ces ouvrages & ces deux bat-
eries. Celle de la gauche de 8
)ieces étoit plus avancée que celle
ile la droite. Leur feu fut très-con-
idérable de la tranchée de leur
Iroite fur le baftion du lac , Sc
fur nos ouvrages de la gauche qu'ils
jncommodoient beaucoup, ils ti-
rèrent peu de bombes.
Vers les 9 heures du matin, ils
i:ommencerent à nous envoyer des
Doulets rouges de la batterie pia-
:ée de l'autre côté de la rivière.
Celle où étoient placées leurs
l^roiïes pièces en fit de même,,
Par les précautions qu'avoit prifes
M. Pouchot , de tenir des tonneaux
d'eau remplis devant tous les bâ-
timens , & des détachemens de.
8 6 Hlê'm. fur la dern: Guerre
^^^^^^charpen tiers avec des haches prêts
^7^î^- ie porter aux endroits expofés au:
flammes , le feu ne fit aucun ra
vage 5 quoiqu'il eût commencé
pluileurs endroits, même aux ma
gafins de marchandifes ; ce qui n'el
pas étonnant , tous ces bâtiment
étant en bois. Les ennemis ne pu^
rent jamais s'en appercevoir.
Ils dirigèrent leur feu fur 1
batterie du baftion du lac pour ecr
pécher de la fervir. Il fut très-vi
M. Bonnafoux , officier d'artillî
rie fut bleffé légèrement , & i
hommes tués ou blefies. Le cano
& les aubuts démontèrent troj
pièces de canon des cinq pièce
qui étoient fur le même baftior
Ils ruinèrent l'angle flanqué de c
baftion à pouvoir defcendre fur 1
berme. Les aubuts s'enfonçant dan
la terre & y crevant , enlevoien
les gaibnnements nouvellement pa^
rés, & falfoient à chaque coup des
de l'Amérique Septentr. 87
Duvertures de 6 à 8 pieds. Dans=^==^
a nuit, Tennemi fit de la parallèle ^7)9^
m feu très-vif fur nos ouvrages ,
:S<: droit de fes batteries à boulet
jSi à mitraille fur la brèche & le baf-
|;ion attaqué.
I Un obfervera que nos batteries
Ifur les bâillon?, qui étoient d'abord
iPaites avec des tonneaux remplis
|ie terre étant ruinées , on fut obli-
\gé de les faire avec des Aies reni-
iplis de terre qui, étant placés en
jfe croifant , formoient des nierions
affez bons, faciles à changer fui-
ivant la diredion du feu. Cette mé-
thode eft bonne pour des cas pref-
lés-, & très-utile , fi on eft à portée
d'avoir beaucoup de ces facs par
jla promptitude de ce travail qui
peut déconcerter les batteries des
ennemis; mais par malheur laref-
'fource des facs à terre manqua. _
' Ceux que l'on avoit employés fe
, trouvèrent déchirés , ufés ou brù-
8 8 Mêm. fur la dern. Guerre
^^^^^lés dans le fervice. La matière pouî
^7)>- bourrer le canon manquoit encore,
de même que le foin. La provifior
que M. Pouchot en avoit faite étoil
épuifée. On prit les paillaffes des
lits , on en employa d'abord h
paille , enfuite la toile.
L'ennemi pouffa dans la nuit dd
22 au 2% fa tranchée jufqu'à \i
hauteur du faillant du chemin coii'
vert de la demi-lune. 11 fit toutî
la nuit un grand feu de fon ar-
tillerie à cartouche & à bouleti'
fur la brèche, ainfi que de fa mouf
queterie , & jeta beaucoup de bom-
bes. On y répondoit de la place .
mais nos armes étoient en fi mau^
vais état que de dix fufils à peine
il en prenoit un , Se le lendemaifii
matin il n'en reftoit pas une cei>
taine en état , malgré toutes leS'
réparations que l'on y faifoit jour-
nellement. Sept ouvriers forgerons
ou armuriers- étoient continuclk-
de t Amérique Septenfr. t9
icnt employés à les raccommoder. -^*^M
jes domeftiqiies & les bleffés *7S9»
• oient chargés de les laver. Les
::!3imes , comme nous l'avons dit,
jrvoient les bleiïes & les mala-
is, ou travailloient à coudre des
ju'gouches ou des facs à terre.
ans cette journée, M. Pouchot
t obligé de ne laiflTer qu'un pe-
; pofte de Ibldats dans la bran-
le du chemin couvert du baftioi-i
taqué, les Canadiens ne voulant:
us s'y tenir à caufe de la vivacité
|i feu des ennemis. On tâchj de
I parer la brèche & les p:il;lTades de
I bermeau delTou;; , mais avec peu
; iuccès , mal:^ré la bonne volon-
dufoldatà y travailler.
A lo heures du matin, il parut
1 pavillon blanc dans le chemin de
liclle-Jhamille au portage. M.Pou-
lot répondit par un autre pavillon,
'étoit quatre Sauvage envoyés par
lM. Aubry & de Lignery. Ua
90 Mém.fiir la dern. Guerre
^555Ë^îes fit entrer dans la place. Ils h
^7'i9- mirent deux lettres , l'une en dat
du i:,& l'autre du 22 Juillet.Dar
la première, datée de la preiqu'lsle
ils accufoient la réception de ce"
les de M. Fouchot du 7 & d
10. ils y difoient qu'ils étoient pai
tis tout de fuite du fort Macliault
qu'ils fe croyoient en ét-ît de pouvoi
combattre les ennemis avec fuccès
& les obliger de lever le liège.
Far ces mêmes lettres , ces Mi\
demandoient à M. Pouchot fo
avis fur ce qu'il conviendroit i
. mieux à faire pour le fecourir. C(
b^auvages dirent à M. fouchot qu'i
avoient palle par le camp des ^ai
vages ennemis avec qui ils avoier;
été en un confeil en préfence d,
Jolmfon , qu'ils avoient remis au 1
Iroquois cinq colliers de la pai"
des nations qui venoient avec iV
de Lignery , pour qu'ils euflent
fe recirer, fmon ils frapperoier
de P Amérique Septentr: 9 1
jr eux comme fur les Anglois.- '
les derniers les affurerent qu'ils ne ^7)9'
i méleroient point de la querelle.
<n fut encore parla même voye
u'ils étoient environ 600 Fran-
ois & loco Sauvages (a), que
]rfqu'ils avoient pafle le petit ra-
[de à la fortie du lac Erie , ils
Imbloient une isle flottante, tant
I rivière étoit couverte de bateaux
I de canots.
TvL Pouclîot répondit fur le
iamp à ces deux lettres, après
'oir délibéré en préfence de tous
(a) Dans ce nombre étoient 500
'Idats (Se miliciens que M. Auhry
;oit ainenés des Illinois , avec 600
iuvages qu'il avoit engagés fur fa rou-
là le fuivre. M. Aubi-y , après une
larche tres-pénible , s'étoit rendu au
)rtMnchault5 où il fe joignit à M.
e Lignery. Celui-ci raiiembla les
anvages de l'Obio au fort de la
refqulsle, d'où ils partirent avec M.
ubry.
■^1
5* Mem.fur la dern. Guerre
^^^^\qs officiers de la garnifon , afi
^7 5^- de profiter de leurs avis. Nous raj
pellerons ici que M. Pouchot, ps
fa lettre du i o , avoit averti M. d
Lignery que les ennemis pouvoier
être de 4a 5 mille hommes far
les Sauvages, que s'il ne fe troi
voit pas en état de les attaquer d
vive force, il falloit qu'il paffi
par le Chenondac pour fe rendi
à Niagara par l'autre côté de 1
rivicre , parce qu'il feroit en étî
de chiîfier les Angîois qui étoier
de ce côte au nombre feulemer
de 200, & ne pouvoient être fe
courus que très-difficilemcnt. Del
il feroit venu lùrement jufqu'
lui , parce qu'après la défaite d
ce corps, il les auroit envoyés pren
dre en bateaux pour les faire çn
trer dans la place.
M. Pouchot ne doutoit pa
que les Anglois ne luflent fa ré
ponfe au retour des Sauvages.
âe l'Amérique Septentr, 9 5
lais il étoit content fi elle pou----' -
Dit feulement parvenir à fa dQ[- ^7)9'
nation. Par cette lettre il prioit
1. de Lignery de fe rappeller ce
u'il lui avoit écrit précédemment.
lui mandoit que les ennemis
!:oient en trois corps , un du côté
u petit marais , qui gardoit leurs
ateaux, un autre vers le milieu
u bois auprès de leur dépôt de
'anchée , & le troifieme à portée
e la Belle - Famille 5 qu'ils pou-
! oient être à préfent environ 3
aille & 5C0 bauvagcs , que s'ils
s croy oient alTez forts pour atta-
i[uer quelqu'un de ces corps , c'éîoit
. préfent le meilleur parti qu'il y
lût à prendre , parce que Tenue-
ni étant fort près de la place , n'o-
eroit dégarnir fa tranchée. Il ajou-
:oit que s'ils venoient à battre un
de ces poftes , il étoit à préfumer
que cela les obligeroit de lever
le iîege , qu'il falloit qu'ils euifent
5 4 Mêm. fur la dcrn. Guerre
— "^^-'-"des découvreurs en avant , que fu
^1^^* leur rapport ils ieroient encor
piuf^ à même de fe décider fur 1
meilleur parti.
Quoique les ennemis viflent cet
te lettre, ils ne pouvoient néan
moins prévoir la détermination de
chefs, & prendre d'autre précau
tion que d'être fur leurs gardes
M. Pouchot laifToit à M. de Ligne
ry à fe déterminer fuivant fes for
ces. D'après ce que M. de Port
neuf 5 commandant à la prefqulskj
avoit écrit à M. Pouchot, on poi
voit croire qu'elles montoient
28oo hommes, dont i2ôo Sauva-
ges. M. Pouchot fit quatre copiei
de cette lettre , & en remit un€i
à chaque Sauvage , dont Pun étoil
un Onontague , le fécond un Loup;
de la Belle-Riviere ^ Se le troifienK
un Chaouanon, pour ne point fairei
de jaloufie entr'eux, & qu'au m
que les Anglois en gardaffent
1:
de l'Amérique Septentr. 95:
n iàuvât quelqu'une ; ce qui ar-^^^^^
a. ^7^9.
Après s'être rafFraîchis , ces Sau-
'^es repartirent tout de fuite &
nfuirent avec la même céré-
unie du pavillon. Les Anglois
! les Sauvages qui les virent for-
î, ne les inquiétèrent point. M.
'uchot ne douta point alors qu'ils
tinflent encore un confeil avec
Iroquois en préfence de John-
I.
Vers les deux heures après mî-
rentra l'Onontague, qui dit avoir
du fa porceleine ( c'eit comme
Européen qui auroit perdu fes
pux), qu'il étoit retourné pour
chercher, & qu'il avoit chargé
autre Sauvage de porter fa let-
, M. Pouchot crut alors que ce
ivage étoit plutôt efpion qu'a-
, il s'en déHoit ; la fuite fit voir
il fe trompoit. Kaendaé , s'étant
peu enivré , tracaffa toute la
9 ^ Mêm. fur la dcrn. Guerre
^^^^^^journée AI. Pouchot, voulant te^
* 75^- nir tantôt le parti des iinglois
tantôt celui des François. L'Oaoni
tague fut très-tranquille. Il fut d'
grand fang froid , examina nos tra
vaux dans les endroits les plus péj
riUeux 5 malgré le feu confidéral
ble des ennemis, ne cherchan'
point àfe couvrir. Ceft peut-étr
le feul Sauvage en qui on ait re
marqué une bravoure auifi décidé(
Les ennemis firent toute la joui
née un feu prodigieux & des mieu
nourri de leur artillerie , qui ruin '
toute la batterie dubaftion dup^
Villon. Un'enreftoit pas deux pied
de haut fur toute la longueur d
fbn parapet. On reniaquera qii
dès la veille nous avions été obli
gés de faire nos embrafures ave
des paquets de pelleterie, lauted'aU'
très matières, & que l'on employoi
des couvertes & des chemiies di
niagafui pour bourrer les canons
0)
] de t Amérique Septentr. 97
In tâcha de mettre deux pieces'^^^^^^^
;; canon en batterie fur la partie I7J9^
: uclie de la courtine, pour dimi-
lier le feu des ennemis.
On ne pouvoit plus engager les
(madiens à faire feu dans les eni-
tafures de l'ennemi, ce qui l'au-
: it bien dérangé. Le feu étoit trop
aifidérable pour eux. Ceux que
. n plaçoit dans quelque endroit
jQlyoient pour fe couvrir, &
; ndornioient tout de fuite, niai-
se tout ce que pouvoient faire les
c iciers & les fergens pour les en-
E^er à fe tenir à leurs poftes &
manœuvrer. Le refte de Li gar-
1 on, malgré toute la bonne volon-
li^offible, n'éioit pas moins ha-
r.iii. Depuis le fix, perlbnne ne
)' :oit couché , & il falloit être ou
i is les ouvrages, comme nous l'a-
1 is dit , ou employé à difFérens
livauxindifpenfables. 11 reftoit û
p;i de monde , qu'on n'avoit ni
Tome IL E
98 Mem. fur la de^'n. Guerre
i,J!!!!J!.Ëi'ie tems , ni îa commodité de doi
i75^. mir.
Sur le loir, le feu des ennem
diminua beaucoup , fur - tout celi
des canons dont ils ne tirèrent qi
deux pièces à boulet & à cartoi
che fur la brèche, pour empêchi
de la réparer. Ce ralentilTement fa
foit foupçonner à M. Pouchot, c
qu'ils vouloient lever le fiege poi
aller au devant du fecours, ou qu'i
fe difpofoient à quelque groffe a
taque. On fe tint fur fes gard
îe plus qu'il fut poffible. No
eûmes bien du monde bleffé cet
nuit, & quelques-uns de tués da
nos travaux qu'on vouloit répan
Nous entendîmes, le 24,qi]f
ques fufïllades du côté de la Bell
Famille. C'étoit des Sauvages, d
couvreurs de M. de Lignery , q
tombèrent fur une garde angloi
qui gardoit 22 bateaux dont
^voient fait le portage par ter
de l Amérique Septentr. Of
ir traverfer la rivière , & com-^î55555
niquer avec le détacheaient de ^7)^-
•ointe de Mont-Kéal. Us en tue-
t une douzaine, & après leur
, ir coupé les têtes , Ils les mi-
:t au bout de quelques piquets.
événement en entraîna d'au-
(. Jl engagea les Sauvages à de-
uder à MM. Aubry & de U-
rry d'attendre qu'ils euffent par-
ux Iroquois pour nous obliger
ire la paix avec les Anglois.
l de Lignery les en détourna ,
: ^ouloit qu'ils le fuiviflent , fe
(ivant au moment d'attaquer.
i cfuferent de marcher; une trcn-
h feulement des plus détermî-
f fuivirent M. Marin.
I. Pouchotjentendant des coups
î^ufil extraordinaires, fe porta
i de fuite avec M. Bonnafoux
rie baftion des cinq nations.
aperçut quelques Angîois qui
j'ientalTez précipitamment far
E z
100 Mm. fur la dern. Guerre
' ' leurs grands gardes , des troujs
?7)^» qui déiiloient du camp du cène
fur le bord du défert pour les je
dre à l'entrée du terrein de la lie v
Familie où nous vîmes un peu e
revers un retranchement d'abai;.
On y pointa deux pièces de i.
non dont on tira deux ou tis
coups. M. Pouchot apperçut ^is,
ce tems quelques Sauvages é;
pillés avec un drapeau blanc II
jugea d'abord que ce pouvoit :c
quelques Sauvages Iroquois jiii
vouloient faire quelque bravj
ou engager quelqu'un de fcir.
M. Pouchot fit tirer deux C(pî
de canon entre les Anglois & ix
pour les difliper, ou fi c'étoit es
nôtres pour leur faire apperce
qu'il y avoit là des ennemis
les empêcher d'avancer, parce le,
les voyant en fi petit nombr ''
craignit qu'ils ne tombaffent :;
i'embufcade. 11 en prévint M. 'D-
ik T Amérique Septcnir, ici
tFoux. Cela ne produifit autre-^-^'^^™
:3fe que de faire déployer un i759'
^md drapeau blanc. L'on vit en
rme tenis une troupe qui défiloit
\\iz beaucoup de fécurité dans un
:i^min large de 7 à 8 pieds, fort
irée à la tête. Il fembloit qu'ap-
)|xevant les ennemis , dont elle fc
Juvoit fort proche, elle cher-
;l)it à fe mettre en bataille fort
ë:ée, fans rangs ni files. A leur
ii)ite parut une trentaine de bau-
rjes qui faifoicnt un front fur le
lîc gauche des ennemis. Ce ba-
;: Ion commença à faire une ou
lix falves en approchant de ceux-
:i qui parurent faire un mouve-
int en avant hors de leur abat-
:ï; mais ayant été accueillis d'une
lifieme décharge, il y rentra alfez
)i;cipitamment.Le bataillon fepor-
a alors en avant pour entrer dans
'i)attis ; mais il fut arrêté par une
à^e des ennemis, il mit aulTi-tôt
E 3
Î02 MeK'Lfur la dern. Guern
" ' ' ' genou à terre pour tirer dans :t
*75^' abattis. Dans cet intervalle, iltci-
ba une grande quantité de plie
qui mouilla fes armes. Pendt.t
qu'une moitié de ce bataillon i.
filloit, l'autre parut fe retirera
arrière avec aiïez de précipitati( ,
ks ennemis ayant fait deuxfalis
fiir ceux qui reftoient. Il refta a
de ce monde. Une cinquante e
paroiffoit faire feu en fe retii it
& en mettant fouvent genoi i
terre. Alors les Anglois fortiiit
de leurs abattis prefque à la fi
la bayonnette au bout du fufil
courant ; mais par le peu de m( f-
queterie que nous entendîn: ,
nous jugeâmes que tout le bâil-
lon s'étoit retiré. 11 étoit à 'S
yeux fi petit que nous jugions d s
la pluie que ce pouvoit être î.
IVlarin , ou quelqu'autre officier a
étoit venu reconnoître les enî-
mis , & les avoit pouffes jufque! ï
I
de t Amérique Septentr. 103
Dans le tems que cette affaire^^=^^
; paffoit , un fergent, qui étoit dans *7S9-
; chemin couvert, jugeant par
; filence de la tranchée qu'elle
toit dégarnie , on demanda à M.
ouchot de faire une fortie. Quoi-
u'il penfât que cette tranchée de-
oit être au contraire bien renfor-
ée, pour entretenir l'émulation
es loldats & les contenter ^ il
3nimanda 150 volontaires qui ne
; trouvèrent plus , excepté les of-
ciers & les fergens , & ordonna
M. de Villars de fe mettre à leur
tte, en lui recommandant de ne
)rtir du chemin couvert qu'avec
récaution , & quand il lui en don-
eroit'le fignal , mais défaire beau-
Dup de bruit. 11 lui enjoignit de
lettre du monde fur les paliiTades ,
^ qui ne pouvoit manquer de fai-
i découvrir les ennemis , & de
)ger de leur fituation. En effet,
;s Anglois voyant enjamber les
E 4
loj. Mm. fur la dern. Guerre
=2===^paliffades , toute la tranchée par
.^75^' auffi tôt remplie d'hommes déco
verts jufques à la ceinture , & aya;
des compagnies de grenadiers à
tête des tranchées. On leur lâc
quelques canonnades qui. les
rent rentrer , & notre fortie n'ei
pas lieu.
A l'arrivée dufecours, l'Onoi
tague qui étoit revenu, ayant r
connu les troupes de M. de Lign
ry , demanda à M. Pouchot la pe
miffion de forrir pour aller cor
battre avec elles; ce qu'il luial^
corda. Il paffa librement à trave
l'armée ennemie qui, fans dout(
ne fit pas attention à lui. 11 joigrfi
nos troupes vers le midi il rent
enfuite vers les deux heures , & r
conta tout notre défailre que no
avions peine à croire , nous im
ginant que les Anglois lui avoie
fuggéré ce difcours. il nous con
-que tout avoit fui, que MM, il
^de f Amérique Scptentr, lof
ry, de Ligncry, de Montigny ,'~-'ii"LLiJ
e Repentigny , étoient prifonniers ^ ? 5 ^*
; blefles , & que tous les autres
[ficiers & foldats avoient été
lés ( a ). Nous efpénons que cet
3mme ne difoit pas la vérité.
Lorfquc M. Pouchot vit cette
traite , il ordonna à toutes les
itteries qui étoient encore en état,
i rédoubler leur feu pour conte-
r les ennemis. Ils nous le refi-
rent très- vivement, ce qui fît
îrdre encore bien du monde. A
aatre heures après midi l'enne-
i rappelia dans fa tranchée. 11 en
rtit un officier pour parlemen-
r. On le fit entrer dans lu pla-
\ Il étoit chargé d'une lettre
î johnfon qui commandoit l'ar-
{(i) 11 paroir, foit par le récit de
u Pouchot, foit par les relations an-
oifes, que nos gens donnèrent dans
ne cmhtiiVade que Johnfon leu3?
/oit dreilëc, . .
10^ Mêm, fur h dern. Guerre
^ff'fÊËËEmée depuis la mort de Frideauj
I7)9« Johiifon mandoit dans fa lettr
d'ajouter foi à ce que diroit de
partie major Hervey, fils de iVlyloi
Briftol. Celui-ci donna le nom c
tous les officiers Canadiens qui
trouvoient prifonniers. duoiqi
M. Pouchot fût prévenu par
Sauvage , il fit femblant de I ign
rer , & de ne vouloir le croire q
Von. n'eût fait voir ces oPxiciers
quelqu'un de ceux de la garnifoi
afin de n'avoir rien à fe reproclu
M. de Cervies, capitaine de Koy
Kouffillon, fe rendit au camp,
vit M. de Lignery bleiïe , &
autres dans une feuillée près de .
tente du colonel Johnfon. Il '
put guère leur parler, &vintn'
dre compte à M. Pouchot.
Cette nouvelle qui avoit <;
d'abord débitée par le Sauvage, .'
confirmée par cet officier , avoit t •
îement abattu le courage de i
de P Amérique Septcntr. 107
rarnifon , que M. Fouchot & les^?!??^5
;utres officiers eurent toutes les 17 Î9.
)eines du monde à contenir les
|bldats <& les miliciens dans leurs
')oftes qu'ils abandonnoientde tou-
es parts comme fi tout eût été fini.
A Tennemi eût pu s'appercevoir da
e défordre , il auroit pu lùrement
n profiter. Les foldats allemands
es recrues, dont nous avions beau-
oup dans ceux de la colonie, &
ui étoient venus cette année de
rance, furent les plus mutins.
M. Pouchot aiTembla tous les
fficiers de la garnifon pour déli-
|érer fur la fituation de la place , &
rendre le parti le plus convenable.
. laiffa rendre compte de fon étaC
ar M. Bonnafoux , comme le plus
apable d'en juger. On commença
ar le chemin couvert, & on con-
int que, vu la proximité de l'enne-
u, il ne pouvoit diflférer plus de
eux jours de s'en rendre maître ,
E 6
Tc8 Mém. fur la dern. Guerre
5S!^^foit par la fape , foit de vive force.
.^7 )^' hous n'avions que i iû hommes
pour garder le chemin couvert,
depuis les écors devant le baftion
du lac jufqu'à l'angle taillant de
la demi4une, & 2^ hommes dans
la place d'armes de la droite , qui
gardoient jufquesau faillantdu che-
min couvert du bartion des cinc
nations. 11 y avoit plus de 8 à ic
pieds d'intervalle entre les homme
qui bordoientle lient attaqué. Le
^rmes étoient en fi mauvais étc
qu'il n'y avoit plus que 140 fufi:
propres au iervice. La plus grand
partie étoit fans bayonnettes. L(
ïbldats de la colonie & les Can:
diens en manquant, on avoit adap'
des couteaux bûcherons au boi
d'un bâton pour leur en tenir lier
& ils les portoient avec eux dai
leurs portes. *. n avoit brûlé ^'■
milliers de poudre, de 54 qu'il
'^Yoit daus la place, il ne reltc
de t Amérique SeptenU\ 109
tas que très-peu de boulets dc^^^^^
^ & de ^. C:ux de »2 étoient 175 9-
tus conlumes. Un ne pou voit
<|)nc pas elpérer de le défendre
î ec vigueur. Les iofles , comme
J)us Pavons dit, n'avoient point
(clcarpe; les terres s'étant ébou-
les, les rampes fe trouvoient fî
huces que l'on pouvoit les mon-
t <k les defcendre en courant.
Dur éviter cet inconvénient , on
/oit bien mis une paiiffade dans le
Mid du folié ; mais Tennemipou-
ant y delcendre par-tout , auroit
té à même d'égorger toute la gar-
jifon entre Is paliirade & le cîie-
liin couvert, parce que fe méan^t
vec elle , elle n'auroit pu être pro-
|égée par Tarlilierie des flancs. D^.ail-
leurs il ne reftoit pas alors plus
lie foixante hommes dans la place,
^lon co iipris les canonniers. les
baliffades vis-à-vis la brèche éroient
!;ouces bniées^ ^ il étoit trèb-aifé
ïTo Afém, fur la dern. Guerre
^""""""d'y delcendre de la brèche qui ti
^7)9' noie les deux tiers de la face cj
baftion dans le foffé. Nousavioi
hors de fervice ou perdu lohon
mes de la Sarre, 9 hommes c
Béarn , 8 hommes de Royal-l\ou
fiîlon , 13 hommes de Guienne
de la colonies 43 hommes, mil
çiens 26; tn tout 109 homm^
tués ou bîeffes, & 37 malades (a
Outre ces pertes, notre peu (
monde & la fupériorité des enn
mis , la place pouvoit être trè
facilement infuîtée le long de
rivière & des écors du lac.
Toutes ces confidérations firei
demander par les officiers de
- (a) F a garnifon n'étant compofé
que de 486 hommes, comme on 1
déjà vu, refloit donc ^40 pcrfoniK
à pouvoir porteries armes-, pourqu(
les re'aiions angloifes ont- elles d
qu elle montoit à 6oy hî mmrs e
iedliis, loifqu'ellç ibrtic de la pî^çç
de Mmerique Septentr. iti
arnifon à M. Pouchoc de fe pré-^5Ë55!
!?r /i une capitulation, jiifques-là ^7^^-
'in'avoit rien dit. Ji pria ces MM.
e bien examiner s'il y auroit quel-
ue reflburce. Ils lui repréiente-
ent répuifement de la garnifon ,
[ui ne dormoit point depuis 19
ours, & avoit toujours été fous
es armes 5 ou aux travaux, que
e retard de deux & même huit
ours, quand même cela feroit pol-
ibie , ne pouvoit fauver la place
k n'aboutiroit qu'à perdre encore
)Kn des braves gens inutilement ^
l'autant plus qu'on n'avoit à elpé-
er du fecours de nulle part.
M. Pouchot , (entant la vérité de
:es reflexions, fit venir l'officier
iînglois , & demanda pour capitu-
lation de fortir avec its honneurs
de la guerre , que la garnilon fe-
roit conduite à ;V}ont-ivéal avec
fes effets & ceux du roi aux dé-
pens de S. iYl. B, dans l'efpace de
112 Mèm.fur h der7u Guerre
— "-— ' tems le plus court, il y eut de
*75^- allées & des venues toute la nuit
iVl. Pouchot ne voulant point dé
mordre de (es propofitions. Le ce
lonel Johnfon lui fit dire de bon
ne foi qu'ii n'étoit pas le maîtr
de ces conditiGns , fans quoi il le
lui accorderoit. Au point du jour
I\l. Pouchot voulut renvoyer i'ol
licier , parce que devant être pr:
fonnier, il vouloit rifquer Tévénc
ment, iilors toute la garnifondî
manda à capituler. Les Allemand',
qui en failbient la majeure partie
fe niutinoient , & nialheureufemer
l'officier anglois s'en apperçut , c
qui l'engagea à être plus ferm(
On obfervera à cette occalion qu
tout commandant qui fe trouver
dans le cas de capituler, fera biei
de renvoyer les otages , jufqu'
ce que tout foit conv nu. M. Tou
chot fut donc forcé de fe contenit
•ter de§ articles fuivaiits, I
v^ Iri
àe tjhncyique Septentr. 1 1 1
I Art, ï. La garnifonfortira(fl)^^?^5^
7ec armes & bagages , tambours ^ 7 > 9-
attants, mèche allumée par les
=ux bouts 5 avec une petite pièce
p canon , pour s'aller embarquer
'irdes bateaux ou autres bâtiments
u voitures qui feront fournis par
L le général de Sa Majefté Bri-
innique , pour être conduite à la
ouvelle-Yorck, par le chemin le
lus court , & dans le plus court
fpace de tems.
2°. La garnifon remettra fes
rmes en s'embarquant & confér-
era fes bagages.
3°. MM. les officiers conferve-
ont leurs armes & leurs équipages.
4'. Les Dames & femmes fran-
oifes qui font ici/eront renvoyées.
(a) Onauroit rpécifié par/f7Ôrfc/î<r,
lui étoit très-praïîcable, fi la garnifon
l'eue pas éré s'embarquer par uni
3orte oppofée à la brèche.
114 Mm. fur h dern. Guerre
■ainfi que raumônier. Il leur fe
■^75>' fourni par M. le général de S. I
B. les voitures & fubfiftances n
ceflaires. Elles feront rendues da
l'efpace de tems le plus court p(
fible, jufqu'au premier pofte fra
çois. Celles qui voudront fui\
leur mari , feront les maîtrefifes
^•. Les malades & les blefl
obligés de refter dans le fort , poi
ront en fortir avec tout ce qui Je
appartient. Ils feront conduits
fureté , lorfqu'ils feront en état
fupporter le voyage , à la deftir
tion du refte de cette garnifoi
.en attendantjil leur fera fourni ui
garde, pour qu'ils ne foientp
infultés par les Sauvages , & j
^ feront traités 6c nourris aux d
pens de Sa Majefté Britannique
6°. Le commandant, tous î
officiers de troupes, les troup
elles-mêmes , & tout ce qui eft a
fervice du roi j fortiront de la pi
I
de hhncrlqne Ssptcnîr, i \ T
pe fans être fujets à aucun aûe de^^^^^
j-epréraillcs de quelque nature, & '7j5«
bus quelque prétexte que ce foit.
7^. il fera fait un inventaire des
nunitions de guerre qui fe trou-
veront dans les magafins, & de Tar-
illerie. tlîes feront remifes de bon-
le foi, ainfi que les autres effets
3u roi exillants dans les maga-
ins, lors delà capitulation.
8'. Les foltats & miliciens ne
erontni dépouillés, ni féparés de
eurs officiers.
9\ Lorfque la garnifon fortira
3e la place , il ne fera pas permis
ie débaucher les foldats pour les
I faire déferter.
I lo^ La garnifon fera conduits
avec une efcorte jufqaes à l'endroit
deftiné pour fon féjour. Le gé-
néral recommandera exprelTément
là l'efcorte de les couvrir des Sau-
vages, pour qu'ils n'en foient pas
inlultés lorfque la garnifon aura
M 6 3Um, fur la dcrn. Guerre
*5^5^quitté fes armes pour s'embarquer
^7)9' li aura la même attention dam
toute la route.
II^ Il fera fait un état exaf
des noms, furnoms des foldat
des différentes troupes, ainfi qut
des miliciens & autres au fervici
du roi.
12°. Les employe's, en quelqui
qualité qu'ils fuient, conferveron
leurs équipages & auront le for
de la garnifon.
i 3*. Tous les Sauvages qui fi
trouveront dans la place .. de quel
que nation qu'ils puiffent être , fe
ront maîtres de fe retirer en tout(
liberté fans être infultés.
14^^. On livrera une pofte ai
général de 6a Majefté Britannique
Les échanges des articles fureni
fîgnés refpedivement par le géné-
ral , par tous les officiers de la gar-
•nifon. M. Pouchot n'ayant fig(K
que ie dernier , le général lui pro-
de t Amérique Septentr, 117
)ora de ftipuler que fa garnifong. ■" V.
eroit conduite en France, li ne i7v9.
e voulut pas, & détermina au con-
|;raire l'endroit le plus à portée
hour être des premiers échangés ;
:e qui fut exécuté.
Le 25, entre 10 & I ï heures 5
es Anglois envoyèrent 4 compa-
;,^nies de grenadiers , 4 piquets ,
Se un régiment , dans le fort. M.
r^ouchot fit mettre fa garniibn eti
3ataille fur la place , les armes à
a main & leurs havre - facs entre
es jambes. Il pria MM. les officiers
ie fe tenir à leurs troupes. Oii
relia dans cette fituation près de ^
Bo heures. M. Pouchot avoit pref-
fenci tout le monde de la néceffité
de cette manœuvre, pour fe met-
tre a l'abri des infultes des Sauva-
ges, leur rappellant l'hiiioire du
fort George, il avertit que, fi quel-
que Sauvage venoit pour les frap^
per ou leur enlever quelque chofe.
1 1 8 Mm, fur la dern. Guerre,
ils leurs donnalTent des bon
}7)9' coups de pied dans le ventre
ou de poing dans l'edomac (a;
que c'étoit le plus fur moyen d
les contenir, bi on ne pouvoit
parvenir, il valoit mieux mouri
avec fes armes , que tourmente
par eux. Lela s'exécuta ponduelk
nient.
Les Anglois avoient diftribué de
poftes par-tout pour empêcher le
Sauvages d'entrer. Ils vouloien
engager la garnifon à livrer leur
armes, fous prétexte qu'ils feroien
plus en état de nous défendre
M. Pouchot lerefufaconftammenl
les affurant qu'ils n'empêcheroien
pas les Sauvages d'entrer avant no
(a) C'eft fans conféquence qu'ur
Sauvage foie frappé de la forte. Le!
autres ne prennent pas fon part
comme fî on fe fervoitdu fufii, d'un<
épée ou bayonnette.
de Amérique Septcntr, 119
e départ Effedivement, une heu-'=^==^
î après que les Anglois furent ^71^-
itrés dans le fort , les bauvages
^Icaladerent de toute part , & en
loins de demi-heureil y en eut plus
i soo dans la place, ils furent
abord affez tranquilles.
Les officiers françois avoient eu
précaution de mettre une par-
2 de leurs équipages dans le ma-
ifin à poudre. Ce qui n'y fut pas
ifermé fut enlevé, foit par les
Bciers Anglois , foit par les fol-
its détachés. M. Pouchot donna
déjeuner au colonel Johnfon &
quelques officiers. Après le dîner
îs officiers s'accommodèrent de
lUs les uftenfiles & les meubles.
Les Sauvasses eurent la difcré^
Dn de ne rien prendre dans la
laifon où logeoient tous les ofîî-
ers, jufqu'à ce qu'ils fuffent for-
s. Mais auffi-tôt après leur dé-
^rt, ils enlevèrent tout jufques
I ao Mhn.fiir la dcrn> Guerre
?^^^^aux ferrures & gonds des porte
^755^' Ils briferent. tout ce qu'ils ne p.
rent emporter, ils pilîerent les m.
gafins des effets du roi , où il
avoit encore 5 à 600 paquets <
pelleteries ( a ). Nous en avio
beaucoup employé pour les me
Ions des batteries, lis gaipillere
& caiTerent prefque tous les to
neaux de farine.
Dans les premiers moments,
cherchèrent à enlever des armes
nos foldats & miUciens qui ne I
épargnèrent pas , réfolus a to
événement de fe battre contr'ei
& contre les Anglols. lln'eftp
•décidé qu'on ne les eût mis dehor
malgré l'armée ennemie. M. Pc
chot auroit vu ce qu'il y auroit (
(û) Elles durent valoir bien >
Targent à Johnfon , qui , étant fe
connu de ces nations, trouva le moy<
de les leur racheter avec des elfe
du roi.
de l' Amérique Septentr. i2ï
, faire , en cas qu'ils manquaflent i™""*.
la capitulation. Voyant notre ^7)9-
ermeté, ces Sauvages vinrent plii-
ôt nous confoler que nous inlul-
sr. Ils étoient preîque tous con-
us de la garnilbn. Des cheis di-
nn à M. i'ouchot : nous ibmnies
Uns deffein ; fois tranquille ; c'ed
ux Angloîs que nous faifons du
îal.
Quelques officiers anglois di-
j)ient que c'étoit bien l'occaiioti
2 prendre la revanche du fort
l'eorge; mais on doit rendre juC-
'cc à la majeure partie qui tirend
.;:s ces premiers moments tout
ur poflible pour écarter les Sau-
'^"s. Il y en eut même un blelTs
; coup de couteau. Les Sau-
s ne leur épargnoient pas les
:l^s. Entfautres rOnontagu^
. ic nous avons tant fait meaition,
aU pendant qu'il fut à Niagara,
t les choies les plus dures au
Tome IL F -
^^ 12Z Mêm. fur la dent. Guerre
^''^^ï^colonel Johnfoii qui n'ofa pas s'er
^7)9. fâcher.
Quelques oflîciers & foldats an
glois enlevèrent quelques fufils d
cliaffe à des officiers & miliciens
mais plutôt en les efcamotant qu
de force, il fit un fi gros tem
du N. O. depuis le 24, que l'o
ne pouvoit pas mettre un batea
dehors , fons quoi M. Pouchotai
roit tenté de faire évader une pai
tiQy de fa garnifon avant de rendt
la place; ce qui n'auroit pas éi
abfokiment difficile.
Le 2^, après midi, la garnifc
fortit de la place pour defcendi
fur le platon avec le fufil fur Y
paule 3 tambour battant, & den
pièces de gros canon à la tête c
la colonne. Dès que les troupi
furent devant les bateaux dans le
quels elles dévoient s'embarquer
elles dépoferent leurs fuiiis , & pa
tirent tout de fuite , quoique 1*
de ?J?nériqffe Septentr, m 5
jmes du lac fuflent encore fort"*"""^
ToiTes. i75i><
Nous ne punies voir les officiers
rifonniers. Johnfon avoit donné
i parole qu'il feroit retirer des
lains des Sauvages ceux qu'ils
croient pris ; car ayant vu la fuite
e nos gens, ils les pourluivirent
: en prirent beaucoup. A cette
ccafion , il arriva une avanture
lagique. Moncourt, cadet de la
plonie, avoit pris en aifeftion un
luvage avec qui il s'étoit lié d'a-
itié. Ce Sauvage , qui étoit dans
jrmée angloife , voyant fon ami
; ilbnnier , lui témoigna beaucoup
fenfibilité fur fa fituation. Il lui
;: ,5 mon frère, je fuis au dé-
féipoir de te voir mort : mais fois
tranquille ; je veux empêcher
' qu'on te faffe foufFrir ". il le tua
'un coup de cafle-téte , croyant lui
l'iter les tourmens auxquels font
iîftinés les prifonniers parmi eux,
F ^
124 ^ém. [urladern. Guerre
^-^ — ^ Le refte des troupes qui échaj
^719' pa du combat, fe retira dans ur
ifle au delTus du fort du portage
où on avoit laifle Rocheblave av(
environ 150 hommes pour ga
der les canots Se les bateaux. Eli
fe retirèrent au détroit, ainfi qi
les garnifons de tous les poftes
la prefqu'iile ôz du fort Machaul
aux ordres de M. Belcftre qui n
voit pu être à Taftion , étant n •
lade. De 400 hommes il y en t ;
plus de 2i^o tués, prefque tci
îbldats de la colonie qui étoie:
trèS'braves , 8c avoient fi bien fe i
dans ces partis»! l y eut beaucoup ;
François , dlllinois tués ou pi .
Tous les prifonniets furent ce •
duits à la Nouvelle-Yorck, co»
me la garnifon de Niagara.
Il arriva à cette dernière uî
aventure comique auprès du lac (5
Onoyottes. Son eicorte étoitco-
pofée de 100 hommes deiloy-
de l'Amérique Septentr. ï2<;
méricain , de 300 miliciens, &•—""""""'
une compagnie de rengers ou cou- ^ 7 5 9-
i:urs de bois. Les foldats de cette
Dmpagnie , voulant faire croire
a'ils avoient des Sauvages avec
|ix,ou montrer leur gentiiielTe, fu-
j:nt dans la nuit fe barbouiller &
liabilier en Sauvages. Ils entrèrent
ifuitc dans le campement des
"ançois , couteaux & caffe-tétes
la main , faifant le cri des Sau-
ges qui attaquent. Nos foldats
mnurent tout de fuite à leur aie
luche , ce que ce pou voit être. Ils
mirent à danfer, à chanter &
I hurler à la manière des Sauva-
iîs, fe mêlant avec les rengers,
|i qu'ils faifoient de la meilleure
jace. Les officiers de Koyal-Amé-
':ain , avec qui les officiers fran-
j)is foupoient alors , s'apperçu-
qnt que ceux-ci fourioient & fe
loquoient de certe bravade faite
; leur infu , tombèrent à coups
F 3
J26 3iem. jiir la dern. Guerre
'"" ' "de bâton fur la mafcarade , & ren
^7)9- voyerent leurs foldats couche
peu fatisfaits de leur dlveitiffc
niQnt.
La garnifon étant arrivée aupiê
du fort Stenix, les AnglDis,h qui o
avoit recommandé de ne pas laiffi
voir le fort à M. Poucbot , l'oy
gèrent à faire un grand circu
aivec la garnifon pour gaver la t
viere de Mohack. Son efcorte vdi
loit , comme il y avoit beaucou
d'eau j s'en retourner 8c paiïer a
fort , Se nous laiiïer traverfer fett
cette rivière. M. Fouchot, qui éto
prévenu de leur intention , fe
auffi-tôt à l'eau tout habillé & fi
fuivi des officiers & de fa troup
Les Angiois, qui eurent honte i
reculer, en firent autant, en jura
beaucoup contre la précaution d
commandant du fort. Nous n'oi
blierons pas ici la poHtefle de A
Fech, Suiffe 3 capitaine de Koyai
E&îata'tt^iga
de l'Amérique Septentr. 127
vméncaiii,qui commandoit l'efcor-
^ 11 prêta à Aï. i'ouchot environ ^75)?'
^ louis, pour aider MM. les of-
ciers François à vivre. Ce fut un
îrvice bien elTentiel. Dans cette
ccafion tous ces officiers le trou-
oient fans argent , &i s'ils avoient
té obligés de fubfifter avec la ra-
on angloife , ils auroient f^ait mai-
re chère, n'étant compofée que
i'une livre de farine & d'une li-
re de mauvais lard. Les officiers
iglois étoient nourris par leurs
ivandiers qui leur fervoient d'au-
îrgiftes. Ils eurent la même ref-
)urce.
N'ayant dit qu'un mot de Tévé-
ement de M. le chevalier de la Cor-
e 5 nous en donnerons ici le dé-
il. Nous avons rapporté que M.
i la Corne étoit à Frontenac &
la Préfentation. 11 avoit avec lui
ms cette partie, pour couvrir i'en-
ée de la rivière , de 4 à 500 Ca-»
f 4
12 8 Mêm, fur la dcrn. Guerre
ïî^^^nadiens 3 & quelques ioldatsdel
^1S9' colonie. Dans les preraiers joui
de Juillet, il fe porta fur Chouege
avec tout fon monde & les Sai
vages de cette miffion accompc
gués de l'abbé Piquet iulpicien
fameux niiffionnaire de ce pays
qui voulue par zèle accompagne
Jès ouailles, ils furent débarque
au même endroit où M. de Mon
calm débarqua lors du fîege. Le
Bnglois 5 en partant pour celui d
IS'iagara, avoientlaiffé à Tendre
où étoit le fort Ontario enviro
-5 à 6oo hommes qui n'avoier
pas encore eu le tems de fe n
trancher; ils s'étoient feulemcr
lait une efpece d'enceinte autou
de leur camp avec les tonneau,
de lard & de farine, dontcecorp
d'armée avoit apporté grande prc
vifion. Comme ce déLachemen
fe croyoit en grande fureté , la ma
jeure parue étoiè difperfée dai
de f Amérique Septentr. 12^
Is forêts des environs pour cou-"=^==^^
jT du bois pour fe retrancher. ^7^9,
M. de la Corne pouffa un gros
orps de fes gens jufqu'à l'endroit
il étoit le fort Ontario , pour re-
^)nnoître les ennemis, llsfufilie-
:nt ces travailleurs, arrivèrent
fques au camp qu'ils trouvèrent
jrt en défordre. La garde <Sc ce
tii reftoit au camp s'oppofa à ces
(■couvreurs. ^iM, de la Corne eut
^;ivi fon avant^garde , les Anglois
(oient perdus. M. Tabbé Piquet,
'li entendit ce conimencement de
;riilade , crut qu'il étoit de fon de-
J>ir, avant que toute fa troupe at-
^quât, de leur laire une petite
j:hortation , &i de leur donner l'ab-
lution. Cela fit perdre le moment;
s Anglois coururent à leurs ar-
es & fe placèrent derrière leurs
inneaux. M. de la Corne arrive
iprès de fon détachement qui
oit difperfé autour des Anglois^
î 30 Mém. fur la dern. Guerre
" ' niais qui n'approchoit plus, à caui
^7^9- fe de leur fupériorité. Il veut k
engager à recommencer. Quelque
Canadiens 5 qui avoient plus envi
de fe retirer que de fe battre , criefi
qu'on les coupe tout- à- fait; t
malgré les officiers , c'eft à qt
regagnera le plus vite fes bateaux
M. l'abbé Piquet veut les arrêter
en eil culbuté; enfin il en accR
■ €he un 5 & s'écrie : fauvez au moif
votre aumônier. Il y eut peu c
perte , les Anglois ne les ayar
point fuivis. On convint après Tai
tion que il toute la troupe eûtft
vi le premier détachement, eï
enlevoit ce corps anglois trèsrfi
çilement, parce qu'ils étoient fui
pris & très- déconcertés dans*
premier moment. Ce corps batti
Niagara auroit été fauve, leur ai
niée n'y auroit pas reçu le reî
fort en troupes , & le fecours e
^yivres qu'ils y envoyèrent^
de P Amérique Septentr. 131
M. Douville, capitaine de la*5!^??
olonie, qui commandoit au fort I7 5^<
e Toronto, n'entendant plus de
anonnades à Niagara, fe douta
ae ce fort étoit pris , déblaya fort
Dfte, y mit le feu & fe retira à
Îont-Kéal pour ne pas fe laiffer
îlever. Ce fort , comme nous
ivons décrit , n'étoit de défenfe
je contre des Sauvages , & n'a-
)it pas plus de 12a i ^ hommes
î garnifon. Telle fut Pifflie de
campagne des pays d'en haut»
evenons aux opérations de Qué-
;c.
La flotte angloife forte de 2 S
ifleaux de guerre, dont quel-
iies>uns à trois ponts^avecdes bâti-
.jCnts de tranfport chargés de dix
:jiUe hommes de troupes de terre »
IX ordres du général Wolf , pa-
ît à Tisle aux Coudres dans le
ois de Juin. Les ennemis s'en,
iparerent > & occupèrent enfui*
î 3 3 Âîêm. far h dern. Guerre
ï^^^^te l'isle d'Orléans (a). Ils ne trou
J7S9- verent aucune de ces difficulté
imaginaires auxquelles les marin
canadiens avoient tant de cor
fiance. Lorfque cette flotte entr
dans le baflin de Qiiébec, on li
lâcha fans fuccès quelques bri
lots (é).
MM. de Vaudreuil & de Moà
calni placèrent les Canadiens
les troupes 5 au nombre de 5 à
mille hommes , favoir , la Reinr
(a) Le 19 & ?o de ce mois.
(/;) La ilotte angîoife, qui étoitai
ordres de l'amiral Saunders , fut affa
lie d'un violent coup de vent, apî
la prife de i'isle d'Orléans. Pîufiei
gros vailfeaux perdirent leur ancr
& un grand nombre de bâtiments
tranfport coula à fond. On profita
ce moment pour lâcher, pendant»
nuits des brûlots; mais la précipr
^on,prefque inféparable de ceslori
d'opérations , fit manquer celle-ci ç
avoit été très-hiea combinée»
dâ tAmcrîque Septenîr, 153
,anguedoc, la Sarre, Royal- Rouf-^^^^^
lion & iiéarn , & la colonie qui ^l')9'
lontoit à 1800 hommes , en deux
jatailions , depuis la rivière St.
'harles^ jufques au faut Montmo-
!ncy, en laiffant une garnifon
ans Qiiébec. On fit des redou-
îs le long de cette dernière ri-
iere , & on s'y retrancha. La plus
/rande partie des ennemis débar-
'uerent de l'autre côté avec beau-
oup d'artillerie.
, Far différentes manoeuvres &
vec leur artilierie qui étoit con-
idérable & fécondée de celle de
eurs vaiffeaux qu'ils faifoient ap-
)rocher de la côte , ils effayerent
le faire abandonner le bord de la
:iviere St. Charles , & de la paffer.
Le 3 i Juillet , ils firent débar-
quer à marée baffe auprès du faut
beaucoup de monde , pour prendre
une redoute qui couvroit le paiTa-
ge & le centre des retranchements..
134 Mêfn.fur ladern, Gtièrre
■ ' —lis firent toute la journée un fei
^7f S^- très-vif de 200 pièces de canon fu
tout le camp, pour favorifer le corp
de troupes qui fe gliffoit fur 1
grève pour enlever la redoute 01
il y avoit 2 pièces de canon ei
fi mauvais état que l'on ne pou!
voit pas s'en fer^ir. Nos troupe |
firent fi bonne contenance par-tou
que les Anglois ne trouvèrent pa
jour à mordre à nul endroit. 11
eurent même affez de peine à rem
barquer les troupes de la grève
qui montoient à près de 2 niiiy|
hommes , parce que la marée l||
gagnoit ( a ). |
Ils abandonnèrent cette entrer
prife , Se placèrent un corps d(
trois mille hommes environ, vis*
à-vis Québec, de l'autre côté de
(û) Les Anglois perdirent de leur
ave.i dans cette journée, plus defoc'
hommes & pluiieurs braves ollicier&
de l'Amérique Septentr. 13?
a rivière. On fit un détachement^ '"
le Canadiens aux ordres de M. Du- ^7^9*
lias 5 capitaine de la colonie, pour
âcher de les déloger. Il réuffit à-
)eu-près comme celui de AI. de
a Corne.
Les ennemis placèrent beaucoup
le canons & de mortiers dans cette
)artie , qui ruina & brûla en partie
XuébeG pendant le mois d'Août.
^otre armée paffoit toutes les nuits
u bivouac , les ennemis faifant
>rerque tous les jours quelque ma-
lœuvre pour les déloger , & trou-
l'er moyen de mettre à terre de
|:ecôté. Dès qu'ils eurent pris cette
ierniere poiltion , on fut obligé
le garder la rivière au deiïiis de
.Québec , on y fit des redoutes dans
les endroits que l'on jugea fuf-
'-eptibles de débarquements. Elles
étoient feulement défendues par
des piquets de \o hommes. Ces
endjcoits neparoiflbientpas encore
1^6 Mém fur ladern. Guerre
■Sï'ïïï^dangereux , à caiife de la pofition
*7)3^» des eniieoiis. Ces piquets y reliè-
rent pendant près de trois mois en
pofte fixe, ce qui eft une très-
mauvaife méthode , parce qu'à la
longue la vigilance celle par la fa-
tigue du fervice.
MM, de Vaudreuil & de Mont
calni, ayant appris la prife de Nia*
gara dans le mois d'Août, déta«
cherent M. à^-Lé^is avec 5 à 6ox;
hommes , pour fe porter à la Pré
fentatîon 5 & y établir un polb
capable de couvrir cette frontière
S'étant rendu fur les lieux , il ju-
gea avec M. de la Paufe , aide-
major de Guienne, que la petite
ifle Oraquointon , au deffus de cel
ledesGalots, étoitlaplus proprt
à fortifier pour barrer la rivierf
Ce fut la Paufe qui décida M. 4e
Lévis, & voulut lui-méoie tracçt
le fort, ou redoute , à fa fantaifie^.
uialgié Popimoa de M. des Ae?
de l'Anierique Septnttr, 137
roins , ingénieur , que l'on char-
ea de la conftiuclion. Cciui-ci ^7)9'
it laiffe pour y commander. M.
e Lévis y relia juiques en Sep-
imhie , & obferva les mouvements
es ennemis dans cette partie. Il
ccupa pendant ce tems fes gens
accélérer la conftruâion du noii-
eau fort. Dès qu'il le jugea un
eu en état, il rcdefcendit. avec
ne partie de fon monde pour re-
)indre l'armée à Qi^ébec.
Dans cet intervalle , cett» ville
ittoit, pour ainfi dire , avec fou
rtillerie , qui étoit fort nombreufe,
ontre celle des Anglois qui fai-
)ient fans celle des va"&-vien avec
es frégates & des chaloupes ar^
lées 5 pour tâcher de pénétrer en
uelque endroit. Ils effayerent d'a-
■ord de faire paffer quelques fré-
;ates entre leur camp & la ville. •
illes remontèrent le fleuve , fecon-
lées de la marée & du vent, mal-
138 Mém.fur la derru Guerre
^^^^gxé le feu de la place. Enfuite i
^7 59- firent pafler durant la nuit bea.
coup de bateaux chargés de tro.
pes, avec de gros vaiffeaux. i
de Vauclein , qui avoit deux ï\ .
gâtes qui barroient la rivière , e
un combat contre trois gros va
féaux pendant fept heures. 11 1
fi maltraité que fes bâtiments i
rent perdus (a). Les ennemis, m;
très de la rivière, furent brûlen
magafîu à Jacques Qiiartier , (
étoient les effets de prefque to
les officiers de l'armée.
M. de Montcaim détacha l
de Bougainville avec tous les gr
nadiers & les volontaires de l'a
mée, & environ 200 chevaux (
cavalerie formée à la hâte. Ce corp.^
montant à mille hommes d'élite
(a) Cétoit en Canada, & none
France, qu'il falloit conftruire d(
pranies. Elles auroient empêché
flotte angloife de remonter le fleu?f
de t Amérique Septentr. 139
Jl porta à la pointe au Tremble ^^^^^
Jlieues au deflus de Québec , pour ^ 7 ) ^^
(ipêcher l'ennemi de débarquer
(I ns cette partie , d'où il nous au-
lit coupé toute la comniunica-
\m avec le relie du Canada. Le
Igiment de Guienne fut porté à
^i quart de lieue au delFus de
iuébec, le long de la rivière, pour
ire à portée de foutenir les fedou-
I) dont nous avons parlé.
j Les ennemis avoient plus de
jjoo hommes paffés en bateaux au
I (Tus de Q.uébec , & cherchoient,
I tre la pointe au Tremble & Que-
lie, quelque endroit à mettre à
irre . appercevant toujours des dé-
ichements Se de la cavalerie qui
|3ppofoient à eux. Le 1 3 Sep-
imbre, au point du jour, ces trou-
;s redefcendoient le fleuve & dé-
Ifperoient trouver moyen de met-
e en exécution leur projet , lorf-
ae pafiant auprès de la redoute
140 Menu fur la dern. Guerre
^=^^^^'^**'quegardoit M. de Vercors, voyari
^éS9' un endroit fort efcarpé (a), ii
conjedurerent qu'il n'y auroit p^;
du monde. Un ou deux bateaux :
abordent & débarquent des troupti
qui gravirent contre cette côte (é
11 s'y trouva un fentineîie canadie
qui leur lâcha fon coup de fufil
malheureufeoient il ne put pas ;
retirer fur fon pofte. 1 es Anglo
arrivèrent à la file au haut de
côte. Ce pofte étoit fi fort dai
la fécurité 5 que la plus grande pa
tie desfoldats étoit allé couper d
foin ou du bled. Le capitaine Ve
(a) Cette guerre fournit plulieu
exemples de cette efpece. Prefque toi
tes les defcentes des Anglois ont éi
effedaées dans des endroits dont
fîtuation fembloit les mettre à l'ab
de tentatives.
( /) ) Le colonel Ho\ve , à la tête dj
rinfanterie légère & des montagnarf
écoiïbis , y grimpa avec beaucoi
dardeur & de courage.
de P Amérique Scptentr. 141
ers étoit encore dans fon lit 011^:=^=^
i reçut un coup de fufii près de ^7S^
1 cheville du pied. Tous les gens
irent difTipés. Le régiment de
(uienne ne fut même averti affez
icd de cet événement que par quel-
<ies fuyards.
Les ennemis , comme on l'ima-
■ne, fe dépêchèrent de fe former
iprès de cet endroit , & même
y tranfporter 4 pièces de canon,
uienne fe poita tout de fuite à
)rtée de les obferver , après avoir
ivoyé avertir M. de Montcalm.
étoit alors déjà près de 9 heures.
*n laifla le camp tendu & l'armée
>us les armes. M. de Tvlontcalm
rit avec lui les régiments & les
oupes de la colonie , & environ
à 400 Canadiens. Le relie de-
leura pour obferver les ennemis
u bas de la rivière. M. de Vau-
reuil voulcit que Ton reftât à
iuébec, & que l'on fît revenii:
142 Mém.furla dcrn. Guerre
ï^î^^tous les détachements. Cet av
^7)9 étoit fans doute le plus fage ; ma
M. de Montcalm jugea plus e;
pédient, d'aller attaquer Tenner
qui faifoit Ton débarquement. HT
voit déjà effectué , & s'étoit mên
placé. Ce général envoya ordre
M. de Bougainville de le rejoi]
dre 5 & fe mit en marche avi
environ i ^oo hommes , parmi k
quels il y avoit beaucoup de C
nadiens, mêlés dans cesrégimen
pour les rendre plus nombreu
Ces gens , qui ne font propres qu
la petite guerre , & d'ailleurs m
armés,n'ayantpoint de hayonnetti
& que des fimples fufils de chafR
firentun mauvais effet dansTaftio:
Quelques lieutenants-colonels
repréfenterent à M. de Montcaln
qu'il convenoit d'autant plus d'à
tendre le corps d'élite de Bougaii
ville , que l'ennemi étoit déjà toi
débarqué. 11 trouva mauvais qu'o
de f Amérique Septentr. 143
i fitcesreprérentations5& marcha*^^^^
is-légéremeiit aux ennemis , tou- ^7^^'
(|jrs en bataille, à travers des bieds
iirrés , ce qui avec la marche pré-
; itée eiïbufloit les foldats. Les
Hciers n'auguroient rien de bon
i ne manœuvre faite fi à la hâte,
jrmée joignit cependant Guien-
1 & fe forma. Les Canadiens dé-
;hés fe jetèrent dans des bof-
jats fur les aîles de l'armée des
nemis, & dans très-peu de tems
( r tuèrent bien du monde. Leur
[léral Wolf fut bleffé à mort.
Notre armée qui marchoit k
'inenii fans avoir interrompu fa
:; rche précipitée , le trouva polté
"riere de groifes paiiffades qui
moient la clôture des champs ,
^c 2 pièces de canon fur leurs
es. Elle en fut accueillie par des
ves à cartouche, & par celle de
moufqueterie , auxquelles elle
3ondit une ou deux fois» en mar-
Î44 Mêm.fttrhdern, Guerre
'^^^^^chant ; mais le feu des ennemis, ( i
^7^9. l'avoit éclaiicie , l'arrêta tout co t
& ébranla les Canadiens peu .
coutumes à fe trouver à découve.
, Us quittèrent leurs rangs & fuire .
Les ibldats le débandent auffi- 1
en arrière. M. de Montcalm, (i
étoit à chevaljcourt pour les arré r
& les rallier , il reçoit un ce )
de feu dans lej reins. 11 refta 1:
la place beaucoup d'officiers, d', -
très furent pris, & prefque t(î
blefles. Les Anglois nous fui-
rent vivement jufques auprès ;
Québec.
M. de Bougainviîle , qui avt
marché tout de fuite , attaqua qu •
ques gardes des ennemis dans (5
maiibns fur leur derrière ; nu
ayant appris la perte de la bat; ■
le, il attendit des ordres pour-
voir ce qu'il devoit laire. M. î
Vaudreuii crut qu'il n'y avoitp
de meilleur expédient que de r •
femb :
de f Amérique Septentr. 14 î
mibler fon armée & en remon-^5^=^
mt un peu la rivière bt. Lhar- i?^^»
îs, d'aller gagner la pointe au
rcmble. Tout le camp fut prefque
bandonné, parce qu'on ne vou-
it avertir perfonne de ce dé-
art. Les officiers & foldats y per-
lent leurs effets & leurs provi-
bns qu'ils auroient pu emporter.
Onlailfa dans Qj-iébec 600 hom-
es de piquets pour garnifon, aux
dres de M. de Ramfey , major
; la place. M. de Montcalm mou-
\ t le lendemain de là bleffure en
ai héros , c'eft-à-dire , en héros
(! rétien , après avoir écrit au gé-
iiral Townshend , qui venoit de
fendre le commandement des ân-
jois, pour lui recommander les
jifonniers françois. Cette intrépi-
de dont M. de Montcalm a voit
c nné tant de preuves , ne Taban-
cnna pas dans fes derniers mo-
*bnts. L'amour de la gloire ne le
'fmne IL G
ï4^ Mêm, fur la dern. Guerre
^'— "^cédait chez lui qu'à fon dévoue
I7T^« ment aux inte'rêts de fa patrie. Li
pureté de fes intentions & fon dé
Cntéreffement égalèrent toujour
fa valeur , qu'il confulta trop dan
cette dernière adion. Sa perte fu
vivement fentie par fes foldats. Le
officiers lui ont donné des marque
publiques de leurs regrets & d
leur eftime (a).
(a) Ce fut d'après leurs vœux
à la foUici.tation de M. de Bougaii
ville , que l'académie des infcriptior
& belles-lettres , fit en 1751 jfoii ép,
taphe. Quelques-uns de ces mèm
officiers viennent de fournir le fuj
d'une eftampe deiîinée par le jeui
Watteau , & gravée par le fieur Chan
bars, Anglois, en l'iionneurdeM. c
Montcalm. Ce général y eft reprcfei
té fur un lit de camp, près de fatei
te , foutenu par M. de Moatreuil, m
réchal de camp , fon ami & dépol
taire de fes dernières volontés, &p;
M. de Bougainville fon élevé , & fc
ancien aide de camp , & qui tous deif
de l'Amérique Ssptentr. 147
Le général Wolfmourut pref-^5!!!5"
Lie fur le champ, ji étoit de la *7i9'
lus grande ardeur. Il avoit de-
fixent avec attcndrifrement. C'eft
ms ce moment, où\ fefentanî prêt
expirer, il prie fes officiers & Tes
lis de lui donner pour tombeau le
DU d'une bombe qui fe trouve prèf
lui. Des Sauvages font occupés à
:irer de ce trou les reftes de la bom-
. Un grouppe d'officiers & de fol-
ts alfemblés autour de fon lit, ex-
me la douleur la plus caradérifée.
r le fécond plan, on reconnoît les
iciers généraux Sénézergue & Font-
iine, qui commandoient les deux
lîs de fon armée, tués cj-ns l'aclion
! apportés par des fokiats dans la ten-
du quartier général, où l'on voit
la plufieurs officiers blelfés. Le
iitain n'offre qu'un monceau de
; nbattans, de morts & de mourants,
> l'on diftingue le jeune Wolf, qu'en
ni on rappelle à la vie, & plus loin,
analheureufe ville de Québec, diC
l'.oilfant dans les flammes que lui
'' nit la flotte ennemie.
G 2
148 mêm. fur h dern. Guerre
■'- -mandé à l'amiral à faire encc
^7^5/. cette tentative comme la dern
re, parce que la flotte angloî
vouloit s'en retourner, craignit
d'être prife des mauvais tems d
commencent à régner dans cee
faifon. Ce général dit en moura :
Je meurs content , puifque je / î
voir fuir les François,
Toute l'armée françoife fe ■.\
fembla tranquillement a la poi'e
au Tremble où M. de Lévis vent
d'arriver en même tems. 11 fe vo}(t
encore à la tête d'environ 5 m e
hommes qui avoient bon coi>
ge , perfonne ne s'attribuant e
mauvais événement. 11 fe dé:-
niina à marcher tout de fuite p iC
attaquer les Anglois, &iefit{5-
céder par M. de la Roche, ai-
taine de cavalerie, & fa troie
portant avec elle des facs de f-
cuics pour entrer dans QiiébecH
étoic chargé d'avertir M. deR:ï-
de r Amérique Septentr. 149
y de l'arrivée de M. de Lévis , &
2 lui recommander de tenir bon. 1759-
e commandant lui répondit qu'il
oit trop tard , qu'il étoit en ter-
e de capituler, que fa parole
oit même donnée, & que d'ail-
iurs il manquoit de vivres. M. de
i Roche lui dit qu'il lui en appor-
it pour attendre M. de Lévis.
I Les Anglois après le gain delà
i taille fe trouvoient fi étonnés de
{t heureux événement ;, qu'ils
hient indéterninés fur le parti
j.'ils dévoient prendre, ou de fe
i:irer, ou de faire le fiege de
tpébec, qui leur paroiflToit une
i'ération encore bien longue , vu
faifon. Us furent affez agréa-
^ment furpris de voir que l'on
^it leur propofer la capitulation
!^ cette place. Le commandant,
ci étoit de Québec , ne fut fe re-
fera la follicitation des habitants,
ci cher choient plus à fauver leur
G 3
î f o Mcm. fur la àern. Guerre
'bien que leur pays. Les Angfe
^7Çp. accordèrent donc tout ce qu*c
leur demanda.
M. de la Roche fortit tout
fuite pour rendre compte à M.
Lévis de fa niiffion; il le trou'
aîfez proche. Ce général hâta
marche pour prévenir ou combî
tre les Anglois ; mais en arriva
devant la ville , il fut fort furpris
la trouver déjà gardée par l'arm
angloife. 11 fe trouva obligé
s'en retourner à la pointe
Tremble avec toutes fes trou{
conflernées de cet événement ii
prévu.
Nous obferverons ici que fiJ
de Montcalm eût préféré de vèi
fe placer avec fes troupes ,
avant de Québec , fous la partie •
la citadelle , il pouvoit mettre 1
les remparts une nombreufe aît
leriepour le protéger , en ayant
moins deux cents pièces , & y ê(
de T Amérique Septenîr. i^î
Dint par le détachement de M.^ — ■
leBougainville. Les ennemis n'au- ^759.
oient pu ni le déloger , ni afiieger
ette place. Ils n'auroient pu , vu
i faifon, refter encore long-tems
ans cette fituation , & dès qu'ils
uroient voulu fe rembarquer , ils
uroient couru rifque de recevoir
n échec confiderable. Il en étoit
e même de M. de Kamfey. Sa
lace, quoique mauvaife, étoit à Ta-
ri d'un coup de main. 11 auroit
illu à l'ennemi au moins 334
)urs pour élever des batteries. M.
,e Lévis furvenant, on les aiiroit
jttaqués , ou fe plaçant tout pro-
|he d'eux , on auroit empêché tou-
îs leurs opérations. Ils anroient
léme été embarralTés pour ie ti-
srdelà. Québec étant manquée,
. n'eft pas croyable que l'Angle-
^rre eût fait de nouvelles tentati-
es 5 dont ils ne pouvoient efpérer
ne heureufe réuffite. La priîe de
G 4
I f 2 Mm. fur la dern. Guern
^"^^^^^cette ville les engagea malgré eu
^7TS« aux efforts qu'ils firent en i76(
Jls lailTerent une fort grofle gai
nifon dans Québec, aux ordrç
de M. Murray.
Les François formèrent une gro
fe tête de leur quartier d'hyver
la pointe au Tremble , & à Jai
ques QiJartier. On fortifia ces po
tes. Les régiments & ks troup
de la colonie furent diftribués dar
les villages &à Mont-Réal, où
tinrent les généraux & Pinteodan
On travailla d'abord à l'échange d(
prifonniers , & en Novembre , 1(
officiers de la garnifbn de Niagi
ra, excepté M. Bonnafoux, officie
d'artillerie, que les Anglois, fou
le prétexte qu'ils n'en avoient pa
de ce corps , ne voulurent ps
échanger, partirent avec ceux d
détachement de Trépezec, au noir
bre de I s 5 avec 250 miliciens , s
foldats françois & autant de la ce
lonie.
de l'Amérique Septentr. 1^3
j Auprès de Sarratoga (a), ils""™lîilL'i!
incontrerent le général Amheifl; ^7)9^
; ec fon armée qui rentroit dans
is quartiers. Il envoya fon aide
i: camp , Abercromby , à M. Pou-
(lOt 5 pour lui remettre des lettres
Il Canada. Les officiers comman-
I ns dans les forts anglois où ils
Irent obligés de pafler,les reçu-
iit le plus poliment du monde.
II ne peut rien ajouter aux atten-
Ins qu'ils eurent.
A la Chutes de Carillon , les
liciers françois furent obligés de
lourner 7 à 8 jours par une chi-
ne du commandant du fort. Le
iijor Roger arriva dans cet in-
ivalle. llavoit fait un parti d'en-
[a) C'eft de ce pofte d'où devoit
[rtir l'armée qui fournit tout leCa-
t da , & c'eft là où l'empire Britan- •
: lue en Amérique à reçu de nos jours
ijunefte coups fînguUer effet du
■ Tard,
G ?
If 4 Mêm.fur hdertu Guern
" -viron 400 hommes, qui avoien'
^75^' été à notre miffion de St. Françoi
fur le lac St. Pierre. 11 trouva c
rillage abenakis dépourvu de fe
guerriers. Il y tua une trentain
de femmes 01a vieillards , & emmc
na quelques jeunes gens prifor
niers. Comme il manqua de v
vres 5 il partagea fa troupe en pli
lîeurs bandes pour s'en retourne
au fort George. Toutes périrei
de mifere ou de faim dans les boi
excepté celle de Koger qui avo
heureufement pour conducteur n
Loup Moraigan. 11 ne revint Qi
pendant qu'avec 2 \ hommes , to»
baves & décharnés.
Les glaces fe formant pendai
la marche du détachement, 1«
cauK fe trouvèrent prifes vers
milieu du lacChampîain , & il e
toutes les peines du monde de g
gner terre avec fes bateaux q
étoient foibles & fciés par le trai
de t Amérique Septentr. i f f
chant des glaces. Le foir, les foldats^'^'^^
françois furent obligés de convertir ^7S9<
leurs bateaux en traîneaux , &
voyagèrent avec beaucoup de rit
que fur les glaces nouvellement
formées. Elles s'étoiloientfouvent
avec des rayons de 4 à 8 pieds.
[Is arrivèrent après bien des peines
la veille de Noël à Mont-Réal. Ils
y furent très-bien accueillis , à cau-
^e du renfort qu'ils y amenoient.
VI. Pouchot y fut beaucoup caret
e par MM. de Vaudreuil & de
Lévis.
L'on fit beaucoup de petits par-
j;is de François , Canadiens & Sau-
vages, dans le cours de l'hyver, pouc
inquiéter la garnifon de St. Fré-
leric & celle de Québec. On tra-
vailla auffi beaucoup à des prépa-
ratifs pour enlever cette ville d'em-
Dlée; ce qui étant connu des An-
^lois 5 les tint dans un inquiétu-
de perpétuelle qui mit leur garni-
If 5 Mê?f2.fiirïa dern. Guerre
^'""^"^fon fur les dents , & leur fît per-
^7)9- dre près de i^oo hoiiinies.
Cependant le Canada étoit dans
la plus triite fituation parle manque
de vivres &: de marchandifes de
toute efpece. Le vin valoit dans
l'hyver 2|0o livres la barrique de
240 bouteilles ; l'eau-de-vie, i s oc
livres le quart; le fel , 3 à 40c
livres le niinot; le bled, 30^48
livres le boifTeau pefant 4f Hv. ;
la viande de mouton , 3 liv. la li-
vre ; le cheval , i liv, 4 f. ; ur
bœuf, 4 a ^oo livres; un veaU:
50 à 6q liv. ; un dinde, f o liv.:
une paire de fouliers, 30 livres.
&c. Tout étoit d'un prix arbitrai-
re; une corde de bois, qui fe payoit,
fix livres ordinairement, fe vendoil
80 à 100 livres. L'intendant faifoj
de l'argent autant qu'il pouvoi
pour fub venir à tous ces prix; mail
jamais il n'avoit fongé à rien taxer,
parce qu'il trouvoit fon compte &
• de Mmérique Septentr, 1^7
relui de fa fociété dans toutes ces**"^^
augmentations. Ils avoient foin ^7^9^-
d'enlever & vivres & marchandi-
fes, qu'ils revcndoient au roi & aux
particuliers. Les habitans, que l'on
îvoit tenus fous les armes toute la
:ampagne , étoient au moins la
moitié dans la difette. On leur en-
!evoit leurs bleds & leurs beftiaux
Dour la nourriture des troupes.
2çs objets leur étoient payés , à la
irérité, très-cher en papier, qui étoit
:ommun , & ne leur donnoit pas
léanmoins le nécelTaire. Le difcré-
Ht qu'il prenoit , faifoit tout aug-
iiienter de ly en i^ jours (a).
[ (a) M. Murray profita de cette
!cruelle iituation , vendit des provi*
Gons aux François, & gagna par-là
beaucoup d'argent en très - peu de
tems. Si les A^nglois ont cru que des
fecours aufîi intérelies méritoient uti
monument à Foxhail, ils fe font trom-
pés, ou leur vanité à bien voulu Tèire^
î 5 8 Mê7n, fur la dern, Gmm
^^^^^^ Cette progreffion a toujours con.
^7^5>. tinué jufques à la reddition du Ca-
nada. La barrique de vin dans l'ét^
fut portée jufqu'à lo mille livres,
&L tout en proportion. On deman-
dera , peut-être, comment faifoieni
les troupes qui n'avoient que leui
paye. Le jeu y fuppléoit. Le pluî
gros qu'on imagine en Frana
îi'eil rien , en cooiparaifon de ce-
lui qui fe jouoit. L'intendant & lei
dames de fa fociété, ainfi que Ici
officiers canadiens , qui la plupari
âvoient beaucoup gagné par leuri
pacotilles , perdoient des fommei
dont les officiers françois profi.
toient. Quelques-uns de ceux-ci
ont rapporté encore en France
beaucoup d'argent. Les uns ven-
doient leur eau-de-vie très-chère-
ment, & leurs meubles. D'autres
par des brocantages ont fu amaf-
fer quelques petites fommes. Des
citoyens aifés fe faifoient un plaifu
de tAmh'lque Septeiitr, 1^9
de nourrir leurs défenfeurs; l'on''^5^'î5^
vivoit fort cordialement enfemble, ^7 5^^
des malheurs communs refferrant
cette union.
M. Pouchot en pourroit citer un
exemple & voudroit qu'il lui fût
permis de nommer la bien-factrice.
Cette dame fe trouvant feule lui dit
un jour : „ M. les vivres font bien
J.3 chers ; on a bien de la peine à
53 avoir des provilions : failbns or-
„ dinaire enfemble; ce que vous y
55 mettrez & ce que j'ai, nous feront
55 vivre plus aifément ". M. Pou-
chot, qui, arrivant au cœur de l'hy-
ver, n'avoit pu faire des provifions,
fe crut heureux d'éviter, en payant,
l'embarras d'en chercher. Dans les
deux mois & demi qu'il relia à
Mont-Réal, il la preffa très-fou-
vent de prendre de l'argent. Elle
lui répondit toujours , à la fin de
l'hyver nous compterons. Lors de
fon départ il voulut lui payer ft
j6o Mém, fur la dern. Guerre
^^^^part , qui montoit à deux mille li-
^7V>' vres ; malgré les inftances les plus
vives , il ne lui fut jamais poiÈble
de faire accepter à cette femme gé-
néreufe cette fomme. Plufieurs au-
tres officiers ont eu à fe louer de
procédés pareils.
r""""^ i\u commencement de Mars,
17^0. MM, de Vaudreuil & de Lévis, fe
déterminèrent à envoyer M. Pou*
chotfur les glaces , pour aller pren-
dre le commandement du fort Lé-
vis dans l'isle d'Orakointon , au-
près de la Préferrtation , & à faire
defcendre M. des Androins, ingé-
nieur , qui y avoit relié depuis le
mois de Septembre. Ils avoient
befoin de cet ingénieur pour le
fiQge de Québec, dont on accéle-
roit les préparatifs autant qu'il étoit
poffible. M Pouchot fentoit tou-
te la difficulté de la commiflion
dont il aiioit être chargé , par le
peu de leffource qu'il auroit pour
de t Amérique Septentr, i6i
[ire de la bonne befogne. Cepen-^===^
ant fon zèle pour le bien du fer- ^7^^«
ice, le fit paffer fur tous les in-
Dnvénients. On promit de lui en-
Dyer,dans Pété, un corps ùq iZ
1^00 Canadiens.
Il étoit dénué de tout Après
liToir perdu une partie de fon équi-
3ge à Niagara, il avoit été enco-
;: obligé d'abandonner tout le ref-
I', à fou retour de la Nouvelle
Ingleterre, H lui fallut donc refai-
: un petit équipage, & ramaffer
jnelques proviiions pour cette cani-
ligne, ce qui lui coûta extrême-
lient cher. Comme il alloit encore
i3yager fur les glaces , il deman-
a une couverte à l'intendant, qui
Jt la barbarie de la lui refufer.
e munitionnaire lui fit prélent
'un barril de vin de i 2 pots ; ob-
ît confidérable dans l'état des cho-
is. C'eft tout ce qui lui fut fourni
ar le roi.
ï 6% Mêm, fur la dern. Guerre
f""^ M. Pouchot partit le 17 Mai
1760, avec M. l'abbé Piquet , miflîonna
re de la Préfentation , <; homm(
& 3 traîneaux. Avant que de pa
1er du fuccès de ce voyage , ra}
portons celui de l'expédition c
Québec. Le 23 Avril, les glaa
eonimencerent à s'en aller. Chaqi
régiment & toute l'armée reçut 0
dre de partir avec les approvifioi
iiements pour le fiege de cet
place & l'artillerie , chaque troi
pe portant fes vivres dans les b;
teaux qui lui étoient deftinés ,
raifon de ^ de livre de lard , <
une livre & demie de pain par téi
pour toute fubliftance. Les bateau
Suivirent les glaces &' arrivèrent
une lieue au défias de Qiîébe(
L'ennemi ne pouvoit fe douter d'un
pareille arrivée , vu l'état de la r
viere. 11 en fut malheureufemer
averti par trois canonniers qi
voyant leur bateau pris dans de
de T Amérique Septentr. i^j
laces & crevé, montèrent fur
me grande pièce de glace qui les i?^®*
lorta jufqu'k Québec où on les
rrêta. Sur cette nouvelks l'ennc-
tii porta en avant des gardes , dans
e deffein de faire un camp retran-
:hé auprès de la place. Leurs gar-
les furent chaffées des maifons
lu'elles occupoient, êc l'armée
ânt paffer la nuit à | de lieue de
Québec. 11 pleuvoit & dégeloit.
Jn peut juger dans quelle fitua-
ion étoient alors nos troupes dans
les champs couverts de neige ou
sn gâchis. Le 28, au matin, les en-
nemis vinrent occuper le camp
qu'ils avoient défigné , leurs flancs
appuyés par 12 pièces de canon
& des aubuts. Nos troupes les
trouvèrent en bataille.
A mefure qu'elles arrivoient,elles
fe formèrent de notre gauche à la
droite , d'abord Guienne , enfuite
Béarn, JBerri , la Sarre, KoyaU
T(?4 Mêm. fîir la dern. Guerre à
^'"""""Rouflillon , la Colonie, Langue
17^0. Jqc^ ]gs Canadiens , la Reine , d(
la cavalerie , & quelques Sauvages
Tel étoit à peu près l'ordre dam
lequel on entra dans le champ d(
braille. Les Anglois avoient fai
occuper par le régiment de Frazei
Ecoflbis, une maifon fur leur droite
qui fe tiouvoit à portée de Guien-
ne & de Béarn , ce qui commence
à former un engagement à notn
gauche. Ces deux bataillons avec
leurs grenadiers les en chaflereni
d'abord, tlle fut reprife deux \
trois fois.
Tandis que l'armée fe formoitj
les Anglois tiroient de leur artillerie
à cartouche avec leurs aubuts qui
nous tuèrent d'abord bien du mon-
de. M. de Bourlamaque fut blefle
à la jambe, & fon cheval tué. M. de
Lévis, qui voyoit que fa droite n'ar-
rivoit pas fucceflîvement, vouloit fe
replier jufqu'à deshayes quife trou-
de l'Amérique Septentr. i <? f
soient derrière lui, pour attendre ■
|ue tout fût arrivé , & charger en- ^7^^*
èmble. Le régiment de Guienne &
le Béarn en ayant été avertis , 8c k
entant dans une pofition dange-
eufe , fi l'ennemi fut retourné s'em-
)arer de la maifon , héfitoient à
ixécuter cette manœuvre , lorf-
jue l'ennemi prenant le mouve-
nent de notre droite , ordonné par
VI. de Lévis , pour un mouvemeni»
le fuite , fe porta en avant de fon
irtillerie pour fuivre nos troupes,
^ela mit à même Guienne Se Béarn
3e fe trouver à la hauteur de leur
îanc droit; les deux commandants
de ces deux bataillons , Manneville
& d'Alquier, jugèrent que c'étoit
le moment de les charger. Il eft à
remarquer que ces deux bataillons
avoient déjà beaucoup perdu dans
l'attaque de la maifon où le régi-
ment écoflbis , qui étoit très-bra.
Te 5 fut prefque entièrement dé-
I eâ Mêm, fur la dern. Guerre
SSEî^'truit, ainfi que les grenadiers d
176^0. j^Qs Jeux bataillons. Ces dernier
attaquent les Anglois , toute ne
tre droite marcha alors de nouvea
fur eux en ménie-tems. Ils furer
rompus dans un inftant; ce qt
étoit refté en arrière rejoignit biei^
vite , & on s'empara de toute leu
artillerie , & de tous leurs outilî
On les pourfuivit jufques fou
Québec, mais peu vigoureufenicnt
jNos foldats étoient épuifés de ma
être 5 & exténués par la mauvai
fe nourriture. Nous avons vu qu'il
étoient partis de leur quartier di
20, & depuis ce tems ils avoien
toujours été fans tentes , à efluyeij
la neige Se la pluie. Il ell certairi
que s'ils euffent pu courir, il fe-
roit rentré très-peu d'Anglois dam
Québec, & la place étoit alors à
nous , n'y ayant refté que les ma*
kdes & les écloppés.
La perte des ennemis montai
de f Amérique Septenfr, i€j
iioo hommes tués , blefTés ou pris.'*^'^
[3US eûmes de notre côté ; 30 ^l^o,
[fîciers tués ou blelFés, & 390
(idats. M. le chevalier de Lévis
r comporta avec intelligence &
vacité. Voyant le mouvement en
ant des ennemis qui leur faifoit
rdre un grand avantage , il faifit
moment de les charger ; ce qui
t exécuté par nos troupes avec
plus grande vigueur. 11 fe trou-
it beaucoup de Sauvages dans
itre armée; mais ils ne voulu-
nt pas mordre. Ils trouvoient
tte befogne trop chaude , & ad-
iroient la fermeté des régiments
li étoient fillonés par cette nom-
eufe artillerie, &nonobftant cc-
marchoient toujours en avant.
Dès le lendemain, on ouvrit la
anchée devant Québec , du coté
la titadelle.On n'en donnera pas
[\ journal , parce qu'il eft aflez
)nnu. Après 8 ou 10 jours de trau-
1^8 Mêm.fur la dern. Guerre
8*^" "''chée, on battit la place avec no
17^0. tre artillerie, qui étoit peu nom
breufe, & les pièces fi mauvai
fes qu'elles crevoient dès qu'elle
ctoient un peu échauftees. Cell
de la place qui étoit très-confidc
rable & en bon état, nous fitpei
dre bien du monde. Les Angloi
ctoient fur le point de fe rendre
Ils n'avoient d'autre efpérance qu
dans l'arrivée d'une flotte. 11 e^
étoit de même de l'armée françoift ,
On y difoit : il nos vaifleaux de ft,
cours entrent les premiers , Que
bec eft pris, & nous voilà fauves
Ainfi les deux partis étoientdan
la plus vive impatience.
Le 12, on eut connoiOance d
vaifleaux anglois en rivière. Le 15
il monta des bâtiments , entr'au
très un, de 74 canons, & 2 fré
gâtes (a) qui nous en attaque
(a) Cétoit la divjfîon du com
ren
âe t Amérique Septentr, 1S9
:nt deux qui couvroient nos dé» "" '
5ts. Ils les prirent après un long ^7^o,
)mbat, ce qui nous obligea de
ver le fiege affez précipitamment.
In tâcha de ruiner l'artillerie qu'on
2 pouvoit emporter faute de voi-
ires. Notre année fe replia à la
Dinte au Tremble , Se on laiffa
s hôpitaux qui étoient chez des
ligieux hors de Québec. La flot-
angloiiè amena 5 à ^ mille hom-
es de débarquement , qui avec les
larins montoient à 8 à 10 mille
)mmes.
Notre armée ne fit plus que
iiicaner le terrein, depuis la pointe
L Tremble jufqu'à ce qu'elle fut
|)ligée de fe replier dans l'iile de
J ont -Real. Les Anglois firent
lonter dans le mois d'Août leurs
:odore Svranton, qui précédoit FeC-
<dre du lord Colvill. partie d'Haï-
Àx le 22 Avril.
Tome IL H
170 Mém. fur la dern. Guerre
55555!! frégates & chaloupes armées , a(
i?^*^^ compagnées de troupes par terre,
Se nous délogèrent fucceffivemei,
de nos poftes qu'on abandonnoi
pour ne pas laiiïer invertir les trou
pes. A lîiefure que les Anglois pai
. foient par un village, ils faifoieii
prêter le ferment de fidélité aux h {
bitans. Il eft à croire qu'ils aiÇ
roient monté plus vite , s'ils n'eu)
fent pas attendu des nouvelles d '{
autres corps qui dévoient attaqujj
les autres frontières.
Celle du côté du lac thamplai
n'avoit pas attiré la première Pal
tention des ennemis. 11 étoit ref
3 à 400 hommes dans l'hyver
rifle aux Noix, que l'on travail I
à mettre dans le meilleur état d
défenfe. Ce fut de là que durai I
l'hyver on forma des partis qui am|
noient toujours quelques prifo;
niers. Langis en fit encore d'hei
reux dans ce priiitems. Cet officie'
de r Amérique Septentr, 171
meilleur partifan des troupes de^*"*"*^
colonie, qui avoit fi bienfervi ^7^^-
s deux dernières campagnes , fe
)ya mallieureufement en voulant
iverfer la rivière dans un canot
ec deux hommes. Elle n'étoit
s abfolument prife dans les bords;
lis un morceau de glace s'étant
taché tout-à-coup, il tomba fur
canot & le noya.
Après l'affaire de Québec , Von
^oya M. de Bougainville avec
:)o hommes à Pifle aux Noix.
;Fut tranquille tout Pété. Il ne
jut que quelques détachements
venoient plutôt pour le recon-
i(tre que pour Pinquiéter. Le
ips des Anglois qui étoit à St.
'derie, compofé de deux régi-
nts de jnilice,formoit 334 mille
lames. Dans le mois d'Août, ce
C3S partit en bateau & des ga-
cîs, pour venir dans la rivière
tjean. Nous avions formé une
H »
1 7 î Ment, fur la dern. Guerre
^" '"-eftacade en pieux à travers fon fit
17^0. laquelle étoit défendue par Tifle
Les Anglois furent obligés d'éle
ver des batteries fur des échafaud
en bois, dans les terres autour d'
rifle au deffus de Peflacade, à eau'
fe que le terrein étoit noyé. A'
bout de a à 3 jours de canonm'
des de part & d'autre, notre ga:,
nifon fortit de l'ifle & gagna e
traverfant les bois , & marchai
fouvant dans l'eau, pour arriver,
la pirairie. Elle avoit fans douj
ordre de MM. de Vaudreuil & (;
Lévis , de ne pas fe lailfer prendr
& venir les renforcer à Mont-Rér
Les Anglois, maîtres de Tlsle ai
Noix, fe portèrent à St. Jean
à Chambly. Il y eut quelques (
carmouches dans le bois, entrée
Jean & les favanes de la prairi
Quand les Anglois les eurent p:
fés, les troupes françoifes enti
rent dans Tisk de Mont-Réal
I de t Amérique Septentr, 175
Il eft tems de reprendre les' "^■''—
pérations de la frontière du haut ^T^O,
Li fleuve St. Laurent, d'où det
îftdit la grande armée angloife
lUs le général Amherft. Comme
) qui s'y eil paffé n'a été raconté
ir perfonne , nous entrerons là;
îiïus dans de grands détails Qi).
M. des Androins étant parti du
, rt Lé vis , M. Pouchot y refta
i'ec 1^0 foldats de la colonie ou
iliciens, fix officiers canadiens^
. Bertrand, officier d'artillerie,,
.M. Celorons frères, la Boular- '
îrie , de Bleury Se de Poilly , ea-
(û) Ils auroient pu être moinr
ngsj mais le plaifir de parler des
énemens auxquels on a eu le plus de
rt , entraîne toujours les auteurs des
émoires hiftoriques. Une partie de
détail a cependant un grand avan-
ge, celui de faire mieux connoître
ifprit & le caradere des Sauvages ^^
je toutes les relations des voyageurta
H a
Ï74 Mêm.fur la dern. Guerre
- """"det de la colonie. Il y avoit les!
*7^o. deux capitaines des deux corvet-
tes, la Force & la Broquerie^S
I go hommes d'équipage.
Ce fort n'avoit de fait que 1(|
rempart revêtu en fauciffons. Le!
cafernes , magaiins & logemenii
des officiers , & autres à l'ufagedi
fort, étoient finis en bois depiecel
fur pièces, & couverts en planches
M. Pouchot , pour rendre ce pofti
fufceptible de défenfe, forma fu
le parapet , qui étoit de 1 8 pied
de largeur, un autre de neuf pied [
en pièces fur pièces , rempli d
terre qu'il fut obligé de faire ap
porter du dehors de Pisle. Dan
ce parapet il forma des embrafu
res. Il laiiTa fous ce parapet un
berme de 4 pieds de largeur ei
dehors, garnie d'une fraiffe. Ce qii
reftoit du premier parapet intérieu
rement, fervoit de banquette. L'
rempart fe trouva parla avoir i
de t Amérique Septentr. i7f
pieds d'élévation extérieurement, &^55555!
ïi intérieurement. Cette augmen- ^l^o.
:ation étoit indiipenfable pour cou-
vrir un peu l'intérieur de ce fort,
[jiii étoit commandé à la hauteur
ie 24 pieds, par le terrein des Isles
i la CuilTe & de la Magdeleine.
M. Pouchot fit auflî faire une
paierie avec des pièces de chêne
ie 14 pouces d'équarriffage , fur
[o pieds de longueur. Elle regnoit
e long du rempart & lui fervoit de
erre-plein , & le deifous de cafe-
natte. Les batteries étoient pofées
iir cette galerie ou plate-forme ,
eut le tour de l'isle. il forma un
'paulement à 4 pieds d'épaifleur
!n terre, tirée la majeure partie
lu fond de la rivière , cette isle
ji'ayant pas 2 pieds de terre pour
è mettre à couvert dans les det
:entes. Un abattis débranches d'ar-
)res fut fait fur le devant de l'é-
)aulement, qui s'étendoit autîmÊ
H 4
lyS Mem. fur la dern. Guerre
^"^""qu'il étoit poiTible dans l'eau, poui'
^1^0. empêcher ies chaloupes d'aborder
Ala pointe de l'isie, cet épaulemen
ctoit terminé par une redoute er
pièces for pièces, percée pour cire
pièces de canon. Aux deux côté? dei
Tisle on avoir laiiledeux endroits,'
en forme de quai , afin que les ba-
, teaux y abordaifent.
Tous ces ouvrages occupereni
cette petite garnifon, qui fut aug-
mentée d'une centaine de miliciens
pendant toute la campagne. Com
me la plupart de ces milicien!
avoient été arrêtés lorfqu'ils ve-
noient porter les vivres , il en dé-
ferta au moins une vingtaine qui
fedefcendi rent avec les bateaux
dont ils fe fervoient pour aller aux
travaux qui fe faifoient dehors de
risle , où il ne fe trouvoit ni ter-
re, ni pierre, ni bois. Les fofles*,
qui avoient S toifes de largeur «
n'en avoient que deux de profon-
de f Amérique Septentr. 177
lîur, & étoient couverts d'eau.î5îî55"
'n fut obligé de former le long i?^^*
une partie de l'épaulement , des
inquettes avec des coupeaux de
tiêne, tirés de l'équarriflagc des
eces. Le glacis fut fait avec le bois
1; chauffage de M. Fouchot.Ii cou«
oit un peu le front qui étoitex-
')fé du côté de l'isle de la Mag-
( laine. On ramaffa toute la fer-
tile quife trouva dans les débris
Il fort de Frontenac, & huitpie-
is de canon fans tourillons. Ils
i rent encadrés dans des affûts faits
( crapauds , pour pouvoir s'en
1 vir.
Dès l'arrivée de M. Pouchot,'
tus les Sauvages de la Préfenta-
1 )n vinrent le féliciter avec Koua-
i^eté, ce fameux Sauvage qui
;oit pris le polie de garde an-
joife en fautant par la fenêtre.
'. fe faifoit inftruire pour être bap-
1é. Quoiqu'il nous ait affez biea
H y
178 Mèm. fur h dern. Guerre
*5ËËÏfervis depuis , M. Pouchot n'a pu
1760, l'engager à faire des partis de guer-
. re, par motif de religion qui dé-
fend de tuer. Il n'entendoit rier
à nos diftindions.
Le 30 Mars, arriva un che
Onoyote, appelle Tacoua Ouenda
(la viande tombe) ami des An
glois. Il demanda à parler en con
feil à Sategariouaen M. Pouchol
& lui dit : „ mon père , je remei
5j de le maître de la vie de m'a
53 voir donné un beau jour poi
^3 arriver ici en bonne fanté , afi
55 que j'aie le plaifir de voir mo
^5 père , & de le trouver auffi e
55 bonne fanté : je ne fuis pas ei
^ voyé ici par nos chefs, je r
^ fuis venu que pour te voir.
yy Je me fuis toujours appliqi
55 à travailler aux bonnes affaire
35 J'allois fouvent à Mont-Réal vo
55 Onontio (a) , & parler avec Ii
(a) C'eft le gouverueur^
ie l* Amérique Septentr. 179
^ des bonnes affaires. Lorfque je*^"^
, retournois à ma cabane, j'é- ^7^^*
, tois toutfuant Se fatigué. L'on
, m'en railloit. Depuis, j'ai tou-
, jours refté tranquille fur ma
, natte , fans fortir de chez moi.
, n y a quelques jours que je me
, fuis mis en route pour venir à
, la chaflc de ce côté-ci. Nos chefs
, m'ont dit: puifque tu vas du
, côté d'Onontio , porte une pa-
, rôle de notre part à nos gens de
:, la Préfentation, & fi tu n'es pas
, rencontré, tu iras voir Onon-
, tio ia\ Tu lui diras que nous
, avons été confulter Johnfon ,
, comme nous en avions préve-
, nu ceux qui nous ont porté les
, paroles des vingt nations , pour
, favoir de lui ce que nous au-
(a) CétoitM. Pouchot. Ils con-
bndent fous ce moc tous les com«
nandans.
H €
î 80 Mêm. fur h dern. Guerre ||
*— *— ^ rions de mieux à faire pour tra-
«7<^P' » vailler aux bonnes affaires. J'ai
5, été moi-même tenir ceconfeil;
5, nos chefs étant abfents m'en
^ avoient chargé. Johnfon médit
35 qu'il me remercioit de ce qi^c
j3 nous lui voulions bien faire part
^ de cette parole des nations , 9c
g, qu'il ne nous confeilloit pas d'al-
3j 1er au Saut ( a ) chez notre pe-
33 re. Il ajouta que ceux qui avoicnl
3P été d'avis de lui rendre compte
33 du meflage, avoient bien par
^ lé , & auffi bien que les ancien;
^ chefs qui parloient des bonne
3^ affaires ; mais qu'il les exhortoi
.ao d'engager les gens du Saut, S
3 toutes les autres nations qu
^ voudroient tenir confeil, de ve
% ^ nir au village des Onontagues
« où étoit l'ancien feu des na
(a) xMîiRon Jroquoife auprès d
Mont-RéaL
de t Amérique Septenft. ijï
tîoiis ( a ) , & où on avoit pris"****^
les tifons pour en allumer aiU ^7^Q»,
leurs. Ce parti étoit le meil-
leur.
„ Il dit encore que les Outaouais
du détroit avoient fait avertir
qu'ils viendront de bonne heure
en confeil chez les Sonnontoins»
& que s'ils s'abfentoient pour
defcendre au Saut, ils trouve-
roient leurs cabanes vuides. S'ils
tenoient confeil en diffirents en-
droits , on ne fauroit pas le ré-
fultat des uns & des autres. Les
cinq nations font déterminées à
fuivre le confeil de Johnfon,
& d'envoyer à la fonte des glaces,
des députés au Saut » pour in-
viter leurs frères à fe rendre
chez les Onontagues ; là on fe
(a) Il vouloitdéfigner l'ancienne*
X de la nation & fa fupéxioxité [ux
les autres.
1 8 21 Mêm, fur la dern. Guerre
"(SfÊÊSSSB^^ déterminera fur ce qu'ils au-
*7ô<^' 3, ront de mieux à faire *'. On,
voit 5 par ce difcours , que Jolinfonj
ne cherchoit qu'à détourner les cinq
nations & nos alliés de fuivre Ici
fentimens d'amitié qu'ils avoieni
pour nous , & la volonté de M
de Vaudreuil.
M. Pouchot répondit en ces ter
mes: ,, Je remercie le maître dii
j, la vie de t'avoir amené ici eï
„ bonne fanté, & que je le foi
yy auilî, pour pouvoir parler tran
yy quillement avec toi des bonne i
59 affaires. Je t'invite à bien dé
55 boucher tes oreilles pour en
55 tendre ce que j'ai à te dire. J
55 fuis étonné fi tu viens de la par,
yy des chefs , qu'ils ne t'ayent paj
,5 au moins donné des branche |
55 pour me faire connoître que ti
5j venois de leur part.
55 C cil donc a toi que j'adreff,
^ la parole. J-es nations qui onl
ie t Amérique Septentr. ifî
fait palTer cette parole (a) aux^^^^SSËï
Iroquois , n'avoient nulle inten- i?^^.
tion d'avoir un confeil avec eux,
où Johnfon put être pour quel-
que chofe. Vous favez qu'il eft
l'ennemi de votre père Unon-
tio. En s'adrcHant à vous, ils
croyoient que vous voudriez
encore être au nombre des en-
fans d'Onontio. Cette parole
avertiffoit les cinq nations defe
défier de leur frère TAnglois »
qui brouilloit la terre , & qu'ils
invitoient les cinq nations de
refter tranquilles , de ne fe
pas brouiller avec leur père
Onontio , ni avec eux ; ce qui
leur arriveroit fùrement, s'ils
ne fe racommodoicnt pas avec
leur père qu'ils avoient tué eom-
(û) Ces paroles avoient été en-
voyées par nos Sauvages fuivauc rin-
:entîuu de iM. de Vaudrcuil, qui les
i^avoit détermiués*
1 8 4 ^^V/. fur h dern. Guerre
^SSSêësb^^ me des traîtres , ainfi que leu»
'7<^o. ^^ guerriers, en lui ferrant la main»
5, Cette parole vient des nations
3, du détroit , & les commandants
^ françois dans ces pays ont eu
jp bien de la peine a retenir tou-
« tes les nations , qui vouloient
,3 venir frapper fur vous : mais
, votre père a encore le cœur ten-
^ dre pour des enfans à qui la
55 peur des Anglois a fait perdre
jp Fefprit II les a empêchés de vous
^ frapper. Vous en devez juger
3» par les paroles qui étoient adret
ap fées aux Sonnontoins , qui, les
a> premiers , ont brouille la terre.
^ Si vous vous regardez encore
3^ comme enfans d'Onontio 5 vous
gj n'avez point de confeil à pren-
3j dre de votre frère Johnfon , qui
eft fon ennemi. C'eft un mau-
vais chemin à prendre pour pa-
cifier la terre,
a, Je fai& bien dans quelle fa-
»
âë lA'nicrtque Septentr. iSÇ
vane ( a ) vous ont jetés John-55^S
fon & votre cher frère rAnglois. i?^^*
Ils vous traitent vous autres na-
tions amies , plus mal que leurs
chiens & leurs nègres. Vous
n'avez pas la permiffion de cou-
cher dans leurs forts. On vous
: donne feulement un peu de mau-
j yaife boiffon, & quand vous
êtes yvres , PAnglois vous jette
dehors de fa maiion. Je fus qu'il
en a auffi fait pendre quelques-
uns & caffer la tête à d'autres.
Vous ne démentirez pas cette
vérité 5 tous les enfans d'Onon-
; tio font libres & tranquilles dans
leurs pays. Ils n'ont que faire
d'un pareil voifmage.
„ Pour moi, que vous avez nom.
mé le milieu des bonnes affai-
res , quoique je me fufle appercu
(a) Eau bourbeufe, ou prairif^
I s ^ li^em. fur la dern. Guerre
^"^""^^ que vous me trompiez , je vou
^7^^* ^ ai cependant prévenu de ce qi
vous arriveroit, fi vous me qui
tiezla main. Cet avertiflemer
& tous les colliers que vous m
donniez pour ra'aflurer de v(
tre alFeclion , ne vous ont poii
empêché de me frapper. Qiio
que vous m'ayiez tué ( a ) , voi
voyez que je fuis venu ici poi
vous faire revenir l'efprit , fi \
le puis. Avant qu'il foit deu
lunes , vous pourriez bien voi
repentir de n'avoir pas écoui
un bon ami que votre pei
Onontio a toujours mis e
avant pour parler avec vous d(
bonnes affaires. Vous dites qu
vous êtes des hommes qui n
dépendez que du maître de 1
vie. Je fuis fâché que vous pr(
niez toujours le plus mauvai
(a) Pris à Niagara.
»>
de l'Amérique Scptenfr. î87
Ij chemin, qui vous fera perdre''^^^^
, votre liberté, bi vous vouiez al- i?^*^'
, 1er voir vos frères du Saut ,
3 alkz y de votre propre niouve-
j ment, comme des gens libres,
, & votre père Onontio vous re-
, cevra bien. Si vous y allez a la
, follicitation de votre frère PAn-
, glois pour y fuggérer des mau-
, vaifes aifliires aux Sauvages chré-
, tiens 5 vous n'y gagnerez rien ,
, parce que leur réfolution eft
, prife. Vous» verrez îi Mont-Réal
, des Sauvages de toutes les na-
, tions de l'Amérique, qui font
, du même fentiment. Le François
) voit bien toutes vos menées ;
> mais il feint de les ignorer. Vous
j pourrez en être les dupes. A
, la fin les François S<: lesAnglois
|j fe raccomoderont ; mais toutes
i, les nations amies d'Onontio, qui
, fauront tout le mal dont vous
I êtes caufe , ne vous laifferont
188 Mêm. fur la dern. Guerre
,, plus en repos , & nous leu
^7^^» „ laiflerons tous les chemins li
5, bres pour vous frapper.
„ Dis aux chefs des cinq m
^5 tions que je ferai bien aife d
53 les voir ici. Je pourrai leur dor
53 ner une médecine qui, peut-être
3j pourra leur ouvrir les yeux.
Ce chef ajouta encore à iV
Pouchot, qu'ayant demandé, dar
ce même confeil, à Johnfon de h
faire part de quelque nouvelle
il leur répondit qu'il ne favo
point de nouvelles pour le pn
fent, qu'ils pouvoient tous aller
la chafle , que lorfque le bled d'Ir
de feroit grand comme la main Qx)
ils n'dvoient qu'à le venir voir
alors il auroit des nouvelles d
l'autre coté du grand lac, & qu']
leur diroit de fe préparer à mat
cher ou de relier tranquilles ; qu'i
(a) A la En de Mai
defAinêriqtie Septentr. i8f
les avertifToit qu'en attendant ils'ïSSS
euflent à lui rendre tout le fang il^o,
mglois (a) qu'ils avoient parmi
îuXj qu'autrement ils s'en répen-
:iroient. En conféquenee de ce con-
eii de Johnfon , les Goyogoins
îrent dire à leurs guerriers de ca-
:her leurs haches jufques au mi-
ieu de l'été, & envoyèrent des
3aroles aux autres villages pour
ïn faire autant.
M. de Vaudreuil ayant recom-
nandé à M. Pouchot de lui faire
pafler le plus qu'il pourroit de nou-
relies des ennemis , le premier
Avril, il engagea un chef de la
^rérentation,ouChouegatchi,noni*
mé Charles , un de ceux qui vin-
rent en France en 17^2 avec M.
l'abbé Piquet, d'aller à Chouegen
pour traiter comme venant de la
chaiTe. M. Pouchot lui remit queî-
(a) Les prifonniers.
T^o Menu fur la dern. Guerre
g". ques pelleteries. Ce Sauvage étoit
17^®. un des plus fins, & parloit aflez
bien françois. Le 19, Charles fut
de retour. 11 rapporta qu'à fon
arrivée à Chouegen on l'avoit fait
débarquer au vieux fort, où onj
lui avoit envoyé un interprète pour
lui demander d'où & pourquoi il
venoit. 11 répondit qu'il étoit de
Cliouegatchi , qu'il venoit de la»
chaffe, &vouloit traiter quelques,
pelleteries avant de s'en retourner
à fon village. Le commandant &
quelques officiers le vinrent voin
Ils lui dirent qu'ils ne le faifoient pas
paiTerau nouveau fort, parce que
leur interprète étoit malade ; mais
qu'il pouvoit , ainfi que fes cama-
rades, refter là tranquilles, & traiter
ce qu'ils voudroient. Le comman-»
dant leur dit qu'il les foupçonnoit
fort d'être venus delà part du Fran-
çois , pour reconnoitre leurs forts.
Ils répondirent qu'ils n'avoient,
de l'Amérique Septentr. 191
oint d'autre deiïein que de trai-**"*™^
;r, & que, fuivant la réception ^7^^i
u'on leur feroit , d'autres fe pré-
aroient d'y venir, au retour de
ur chaflTe ; que , s'ils fuffent venus
Dur reconnoître , ils auroient paf-
de l'autre côté de la rivière , &
iroient examiné ce qu'ils auroient
)ulu voir, & après auroient fait
)up , comme l'automne dernière.
Ils fe demandèrent réciproque-
ent des nouvelles. Les Ânglois
iroiiToient craindre d'être inquié-
s par nos deux bâtiments qui
oient au fort Lévis. Ils dirent a
barles que l'on devoit allumer un
and feu ( a) à Lhouegen , &.
le, quand toute l'armée feroit
(femblée, ils fe prépareroient à
îfcendre à Mont-Réal , qu'ils fa-
nent que les François avoient un
(«) C'eft-à-dire, tenir une gran-
I affemblée.
i$2 Mém.furladern, Guerre
S555!^petit fort dans une isle ; mais qu'
*7^o. le déferoient en paffant coran
unej cabane de caItor,t& lenit.
troient à la dérive ; qu'ils ne vo ■
loient pas ^ s'y aniufer à fe batti
Charles vit auilî à Chouegen d
chefs'.Goyogoins, qui lui dirent : ] i
blancs doivent encore fe batt:
une fois cette année ; pour nou
notre deffein eft d'être tranquille
& de refter neutres. Il ne rem; .
qua "à Chouegen aucune augme -
tation de troupes ni aucune co] •
trudion de bateaux.
Le 27 , il arriva au fort qu '
ques Miflîfakes. M. Pouchot ^1
deftina à faire un parti. Ils annc .
çoient d'autres Sauvages de lei
/ nations. Kouatageté fut bapt
ce jour là. Charles , repréfenta
M. de Vaudreuil, fut fon pc
rain. Il vint enfuite au fort, a
compagne de tous les chefs & d
mes de confeil qui avoient aifil
de V Amérique Septentr. 193
la cérémonie. M. Pouchot fit ' ^
réfent au nouveau chrétien d'une a?^^*
elle couverte. Ils tinrent un
rand confeil. Son objet étoit
l'envoyer une grande ambaiïadc
jx cinq nations pour faire déci-
er leurs oncles , favoir, s'ils veu-
int continuer de les regarder com-
ité leurs parents ou non , êc pour
ur déclarer qu'ayant allumé un
u à Chouegatchi , à la follicita*
on de toute la nation, qui eti
^oit demandé la permiflîon aux
•néraux François , afin de pou-
)ir être inftruits dans la religion
|.rétienne, & avoir un feu fur
j.ir route où ils puffent allumée
jrs pipes lorfqu'iis iroient voir
jjr père le François , ils avoieat
\é, difoient-ils , les premiers qui
Voient venus habiter cet endroit,
' que depuis qu'ils avoient pris
i naoiifance de la religion , ils ne
^uloient pas la quitter : que pour
To?ne IL I
194 Mém.fttr la dern. Guerre
^^^^marque de leur réfolution , ils a
7^Q' loient fetner leurs terres comme
l'ordinaire, & que, fi quelqu'u
venoitles troubler, ils trouveroiei
des hommes.
M. Pouchot approuva leur xéï^
lutioîi & leur fit lentir que lor
qu'on leur infinuoit de retou
ner chez les Onontagues , ilsd
voient s'appercevoir que les A
glois avoient ^wv'iQ de les enferm
dans le filet où fe trouvoient pril
les cinq nations, qui avoient bi
fujet de fe repentir par le mauv
traitement qu'elles eifuyoient
Anglois.
il réfultoit du rapport de p^ •
fleurs Sauvages & des femmes c i
avoient rodé tout le fore de Choi •
gtn, qu'il pouvoit y avoir 31
400 Anglois , & que les ouvra^ ;
n'en étoient pas augmentés. 11 ^
couroit un bruit que les Sauvan
de la Belle - Kiviere avoient détr t
c
de PAjnêrlque Septcntr, 195
le fort de Fittsbourg ; mais cette"'"""^'^
louvelle le trouva fauffe, i?^^
Le 28 , il partit deux Sauvages
Dour Chouegen , & M. Pouchot
fquipa cinq MiffiGd^es pour aller en
)arti. Kouatageté vouloit détoar-
ler M. 'Pouchot de les envoyer, à
;aure de leur ambalTade , & par la
aifon que, fon fort n'étant pas
kii, s'il provoquoit iesAnglois,
ela les engageront à venir plutôt
attaquer. M. Pouchot lui fit en-
:îndrc que ces Sauvages partant de
îur propre mouvement, cela ne
^garderoit que leur nation , &
u'il ne vouloit pas arrêter des
iens de bonne volonté.
I Le 30, Kouatageté & 3 autres
|aefs vinrent avertir M, Pouchot
iju'ilyavoit dans leurs cabanes au
;j. de la rivière trois Sauvages en-
nemis , Unontagues, depuis deux
Durs. Charles avoit averti les tra-
lailleurs dans cette partie de s'en
I z
i9<? Mém.fur la dern. Guerre
!E!5!yË!!E!aîéfier , lefquds n'en avoient rien
17^0. (jjt/ Ces Sauvages les avoient trou-
vés fi bien fur leurs gardes, qu'ils
ii'avoient pas eu occafion de frap-
per. Kouatageté demanda la per-
miffionde leur aller parler, il les dé-
termina à venir paffer quelques
jours auprès d'une tante qu'ils
- avoient dans cette miffion. L'un
^ d'eux , fils de Sononguires , eftitiié
des Anglois, étoit venu^prendre
l'automne précédente trois travail
leurs du fort.Il rapporta que les Che
rakis avoient fait beaucoup de ma
aux Anglois du côté du grand Sa
bre ( n; ) , & plufieurs autres détail
que nous ne rapportons pas.
(fz) Les Sauvages defignent par 1
la Virginie & la Caroline , où les Che
rakis avoient commencé, dès Ta
I7r9» à faire des incuduins. M. Litte'
ton, gouvenieurde cette dernière prc
vince, n'avoit pu réuiîir à les arrête
Le coloiieL Montgommery marcha e
I
de VAmémque Septcntr, 197
Le 4, vinrent deux iVliffifake&S
|iTi annoncèrent que les chefs de 17^0.
eur nation avoient envie de venir
'établir en deçà du lac. Ils rap-
)orterent que les Arglois avoient
ait un grand bâtiment à. Niagara,
automne dernière , de 18 pièces
e canon , & que ce printems ils
evoient en conftruire un plus
rand.
Le 7 Mai, arrivèrent 2 Sauva-
es de St. Régis , venant de Choue-
en où ils avoient rerté 7 jours. Le
Dniniandant leur avoit ordonné
2 tenir tous leurs bateaux prêts.
rdo contr'eiix. Après deux expédi-
ons infrudueiifes & une perte de 7
i 8co hommes , il fut obligé de s'en
tourner. Les Chcrakis profitèrent
î fa retraite pour prendre le fort
audon & quelques autres poftes, &
)ur commettre de nouveaux rava-
îs. Ce ne fut qu'au mois de Juillet
'5i , que le colonel Grant les forqa
demander la paix.
1 3
198 Mém, fur la dern. Guerre
'^^'^^Onoroagon , Onontague ami des
.ï7<^o. ^nglois^leur dit que Charles l'ayant
chargé de lui envoyer les nouvel-
les, ils lui annonçaffent de fa part
que l'armée des iinglois commen-
çoit à s'affembler au fort btenix,
que letâtiment de i§ pièces de
canon étoit arrivé de Niagara, que
l'autre devoit venir inceffamment,
qu'alors Johnfon tiendroit un grand
confeil pour affembler les Sauva-
ges; mais qu'ils étoient réfolus
peur cette fois de laiffer battre PAiv
glois tout feul.
Le 9 , tous les chefs de la Pré-
fentation vinrent trouver au fort'-
M. Fouchot. ilyavoit parmi eux
un nommé 'Saoten , très - partifaii p^
des Anglois, dont il fe déiioit. Il les H
reçut chez l'interprète, & leur dit
qu'il ne les recevoit pas chez lui , î'i
parce qu'il y en avoit parmi eux.,
qu'ils ne connoiffoient pas , parce
qu'ils s'étoient barbouillé le vif^-Ma
. de l'Amérique Septentr. 199
e de deux couleurs , qu'il ne pou-""""™^
oit lavoir s'ils étoient amis ou en- ^7^^'
émis, il ajouta qu'un d'eux avoit
té rendre compte aux Anglois de
e qui fe pafibit dans fon fort, &
voit mal parlé du François, ils de-
land^rent qui ce pouvoit être. 11
?ur répondit : Saoten. Celui - ci
?pliqua auîli - tôt qu'il avoit déjà
Titendu dire que l'on ie défioit de
li, mais qu'il n'avoit pas voulu
artir pour Chouegen fans fe jufti-
sr. Il vouloit qu'on lui nommât
ilui qui l'accuibit. M. Poucliot
li dît que c'étoit des petits oi-
aux (a). Alors ce Sauvage tâ-
la de le jufiifier & demanda per-
liffion de retourner a Chouegen.
craignoit d'être arrêté.
Oratori , autre chef dont on fe
léfioit , arriva dans ce tems - là de
(a) Terme qui exprime les bruits
ui courent.
I 4
200 JUém.ftir la dern. Guerre
''^"""'C hou egen. 11 affura qu'Onoroa.
i76o. gçy^ ^|-QJt venu le trouver pour lu
dire que Jobnfon étoit prêt à par
tir pour convoquer les cinq na
tions , qu'elles craignoient que le:
Outaouais du détroit ne vinffen
frapper fur elles du côté de JNia
gara , ce qui les engageroit à re(
ter fur leurs nattes. Le i o, M. Pou
chot affilia pour M. de Vaudreui
au mariage de Kouacageté , & lu
fit des préfents de la part de ce gé
îiéral.
le 14, un Miffifake venan
de Chouegen dit qu'on y atten
doit l'armée angloife qui- devoi
être plus forte qu'elle n'avoit ja
mais été. Onoroagon l'avoit char
gé de dire à fes frères de la Préfen
tation de ne point femer , parci
que les A nglois dévoient tout dé
truire , Se que ceux qui ne vou-
droient pas mourir dévoient fe ran-
ger à Toniata , isle au deffus di
de l'Amérique Septentr. 201
fort Lévis. L'intention des An--
glois félon lui , n'étoit pas de s'ar-*^?*^^'
rêter long - tems au fort Eévis. Ils
faiibient des radeaux qui porte-
roient de l'artillerie & s'approche-
roient des deux côtés pour battre
L;e fort, tandis qu'avec leurs ber-
ges ils aborderoient de toute part
pour Penlever. Le i6', qH arrivé
le parti de 5 Miilîiakes avec 3
:bldats de Hoyal- Américain, qu'ils
ijvoient pris auprès du petit rapide
i3e Chouegen à la pêche , fans que
'.'on s'en fût apperçu du fort. M.
;Pouchot envoya la dépolition des
lorifonniers à M. le Général. Ils
rapportoient qu'il y avait 500.0
uiommesà Chouegen.
Le 18, M. Vouchot tint im
grand confeil avec les chefs & da-
Qies de Chouegatchi , pour y faire
revenir les familles qui s'étoient
établies à Toniata. Il leur dit :
,5 Votre père Onontio m'a en-
^oz Mém. fur la dern. Guerre
^^^^53 voyé ici pour vous garder l
^7^^' 55 travailler aux bonnes affaire
33 avec vous ; mais j'ai de la pein
„ à diiiinguer les enfants d'Onoi
55 tio de ceux qui ne l'aiment pa
35 J'ai détaché quelques-uns c
55 vos gens choilîs à Chouegen
55 pour avoir des nouvelles. Voi
55 avez député auprès des cinq n;
35 tions , pour favoir fi elles voi
35 rejetoient : cependant je vo
5, avec peine que l'on ne foiK
35 qu'à aller à Chouegen pour che
55 cher de l'eau - de - vie ; ce q;
„ vous occupe fi fort que vous i
35 penfez pas feulement que voi
^5 êtes en guerre avec l'Angloi
35 J'en fais cinq qui font à T(
33 niata avec pavillon angloi;
35 planté , fans doute , pour y êti
53 plus en fureté. Ils y font cont
33 nuelîement yvres , Se lorfqi
55 mon parti de Miffifakes y a paff
5^ ils ont voulu ks engager à r;
- de l'Amérique Sepfentr. 203
mener leurs prifonniers a Choue-^===^^
gen , en leur difant que l'on leur ^ 7^o-
y donneroit de l'eau- de- vie
autant qu'ils voudroient ".
ils délibérèrent d'envoyer éltm-
Ire tous ces feux & même ceux de
a Préfentation , & de les faire tous
entrer après les femaillesdans l'is-
(3 Piquet où cette miffion s'étoit
tablie. Ils arrêtèrent que ceux
ui ne voudroient pas venir, on
:3ur laifferoit faire leur volonté ,
hais qu'ils ne feroient plus regar-
és comme étant de leur village.
Un nommé Sans -Souci, iro-
■ uois de cette miffion , qui venoit
j e Chouegen , ne voulut point pa-
oître à ce confeil. Il vint fur le
Dir trt)uver M. Pouchot qui s'a-
iîufoit à vifiter le fort. La garde le
ji amena. M. Pouchot lui repro-
ha d'avoir été à Chouegen fans
avertir, d'y avoir mal parlé des
i^rançois5& d'avoir voulu détour»
1 6
ao4 Mmufitr la dern. Guerre
ï?^5~?ner leurs partis. Il nia tout, &
î7^o. ajouta qu'on pouvoit feulement lu
reprocher ce qu'on l'accufoit d'à
voir dit , qu'il étoit fon maître
qu'il n'y avoit que fon cœur qu
favoit feul pour qui il tenoit , qu'ei
parlant familièrement avec le com
mandant de chouegen, celui-
lui avoit dit: " tft-il vrai que
55 commandant de Niagara foit
^ Urakointon ? Il veut donc moi
35 rir comme l'année dernière ,
33 pour cette fois il mourra av(
3, tous les Sauvages qui fe troi
33 vent avec lui. Dans fix joun
^3 l'autre bâtiment qui eft à Niag
35 ra doit arriver, & nouspartiroi
^3 tout de fuite. Notre armée fe
^ d'une douzaine de mille lion
^ mes , & nous irons d'abord noi
3p établir à la Préfentation. Apr
3P ravoir entourée de nos bâtimei
33, & de nos berges , nous battroj
, fon forts en tournant toutes
de l Amérique Scptentr, 20 f
,5 terres Se les isles qui font au-^^^^^^'^^
,5 tour, & nous tiendrons fer- i?^<^'
^ me. Enfuite nous defcendrons à
„ Mont- Real ". Sans-Souci rap-
porta auflî qu'il y avoit plus de
200 bateaux arrivés autour du
^rand bâtiment, il demanda à M,
Pouchot pourquoi il n'avpit pas
encore mis fes canons fur les rem-
parts. 11 lui répondit qu'il n'en
nanquoit pas, comme il pouvoit le
i^oir, mais qu'il ne les mettroit en
place que loïfquMl fe battroit avec
lesAnglois, parce qu'il né vouloit
pas qu'il fut leur dire combien il
en avoit & où ils étoient placés.
Le 19, M. Fouchot forma un
parti de 14 Sauvages. Les émîf-
iaires des Sauvages annoncèrent à
l'isle de Toniata le retour de leurs
gens qui s'y étoient établis , &
qu'ils avoient rendu le drapeau an-
glois. Un d'eux, venant de Choue-
gen, dit que c'étoit le gouverneur
20^ .Mêm.furla dern. Guerre I
"^^^^du grand Sabre (rx) qui devoU
i 7^0. commander l'armée. ,
Le 2j 5 la Broquerie, qui devoit
commander la barque VOutaouaif$
arriva. Le 30, Oratori venant d^
Toniata, dit à M. Pouchot que
, Sans-houci étoit retourné à Choue»
gen 5 qu'il étoit payé par les An*
gloi? pour venir au fort, favoir ce
qui s'y paffbit. 11 annonça auffi
qu'un parti iroquois devoit venir
dans huit jours par la rivière du
lud , ne voulant pas joindre leuri
canots , parce que Sans - Souci deî-
voit avertir les ilnglois qu'iU*
étoient dehors. Ils comptoient frapii
per au lac des Onoyotes. Le mê-
me jour un bauvage venant dt
Chou egen , dit que le comman-
dant vouloit engager les Ononta-
gues à faire un parti en repréfait-
(«) Le général Amherftj gouver^
meur de la Virginie»
de P Amérique Sept eut F, 207
[es; mais qu'ils l'avoient refufé,
5ue fi ceux de Chouegatchi frap- i7<^^'
poient, ils enleveroieiic un delà
bande de l'Ours pour frapper à St.
Kégis. Sans-Souci avoit averti les
fenglois du parti de nos Sauvage»
qui étoit dehors.
Le 1 3 , Kouatagcté arriva de la
Préfentation , amenant à la remor-
que deux canots d'écoice , qu'il
îvoit pris à un parti de huit Sau-
vages , •& un Anglois qui venoit
pour frapper autour du fort, il fe
:rouvoit feul avec des femmes dans
(on canot, ayant mis à terre au
deiTus du rapide de la rivière de
Chouegatchi. Il rencontra ce parti
& entra en converfition avec eux
en leur difant: " le maître de la
„ vie m'a envoyé un bon rêve
„ pour vous & pour moi; puif-
35 que je vous ai rencontrés , je fuis
53 bien ai fe de vous dire que voug
,3 êtes tous morts, fi vous ne yom
20 8 MênLpiir la dern. Guerre
ï'^^^^^j, retirez au pius vite. Vous croyez
^7^^- „ d'être bien loin ; vous êtes dans
55 les poites des François , Se vous
j3 êtes découverts ; ainfi je vous
53 confeilie de vous retirer au plus
^ vite".
Les Sauvages lui répondirent:
53 nous voyons bien que nous
55 avions fait un mauvais rêve ;
55 piiiique nous fommes décou-
53 verts , nous profiterons de ton
55 avis : mais auparavant dis - nous
55 qui tu es , donne nous des nou-
55 velles , Se nous te conterons ce
3.5 que nous favons ". Celui-ci ré-
pondît : je fuis Kouatageté. Ils
lui demandèrent s'il y avoit beau-
coup d'Outaouais. Il répondit
qu'il y en avoit quelques-uns;
mais qu'il en étoit beaucoup def-
cendu à Mont- Réai parla gran-
de rivicre; que le fort étoit fini,
. & que le commandant n'atten-
dait plus que les Anglais pour
de t Amérique Septentr, 209
b battre avec eux. Ils lui de-^^'^^
nanderent s'il étoit vrai que les ^7^^'
i-rançois n'avoient pas pu repreii-
jre Qiiébec. il répondit que oui.
Ils lui dirent à leur tour que
'Anglois qui étoit avec eux avoit
ait trois ans la guerre fur le grand
ac contre Onontio ( a ) , qu'il
eur avoit pris 2 > vaiiTeaux , qu'O-
lontio n'en avoit plus , que dès
[U'il en fortoit un, ils le repre-
loient ; que les François avoient
té dans le pays où étoit le roi d'An-
;leterre , qu'ils avoient marché de-
ians une fois (/?) , mais qu'ils
'en étoient retournés , & qu'ils
liibient toujours au roi d'Angle-
erre de prendre garde à lui , qu'ils
.lloient le tuer ; mais qu'ils n'a-
(a) Le roi de France.
(b) La defcente en Irlande par le
îapitaine Thurot,
210 Mêm, fur la dem. Guerre
^""""""^voicht pas encore marché ( a )
1760. que pour eux ils attendoient qm
leurs vaiiïeaux montaffencde Que
bec , & qu'après ccia l'armée qu
s'affembloit à St. Frédéric , &cell(
de Chouegen marcheroient fam
s'arrêter au fort Orakointon. Il
ajoutèrent que les Anglois n'at
tendoient que leur retour pour fai
re venir leur armée au fort Stenix
que Bradftréet étoit chargé de fain
venir les canons d'Orange. Ils lui di
rent auffi qu'un de leur parti étoi
allé du côté de St. Régis , qu'ils er
avoient un autre d'Onontagues de
hors 3 quiavoit rencontré les fem
d'un de nos partis ( i ). M. Pou-
chot jugea que ce pouvoit êtr(
Thibaut, capitaine de Rengers et
coureurs de bois , ou un ofBciei
{a) C'ctoit le projet de defcente
tn Angleterre.
{h) L'étoit treize Abenakis.
\
de l'Amérique Septenfr, air
!e marine qui vouloit reconnoitre^^^^^ -
î rivière par luûméaie. lis avoient ^7^'^»
^illé pour garder leur chaudière
lU dépôt, deux Sauvages & un
inglois. Le ciief du parti appelle
\ Ecifreinl lioKge ^ étoit fils du Cpl-
ier-Pendu, les autres etoieiit Son-
ontoins, Agniers , Onontagues, &
rois MiOiiakes que les Aiiglois
voient arrêtés & envoyés à jolia-
Le 4, quatre chefs Miffifakes
inrent au fort ; ils denianderene
e tenir conieii devant l'orateur
e la i'réfentaMon. lis préfenterent
uatre branches de porcelaine. Far
i première, ils dirent a M. Pouchot:
. depuis que nous avons perdu
notre père à Niagara, nous foni-
, mes devenus tous comme hébc-
, tés. Nous ne lavons où donner
, delà tète , & nous n'avons plus
, d'eiprit. i^'ous entendons toute
) forte de raifonnemsns , fans ia-^
2J2 Mêm, fur la dern. Guerre
voir à quoi nous fixer. Enfin
nous qui te parlons , nous noi
fommes fouvenus de notre par
qui avoit pitié de nous ; noi
n'avons plus rien écouté, & noi
ne nous fommes point emba
railés qu'il y eût des arbres rei
verfés fur la route ( a ) qui mi
noit chez notre Père, & noi
fommes venus voir ce qu'
penfe ".
Far la i«. " Mon pere^nous foit
mes dignes de pitié. Mous n'î
vons plus de munitions ni d
quoi nous couvrir, depuis qu
nous t'avons perdu. Nous efpe^
rons que tu auras pitié de nouî
Nos gens font tous morts C€
hyver. La faim nous en a fai
53 manger une dixaine cet hyver
33
( du côté du lac Huron ). Nou
(a) Les difficulté^ & lesembarrai
de cette route^
de r Amérique Sepfenfr. 213
; con:ptons que tu auras pitié de""""^
jnous". ^7^0,
I Paria 3^ " Mon père, nous te
.| prions de nous exaucer. Nous
,' fonimes dignes de pitié. Nous
demandons de pouvoir nous rap-
proclier de toi, afin que nous
I puifTions entendre tes volontés ,
& que tu nous difes ce qu'il fau-
dra faire , & ce que nous de-
vons devenir. Nous avons en-
vie d'allumer notre feu de ce
côté ".
Parla 4«. " Mon père, nous avons
à parler aux Iroquois de Choue-
gatchi. Nous fommes bien aifes
que tu entendes ce que nous
avons à leur dire , pour que nous
puiffions nous unir de feati-
ment ".
Par un collier à l'orateur de la
réfentation, ils dirent : " Mon
i frère, nous fommes dignes de pi-
! tié. Tu nous vois ici bien ré-
#:
214 Mém, fur la dern. Guerre
55H!Jlii,, doits à peu de monde ponrfi
^7^^' 35 re un village; mais il tu no;
„ écoute , il pourra devenir bi<
„ grand. Notre fort eft malhe
55 reux depuis^que nous avons pç
55 du notre père. Nous lomm
55 comme fous, nous ne favo
55 qui croire. Nous entendons to
55 tes fortes de mauvais oifeai
55 (a) qui nous parlent de choï
55 & d'autres. Nous ne favons
35 qui ajouter foi & à quoi no
55 réfoudre. Quand nous fero
'3, avec vous, nous écouterons e
5j femble notre père , & nous no
35 tiendrons par la main. Nous fa^
33 rons ce qu'il faudra faire,& noi
35 prendrons de bons confcils ".
Far plufieurs branches , ils coi
tinuerent : " Nous te demandoi
55 que tu nous accordes un ei
«5 droit où nous puiffions allum(
(a) Bruits publics.
de V Amérique Septcntr. 2 ï Ç
notre feu, où nous piiiffions*^^'^^
chaiTer & pêcher pour nourrir i?^^-
nos familles , & entendre enfem-
ble notre père.
L'orateur fe chargea de faire
urs demandes en plein confeii,
: de leur rendre réponie le len-
2main.
Ils dirent à M. Pouchot qu'ils
oient venus de la part du petit
lef du fond du lac ( a ) , qui les
roit envoyés pour favoir fa façon
i penfer fur leur compte , & que
.r ce qu'il leur répondroit , il fe
îtermineroit à le venir voir. 11
li dit que, l'automne dernière, il
^oit été chargé par Peminol C /? )
i porter dans les nations à'^n haut
s colliers qui lui avoient été re-
lis par M. de Vaudreuil ; mais
(a) Les Anglois le nommeroieut
roi.
(è) Un chef très-affidé.
Zi6 Mêm, fur h dern. Guerre
" "'qu'ils n'avoient point fait de r^
17 6Q. ponie, parce qu'ils étoieiit corn
me fous & tous difperfés , qu'il
niouroient tous par la grande quar
tité d'eau - de - vie que leur avoiec
envoyée les Anglois. 11 ajouta qu
lui - même les avoit attendus pli
d'un mois dans le haut de la riviei
de Machidache ( a ) fans en vo
paroître aucun , qu'il les croyo
tous morts. Au relie , il ne \\
cachoit pas qu'il y en avoit pli
fieurs à qui les Anglois avoient gi
té l'efpritj & qui travailloient au
mauvaifes affaires. 11 lui avov
qu'il avoit été l'automne dernier
à Niagara, & qu'ils dirent au coiï
mandant : " mon frère , car j'ai él
j, obligé de Tappeller comme c(
j, la , nous venons ici fa voir c
j3 que tu penfes fur notre comJPtt
(a) Endroit des plus habités d
cette natioa.
de r Amérique Septentr. 217
Tu as pris la terre de notre pere,"""""^
où nous trouvions tous nos be- 17^^'
foins. Nous voulons favoir com-
ment tu nous traiteras. Nous
n'avons plus de munitions , ni
de quoi nous couvrir ".
Le commandant anglois leur
épondit en leur jetant une bran-
iae de porcelaine qu'ils e'toient
ïctés à^nz point ramaiTer : '* vous
ne devez plus regarder d'un au-
tre côté. Vous trouverez ici
tous vos befoins ; mais pour le
préfent, nous n'avons rien. Au
printems nous ferons fournis de
tout" ; & il les renvoya en leur
oniiant une livre de poudre &
uelques balles. Ils retournèrent
i printems à Niagara, pour favoir
sffet de fes promelTes. Le com-
landaot leur répondit qu'il n'a-
oit point encore reçu des niar-
iiandifes ; mais que s'ils vouloient
e Teau - de - vie , il en avoit beau-
Toim IL K
s 1 8 Mem. fur la dern. Guerre
""'""""'coup. 11 finit par leur en donner 1
J76C. valeur d'une petite chaudière qu'il
avalèrent fur les lieux, n'y enayar
pas affez pour l'emporter.
Ils nous apprirent que le bât
ment que l'on conftruifoit à Ni;
gara avoit i 3 braffes de longueui
& que les Sauteurs de Michil
makinac avoient été à Niagara po
voir comment on ks traiteroi
mais qu'ils s'en étoient retourn
fort mécontents , le commanda
leur ayant feulement permis
traiter leurs marchandifes. Ils i
rent auffi que toutes les natio
autour des lacs avoient fait une •
liance enfemble ( a ) , qu'il r
avoit que les MiŒfakes qui i'
étoient pas encore entrés, & qu' l
grand chef Iroquois étoit ve 1
porter des paroles au petit chef, :
l'engager à venir en confeil ch:
» — ' ' •
( a ) Sous le chef Pondiac.
de l'Amérique Sepfentr, 2T9
les cinq nations , pour trouver—
moyen de rendre la terre tranquil- i/^o.
le. Ce chef i'avoit refufé , lui di'»
fant que s'ils avoient quelque con-
feil à tenir , ils vinGTent eux-mêmes
le trouver, & qu'il les écouteroit.
Après que cela a voit été fort débat-
tu , riroquois s'étoit déterminé à
venir le trouver, ils fe réfervoient
d'inftruire fur i'objet & le résultat
de cette aiTemblée, le petit chef.
Le parti d'iroquois parti pour le
ac des Onoyotes fut rencontré
oar un autre d'Onontagues. ils
:onviarent de s'en retourner.
Le 6", Torateur vint accompa-
gné des chefs & dames du confeil.
Is dirQnt à M. Pouchot qu'ils ve-
icient rendre réponfe aux Miflî-
akes devant lui. Il portoit des
)ranches (a) 8c un beau collier
(a) Les branches font toujours les
iréambules des confeil s.
K %
220 3Iem,SurIa de m. Guerre
- "^de cinq niiiliers de porcelaine.
1750. Par la première branche il dit:
53 mes frères , je remercie le maître
55 de la vie qui nous donne un
33 beau jour pour vous voir er
33 bonne fan té & que vous m')
33 trouviez au ffi".
Par la 2/. branche : " je vous dé
„ bouche les oreilles , pour qu
- 33 vous entendiez bien ce que nou
3, avons à dire ".
Parla 3^ branche:" celle -(
33 eft pour vous vuider l'ePcoma
33 de cette mauvaife bile qui dor
33 ne l'humeur noire, afin que voi
35 m'écoutiez tranquillement
33 avec plaifir ".
Par cette 4^. " je couvre la mo
53 de tous vos guerriers , puifqi
53 nous fommcs dans un tems c
jj toutes nos nattes fontenfemble
& pour que vous nous puiilîcî
après avoir quitté votre deui
écouter avec gayeté <& conte
tement ".
de l'Amérique Septentr» 221
Par le collier: " mes frères, nous"
avons bien écouté votre parole, 17^^*
nous fommes bien charmés que
vous n'ayiez point prêté l'oreille
aux mauvais oifeaux. Se que
vous ayiez écouté la vieille qui
vous rappelloit d'avoir recours
„ à votre père. C'eft avoir de l'et
„ prit comme nos anciens qui ne
„ font plus fur la terre , & qui ne
,3 fongeoient qu'à travailler aux
,3 bonnes affaires. Kous avons
,3 grand pîaifir de vous voir dans
53 ces fentimens ; mais nous vous
,3 prions de nous parler du cœur,
,3 non pas des lèvres. Dans ce cas
,3 vous pouvez venir, & promp-
tement. Nous vous invitons de
venir bien vite , pour ne faire
qu'un même feu avec nous, &
ici vous écouterez la parole de
,3 notre père , comme nous qui
„ voulons mourir avec lui. Nous
„ habitons des isles où vous trou-
K â
22 2 31êm. fu) ' la dent. Guerre
—^ 53 verez de quoi manger dans l'eau
^7^0. ^^ ^ daj-is les bois. Au furplus, no-
55 tre père vous fournira les moyens
35 de iatisfaire à tous vos beibins. "
C'eft la fubftance du difcours de
l'orateur, qui fut long. 11 étoit fa^
meux parmi eux. 11 remit auffi des
branches de la part du miffionnaire,
pour les engager à venir écouter
les paroles du maître de la vie.
Les Miffifakes répondirent :
** nous vous remercions , mes fre-
^ res. Nous ne vous avions en-
^5 core jamais entendu parler corn*
^ me cela. Nous ne vous con-
^y noiffions pas. Nous vous renier-
^ cions bien d'avoir eu pitié dei*
35 nous, & de ce que vous ne vou-'
55 lez avoir qu'un même plat &i
,3 une même mikoine (a) avec
3, nous. Je pars tout joyeux de CQt
3, que vous nous avez écouté, &î
(a) Une cuiliier.
de l'Amérique Septentr, 225
je vais porter vos paroles à notre*^^^
chef, & fi le maître de la vie ^1^^'
l'aconfervé, dans peu vous le
verrez ici ".
L'orateur le remercia & lui dit :
je fuis enchanté que vous vous
foyez fervi de Texpreffion de
n'avoir qu'un même plat & une
même mikoine. Cela me rap-
pelle les propres paroles de nos
anciens. Unontio avoit engagé,
par cette expreffion , les mem-
bres de toutes les nations à fe
regarder comme frères & com-
me fes enfans ".
M. Pouchot remit aufîî un col-
?r pour le petit chef, l'aflurant de
s bonnes intentions pour lui , &
li fit aiTurer qu'il le reverroit avec
laifir , un père étant toujours flat-
de voir raffembler fa famille, &
Lie, pourvu qu'il parlât de cœur ,
le traiteroit bien.
Le 9 5 bonnonguires arriva de
K4
224 Mém. fur la dern. Guerre
^^=S^ Chouegen. Il annonça qu'il y ét^il
17^0. arrivé deux régimens. Un Uno
te rapporta que les cinq nations de
voient venir i n ce lia mm en t à Choue
gen , & que de là elles fe répan
droient tout le long de la rivier
de la Préientation , pour couper 1
communication avec Mont- Réa
11 prétendit que les François avoiei:
aiïiiré qu'ils marclieroient dan
deux mois pour ravager le pay
des cinq nations ; que puifque nou
n'y étions pas allés , elles voi
loient venir elles - mêmes ; que c
ii'ctoit plus Onontio; qu'autrt
fois quand on parloit de lui, toi
tes les nations en avoient peur
mais qu'à préient il n'y avoit plu
"de valeur de le frapper ; qu'autre
fois on faiibit coup chez elles
tandis qu'il ne fe levoit qu'une foi
pour frapper; mais qu'à préfeii
c'étoit à leur tour. 11 dit enfuit
que les Anglois avoient plus d
de l'Amérique Septentr. 22 f
ois mille bateaux à Korlac, qu'ils-
ifoient aduellement le portage du i T'^^^*
c des Onoyotes avec de grands
iteacx.
Le 1 2 , M. Pouchot tint con-
il avec les .Sauvages de laPréfen-
jtion. il leur reprocha qu'il voyoit
l^ec peine que la plupart d'eux
ptoient laiiré gâter le cœur avec
! mauvais rum des Anglois ; que
iUrs jambes étoient engourdies ,
îifqu'ils ne s'amufoient à Choue-
în qu'à parler de mauvaifes nou-
';lies , comme des vieilles , au lieu
amener quelques lettres vivantes
r lefquelles il put compter.
Les Sauvages réfolurententr'eux
'envoyer Kouatageté, Oiatori &
iautres,enambaiïade à Chouegen^
us le prétexte de s'informer des
inq nations fi. elles les rejetoient»
'i fi elles fe méleroient d'accom-
oder l'Anglais avec le François*
]^ur véritable deiTein étoit de lâ«
Z2i Mm. fur la dern. Guerre
"^^ '-'voir le parti qu'ils pourroient pren-
176O. di-e. QjLioJqu'ils tuffent attaché
aux François , ils vouîoient néan
moins éclaircir leur propre fort
au cas que TAnglois pénétrât dan
ces parties. Kouatageté , .ce ^au
yage fi brave , depuis qu'il s'étoi
fait chrétien , ne ib ngeoit plu
qu'aux bonnes affaires , prêter
dant que fa religion répugne
avec le métier de guerrier.
iVl. Pouchot, qui fentoit que 11
Anglois ou pervertiroient , ou a
rêteroient ces Sauvages, fitcequ
put pour tes diffuader d'aller
Chouegen. 11 les prévint qu'ils 1
connoiiToient pas les blancs , q,
les prendroient pour des efpior
Ils ne pou voient pas imagii
qu'on leur manquât jufqu'à
point. M. Fouchot auroic vou
plutôc les engager à quelque pa
de guerre, pour avoir des prifo
jiiers. JNous obierverons qu'ava
de t Amérique Septentr. 227
laprifede Chouegen, Kouatageté^^^Ëîïii!
étoitchef à médaille, très -attaché ^l<^^o.
aux Angloisjà qui il fervoit d'efpion.
Lorfque nous étions à Frontenac,
les commandants de ce fort s'en
fervoient loriqu'ils vouloient ache-
ter ou troquer quelque chofe avec
[es Anglois , comme indiennes,
&c. Ce Sauvage fut fi piqué de ce
qu'ils s'étoient laiifé prendre cette
place , qu'il les abandonna & fe
livra entièrement aux François.
Le 17, Peminot , chefaffidé,
Miflîfdke, arriva avec beaucoup
i'iroquois & de Népicings. il étoit
;:hargé d'un collier de la part de
M. de Vaudreuil , pour inviter les
nations à delcendre à [Vlont- Réal
pour s'oppoier aux Anglois. Tous
jles v^auvages étoient indéterminés,
lis difoient qu'eux & nous étions^
enfermés par les Anglois comme
dans une isle , qu'ils ne favoient
de quel côté frapper pour en for«
K 6
i
228 Mem.ftir la dern. Gi terre
^'^'^'^-"tir. Cela exprimoit aflcz bien no-
1750. iiQ pofitiori. 11 promit departirin-
ceffamnient pour les avertir ; mais
il dit qu'il craignoit de ne pas réuf-
fir, parce que les Sauvages s'é-
toient tous difperrés pour ne pas
s'enfermer. 11 ajouta que des Pou-
teotaniis étoient venus en traite à
îs^agara , qu'ils avoient dit aux An-
glois : '' nous venons voir com-
53 nient vous nous traiterez , puil^
3, que vous avez mis hors d'ici
3, notre père ; nous vous deman-
„ dons de la poudre & des balles
33 pour chaffer & avoir de que:
33 nous vêtir : mais nous ne ve-
33 nons pas pour faire alliance avec
33 vous , nous fommes toujoun
33 fous les aîles de notre père,
33 Nous fommes en guerre avec
3j vous; mais la néceflîté nouî
3P oblige à vous demander nos be-
33 foins ^'.
Le 1S3. M. Pouchot fit em
de f Amérique Scptentr. 229
•arquer roo hommes fur les bâ-"'^'**'^
imens avec un mois de vivres, i7<^^-
lour aller croifer fur Chouegen,
/ers ce tems il parut une quantité
•rodigieufe de cette efpece de pe-
its papillons qui viennent roder
1 nuit & fe brûler à la chandelle.
)n les appelle Manne, ils toni-
|ioient comme de la neige. Ils
itoient très -incommodes , tom-
i>ant dans le manger. La nuit, que
.1 lumière les attiroit , on avoit
ar-tout de la peine à écrire , par
: 'incommodité que ces infedes cau-
! oient. 11 en paroi iToit tous les
ijuinze jours d'efpeces différentes ,
:;oriîme grifes , marquetées, jau-
jies& blanches. A ceiafuccéderent
Iles efpeces de confins blancs très-
|.ncommodes par leur quantité ,
'aiais qui ne piquoient pas. Les
pluyes les tuoicnt & la terre en
étoit couverte , de façon qu'il y
m avoit jufqu'à deux travers de
2^0 31 ém. fîirladern. Guerre
g— —doigt fur tous les remparts , & jut
1760. qu'à 3 & 4 pouces dans les ba-
teaux, où leur pourriture laiflbit
une grande infedion. On étoit
obligé dans le tort à les taire ba-
layer comme quand on déblaye la
neige. Ces coulîns ont cependant
une utilité : c'eft que tous ceux
qui tembent dans la rivière don-
nent une nourriture ou manne
aux poiflTons du fleuve , ce qui les
engraiffe confidérablement dans
cette raiipn , où les Sauvages font
des pèches très - abondantes , par-
ticulièrement d'anguilles ^ du côté
de Toniata.
Toute la terre de cette isle , qui
cft très-peu profonde, étoit couver-
te dans cette faifon par des milliers
de petits crapauds. Dans les envi-
rons,on trouvoit abondamment des
morilles de ^ à ^ pouces d'épaif-
feur , & de deux & près de 3 pou-
ces de diamètre au bas , d'un goût
de f /Amérique Septentr. 231
exquis. M. de Vaudreuil envoya"^^^^^
dans ce tenis une quarantaine d'A- i/^^«
benakis du bas du fleuve, à qui M.
Pouchot donna l'isle des balots à
femer.
le 27 , un Sauvage de Choue-
gatchi amena un Onontague de la
rivière de Kenchiagé. il éroit d'un
parti contre nous , compofé de 3
bonnontoins , 2 Cjoyogoins , 4
JMoraigans & 2 Nègres, d'un An-
glois & du fils de bonnonguires.
Jl annonça ce dernier pour le len-
demain. Notre Sau3^ge rapportoit
que les Moraigans avoient fait ce
qu'ils avoienc pu pour engager les
autres à lui lever la chevelure ;
mais que les Onontagues n'avoieiit
pas voulu , en leur repréfentant
que cela n'étoit pas néceUaire
comme dans les guer res entre Sau-
vage^ , que les blancs fe conten-
toient de prilonniers pour avoir
des nouvelles , qu'ils pouvoienÊ
2 3^ Mêm.furladern. Guerre
^^lEll-s'en faiî;e donner , & qu'en confé-
1760. quence ils l'avoient relâché. Les
deux Onontagaes arriverent,ayant
leurs parents à la i^réfentation, &
le relie du parti fut relâché. On
peut juger de leur fimpiicité. Ils
s'imaginoient qu'on leur diroit des
chofes relatives à leur miffion. \
Nos Loups qui arrivoient dç
leur parti de guerre , amenèrent
deux priibnniers anglois & une
chevelure. C'etoit un capitaine de
milice &; fon frère habitant fur
la rivière de Alchack. M. Pouchot
avoit logé chez eux , lorfqu'il def-
cendoit à la Nouvelle - York , ils
ne l'avoient pas trop bien reçu ; à
peine put - il les reconnoître. Les
Sauvages les avoient habillés &
barbouillés à leur manière. Ils
avoient près de fix pieds de haut.
Ils leur firent danfer la danfe ac-
coutumée des cfclavcs , le chicht-
coy. C'efl; une cérémonie indif-
' il
^ de tAim.-iqus Septentr. 233
Denfable. Ils fuient encore heureux^^»?^
réchapper à la baftonnade ordinal- 17^^^
•e, depuis leur entrée dans Pisle juf-
]u'au logement de M. Pouchot ,
]ui les reconnut dans la danfe.
..ette mortification ne lai déplut
)as abrolument; cependant il les
lOgea chez le chirurgien du fort &
leur envoya à manger de chez
ui.
ils dépoferent que c'étoit îe gé-
léraJ Amheril qui commanderoit
'armée, qui devoit élre coiupofée
l'onze mille hommes, qu'il avoit
)eaacoup d'artillerie , & qu'elle
léfiloit journellement vers Choue-
M. Pouchot écouta auffi le fils
de Sonnonguires , qui lui dit que
tous les Sauvages avoient chanté la
guerre contre le François , & que
nous devions nous défier d'eux ,
que les cinq nations avoient été
porter des colliers jufques chez les
2 34 Mêm. fur la dern. Guerre
' -Miamis , pour engager toutes Ici
J760. nations a quitter la hache, & qu'el
les s'étoient toutes accommodée?
entr'elles. M. Fouchot lui contef
ta la vérité de ces faits. Il répondit:
voilà comment eft notre père; i
ne veut jamais croire ce qut
les Sauvages lui difent. 11 avoii
aufli dit qu'il n'y avoit que deuîi
régimens à Chouegen , Sl qu'il n«i
favoit pas qu'il en dut venir d'au-:
très ; ce qui étoit démenti par h
dépofition même des Anglois. ï
Le 30, ^aoten arriva. Il ditqu'ij
y avoit huit jours qu'il étoit parti
de chez les Onontagues ; qu'i (
avoit traverfé la rivière auprès dti
lac des Onoyotes ; que l'on n'en-
tendoit que des bruits de rames le;
long de la rivière depuis 201
jours ; qu'il avoit paflTé huit bandes;
(a) & huit chefs ; que l'on voitu-[
. L-- . . . \
(a) Des régiments.
de tAinêrlqiie Septentr. i3f
rit continuelieiiient des vivres ;^!^^^^
c'il avoic vu beaucoup de ca- ^7^^-
rns, de mortiers & d'aubuts. Il
a)uta que l'on difoit qu'il y avoit
{U de monde du côté de St. Fré-
cric ; qu'à l'arrivée de l'armée , les
])quois Se Moraigans dévoient
sfTembler à Chouegen. Suivant
Il rapport, les Anglois avoient
It de grands bateaux à porter
cacun 40 hommes & un gros ca-
1 n ; que cependant ils ne veu-
lent mener que peu d'artillerie,
< e les Agniers leur avoient confeil-
1 d'en mener beaucoup , parce
( 'il s'en noyeroit en defcendant à
jont - Héal.
! Il dit auffi à M. Pouchot que les
tefs Onontagues à qui il avoit en-
^ yé des branches pour relier tran-
iiilles , l'avoient chargé de lui ré-
|>ndre de bouche fans paroles ,
lais qu'ils ne dévoient pas nioins
lî croire. Qj-iatre grands chefs
z^6 31ém, fur h dern. Guerre
'î^ï^^'^aYoient délibéré enfemble , feloi
1760. Y^i^ de ne point permettre à leur
guerriers de fuivre l'armée , qu'u
d'eux avoit afluré qu'il feroit c
qu'il pourroit pour l'empêcher
quoiqu'il y en eût beaucoup de i
bande qui étoient trop afFeâionm
aux Anglois.
Ce même Sauvage rapporta ei
core que les cinq nations commci
çoient à faire des réflexions, <
craignoient que dès qu'il n'y aurc
plus de François , les Anglois i
vouluffent les détruire (a); qu
( û ) C'eft avec raifon qu'ils avoie
toujours craint un pareil malheu
^i avoient fait leurs efforts pour
prévenir. Johnfon feul étoit parver
à diiliper. leur inquiétude, & à le
faire oublier, pendant cette guerr
leur ancien fyftènie politique. Aupar
vaut, ils étoient bien convaincus qu':
ne pou voient y renoncer fans le pi
grand danger. De tout tems ils avoie
parfaitement fenti la néceffité po
de tAmêritpie Septentr. 237
relent ils fe voyoient cernés par^^^^^
bus leurs forts , qu'ils pouvoient ^7^^-
'jger de leur fort par ce qui étoît
rrivé à quatre nations qui leur
voient demandé de la poudre,
uxquelles ils n'en avoient cepen-
aat pas donné la valeur de douze
ivres. Les chefs étoient indécis ,
elonlui, fur le" parti qu'ils pren-
Iroient , & les jeunes gens ne
'ouîoient pas les écouter. Us
.voient aufli été avertis par les Té-
es - Flattes ( n: ) que les Anglois
^ouloient les détruire , qu elles
ivoient fait une incurfion iur les
îiix de mettre la France & FAngle-
:erre dans l'obligation de les ména-
ger , & par coniequent d'empêcher
que Tune ne prévalue fur l'autre. D'a-
près ce principe , ils avoient fait périr,
en 1709, l'armée angloife deitinée au
fîege de Québec, en corrompant les
eaux d'une nvicre près de laquelle
elle étoit campée.
(û) Cherakis <Sc Katabas.
2 38 Mm. fur la dern. Gtiern
K".ILL. Anglois, & en avoient tué ur
t^6o, grande quantité & pris plufieu
forts ( a ). Enfuite ils étoient r
tournés à leurs cabanes, où ils a
tendoient des nouvelles & une di
cifion des cinq nations , qui r
leur avoient pas répondu.
Le ler. Juillet, M. Fouchot ei
voya les prilbnniers avec les noi
veîles à Mont-héal. Beaucoi
d'autres Sauvages fliifoient les m
mes rapports ; ils fpécilioient L
uniformes de chaque régiaien
M. Pouchot lés connoidoit pot
les avoir tous vus, ce qui le me
toit à même de juger de la vérité.
Le 3e. Juillet, le fils de Sonnôi
guires vint dire à M. Pouchot qu*
retournoit à fon village , & qu'
feroit tranquille dorénavant. So
père garantit fa bonne volonté
(fl) Ce fait ctoit vraij nous e
avons déjà parlé dans une note.
de t Amérique Septentr, 239
S: pour la prouver, il remit à M.^***"^
Pouchot quelques certificats de la W<^o,
Belle- Kiviere, qui lui avoient été
donnés par un ami qui étoit à la
Dâtaille de Niagara 5 où il les avoit
pris à des habitants des Illinois , à
qui ils appartenoient. il aflTura que
plutôt que de faire la guerre aux
François , il iroit chez les Têtes-
Hattes , les anciens ennemis* de fa
[lation , & que lorfque l'armée an-
^loife feroit prête a partir , ils
riendroient nous avertir.
Le 6 , rentra un détachement &
un officier que M. Pouchot avoit
envoyé pour porter des vivres à
nos bâtiments. Il avoit été jufques
à l'ance au Corbeau fans les décou-
vrir , parce qu'ils avoient été croi-
fer dans le lac pour reconnoitre ce
qui fe palïbic à Chouegen.
Le même jour , les chefs de la
Préfentation vinrent rendre répon-
fe à M. bouchot d'un fort beau
24û Mêm. fur ladern. Guerre
'"'"""""'- collier qu'il leur avoit envoyé, pouxi
1760. qu'ils fiiTent un parti pour prendre
quelques prifonniers à Chouegen.
Ils le prioient d'être perfuadé de
leur attachement, qu'ils étoient
très - contents de l'avoir pour les
conduire, & qu'ils n'avoient jamais
eu un meilleur père ; mais que ce
feroit mettre par là un caiTe-téte
fur la XktQ de Kouatageté & de fa
bande. Ils exhortoient M. Pou-
chot de prendre un peu patien-
ce juiqu'à ce qu'ils eoffent des nou-
velles de ce chef, qu'il auroit Mtw
d'être content d'eux, d'autant mieux '
qu'ils f étoient bien encouragés &
foutenus par les nations d'en bas.
Le 1 3 , M. Fouchot envoya un
détachement à la Préfentation, qui
avoit été abandonnée par les Sau-
vages de cette miffion depuis Phy-
ver, pour en rapporter les planches
& ferrements à Tufagedu fort, le
démanteler & ruiner les maifons,
afin
ils l'Amérique Septentr. 241
afin qu'elles ne ferviffent plus d'a-îSïï!!?!!!
fyle aux ennemis, 1760.
Vers le midi,un Sauvage du Lac
jdes deux montagnes,arrivé en trois
jours de Chouegen , rapporta que
Kouatageté & fa bande avoient été
arrêtés par les Anglois , & mis
fous une bonne garde qui ne les
perdoit pas de vue , qu'il avoit fol-
licité plufieurs fois fa liberté , mais
toujours inutilement II nous dit
enfuite que les chefs des cinq na-
tions^qui fe trouvoient à Chouegen,
avoient intercédé pour lui ; qu'il
y avoit eu pluiieurs confeils chez
le commandant a ce fujet ; que le
fils de Sonnonguires,qui venoit d'7
arriver , avoit auffi beaucoup folli-
cité en diiant aux Anglois qu'il
étoit venu à Orakointon pour frap-
per ion père ^ & que cependant
rayant été voir, il en avoit été bien
reçu & renvoyé fans peine, qu'ils
j pouvoient bien en faire de même,
! 'l'ome IL L
24^ Mém. fur la dern. Guerre
!555!î^ Ce Sauvage rapporta qu'on at-
'^7^0. tendoit tous les jours le grand chef
anglois à Chouegen , où il y avoit
4 mille hommes campés. Suivant
qu'il les dépeignoit , c'étoit Royal-i
Américain , Gages , & 2 batail-i
Ions de Koyal-EcoITois , & des Ren-i
gers. 11 ajouta qu'il avoit formel
un grand camp à la Chutes qui|
faifoit le portage de l'artillerie , Si.\
que l'armée angloife devoit être
de 1 5 mille hommes, fous le granc
chef de tous les Anglois. Sixjoun
après fon arrivée , Johnfon devoii
joindre avec les Sauvages ; aprè:
cela toute l'armée partiroit. Ury
foldat lui avoit affuré que le dé-|
part feroît environ dans lo jours!
Ce Sauvage avoit vu l'artillerie quq
les Anglois faifoient monter ^(j
1 oo pièces. Il en avoit diftinguef]
ao pièces en fonte de gros calibre- ti
dont trois étoient plus groffes que||
les autres. Les Anglois avoientfainl
de l'Amérique Septentr. 243
gros bateaux qui avoient 1 3 ra-"""^ — ^
es de chaque côté avec un canon ^ 7^^«
1 bout. Il nous apprit que no-
e bâtiment avait paru devant le
rt auquel il avoit envoyé quel-
les volées de canon. Les Anglois
îtacherent alors contre ce batt-
ent un gros bateau , que les Fran-
is avoient laiffé approcher, &
I lui avoient tiré que lorfqu'il s'ea
f:ournoit ; enfuite ils étoientpar-
I pour aller à Niagara, où étoit le
I tinrent anglois depuis bien long-
ns en attendant un autre pour
|iir deconferve.
. M. Pouchot fit partir tout de
(te ce Sauvage, pour aller porter
: nouvelles à M. le général. Sur
I bir , M. Pouchot fut averti de
l rivée des deux bâtiments fran-
;sà Toniata. Le 14, arriva le
u lût de la Force avec des lettres
\\ rendoient compte delà recon-
i^fTance de Chouegen , & dans le-
L z
244 Mém.furla dern, Guervs
^■' """"quel étoit un plan de la pofition
I7^<^' des ennemis, très- conforme à la
dépofition du bauvage.
Ce même jour, à 2 heures aprèi
midi, il s'éleva un ouragan très
violent du N. O. accompagné di
gros coups de tonnerre , dont Tui
caufa un phénomène finguliei
C'étoit une colonne de feu qui ave
le bruit d'un éclair vint tombe
dans la rivière tout près du boi
de l'isle. L'eau fe fouleva de faço
qu'elle forma une groffe lame , qu
après avoir couvert toute l'extD
mité de l'isle , fe retira. Elle en
porta un pont fait pour les déba
quements , coula bas un bâtes
Jacobite, & remplit les autres qj
furent jetés fur la grève.
Le I ^ , revint le détacheme
que M. Pouchot avoit envoyé pc
ter des vivres à nos bâtiments , q
appareillèrent tout de fuite pd'
retourner en croifiere fuivant leà
i
de P Amérique Septentr, 245:
>rdres. La Force dit à M. Pouilly, — " •-
ieutenant du détachement, qu'à la i?^^*
[uantité de berges qu'il avoit vues
ans la rivière de Chouegen , il
royoit que c'étoit la grande ar-
lée, &par celle qui en étoit ar-
ivée dans l'intervalle de ces deux
aflagcs devant Chouegen , il ju-
eoit qu'ils pouvoient être prêts à
artir dans 8 jours. M. Pouchot
t part de ces nouvelles obferva-
ions à Mont-Kéal par un Sau-
age.
Le 22, une Sauvagefle de la
'réfentation , partie depuis deux
ours 5 dit qu'y étant arrivée au fo-
lïl couché , vers les 10 heures du
diï , cinq Sauvages , un Onon-
ague 5 & cinq Onoyotes , tous
lUvis , armés de fufils , d'un pii^
olet avec leurs caffe - têtes, étoient
ntrés dans fa cabane & lui avoient
ait plufieurs queftions , fa voir, fi
lous fortions de notre isle , fi nous
L 3
2^6 Mifn, fur la dern. Guerre
==^==^"étions beaucoup de monde dans
^7^0- le fort, s'il en venoit de Mont-
Kéal, & s'il y avoit beaucoup de
Sauvages. Elle leur répondit qu'il
y avoit beaucoup de monde dans le
fort ; qu'il en venoit fouvent de
Mont - Real 5 mais qu'elle n'en fa-
voit pas le nombre ; que les fem-
mes ne fe mêloient pas de cela; que
les François ne fortoient que bien
accompagnés pour travailler dans
les isles qui étoient tout près du
fort, ils demandèrent fi elles en
étoient éloignées, & fi elles ne
pourroient pas entrer dans l'isle
pour faire coup, hlle répondit que
ce n'étoit qu'un fort où il n'y avoit
qu'un petit endroit pour débar-
quer, encore étoit-il bien gardé.
Ils demandèrent s'il montoit fou-
vent du monde de Mont -Real.
Elle répondit qu'il en montoit,
mais toujours bien efçortés. Ils
Ee voulurent jamais dire d'où
• de l'Amérique Septentr. s 47
rils étoient partis , & depuis quel^""""^
tems. ^7^0-
i Cette femme denianda à ces
•Sauvages des nouvelles deKouata-
geté & de fes gens. Ils feignirent
d'abord d'ignorer qu'iifùtàChoue-
gtn. hlle leur dit : il y a donc bien
long-tems que vous en êtes par-
tis. Alors ils repartirent : Kouata-
geté eft bien ; on ne lui fera au-
cun mal, & vous le reverrez bien-
• tôt. Il reviendra avec tous les chefs
anglois 5 & ils le reverront, iorf-
que l'armée fera en route. Elle
leur ajouta qu'elle & fes autres
Sauvageffes comptoient defcendre
à Mont-Rcal bientôtj parce qu'el-
les avoient peur, ils lui aflurerent
qu'elles feroient mal; qu'il falloit
•feulement qu'elles fe léparaffent
du François ; qu'ils les y invitoient,
& qu'elles fe tinfent du côté de la
Préfentation & de Toniata ; qu'a-
lors elles n'auroient aucun mal.
L 4
^48 Mem. fur la dern. Guerre
ils prétendirent qu'ils feroient plus
y 60, fQj-j-s & plus nombreux que les An-
glois 5 & qu'ils venoient exprès en ,
force de toutes les nations, pour
empêcher qu'on ne fît du mal aux
Sauvages (a). Ils repartirent avant
jour , & emmenèrent le canot de
cette femme. Ils lui avoient dit
qu'ils avoient envie de relier encore
la journée cachés , parce que fî les
François venoient encore pour dé-
molir le fort , ils trouveroient peut-
être l'occaiîon de frapper. Elle ré-
pondit que c'étoit notre dernier
voyage. Cela prouvoit qu'ils s'é-
toient déjà cachés dans la jour-
née 5 mais qu'ils n'avoient pas ofé
attaquer notre détachement. La
garnifon avoit tous les jours an
moins 6q hommes dehors , pour
travailler, fans que les ennemis
ayent pu réuflir à en prendre ou
(a) Cela fut vrai. Il
É. de P Amérique Septenir. 249
en tuer quelqu'un , par les pre'cau-^^^^^^
tions qu'avoit M. Pouchot d'enga- i?^^-
ger fes Sauvages à fe difperfer dans
les environs , pour obferver ceux
qui étoient du parti ennemi. Com-
me ceux-ci fe voyoient découverts 9
ils s'en retournèrent, ne cherchant
point à fe faire mal entr'eux , con-
tents de faire la guerre aux dépens
feulement des François ou des An-
glois.
Le 24 5 arriva un convoi de vi-
vres de Mont-Réal. On annonça
que les Anglois étoient au defifus
du Richeliéce , & que l'on crai-
gnoit la jondion d'Amherft avec
Murray; mais on ne favoit pas alors
fi la grande armée étoit du côté
de St. Frédéric. Cependant toutes
les nouvelles que M. Pouchot avoit
eu foin de faire parvenir fort dili-
geinment , auroient dû donner des
notions aifez certaines fur ce fujet.
Le 25, à dix heures du foir^
2^0 3Iên\ fur la dern. Guerre
"""le canot de la Force arriva. Par
17 60. les lettres qu'il apporta , npus ap-
prîmes qu'il avoit remarqué les
mêmes camps à Chouegen , & que ,
le 22, il avoit rencontré à l'Islè I
aux Galots un bâtiment anglois au-
quel s'étoit joint un autre. Notre
corvette prit alors chalFe, & après !
les avoir perdus de vue , elle vint ^
mouiller à î oniata.
Le 27, foixante- dix femmes,
enfans & vieillards fauvages parti-
rent pour Mont-Réal. La crain-
te les faifoit fuir. Le 29, au point
du jour, l'orateur de la Préfenta-
tion , appelle le chevalier de la Gri^
mace par les François , parce qu'ijl
avoit la bouche fort de travers
beau parleur pour un Sauvage/,
vint dire à M. Pouchot , qu'un des
Miffifakes établi parmi eux, lui
avoit dit avoir vu du côté de Catar^h
coui, dix bateaux de troupes ant«
gloifes auxquelles il avoit parlé.
de l'Amérique Septentr. 2 5 ï
A 7 heures du Ibir, arrivereiit^'^^^
huit canots de Sauvages Iroquois i?^^*
que la peur chaffbit de la pêche
de Toniata ( a ). Parmi eux étoit
le Miffifake dont il vient d'être
queftion. 11 raconta à M. Pouchot
qu'étant quatre jours auparavant
à la pêche dans la baye de Catara-
coui , il avoit apperçu les deux bâti-
ments anglois qui étoient mouil-
lés auprès du petit tataracoui. Il
avoit eu alors fantaifie de voir fi
ce que l'on difoit étoit vrai , que
les Anglois ne faifoient point de
mal aux Sauvages : en conféquen-
ce il étoit allé à bord du grand
bâtiment qui avoit 3 étages, 10
pièces de canons de chaque côté,
une hune & des grappiris.il y avoit,
félon lui, 100 hommes d'équipa-
ge (6) fur chacun, moitié ma-
(a) Fameufe pêche d'anguilles.
(£') Il y en avoic ifo.
L ^
-2 f 2 Mim, fur la dern. Guerre
- — telots 5 moitié miliciens , & beau-
^"^^* coup d'officiers. Le M iffifake ajou-
ta qu'étant à l'isle des Cèdres , il
avoit vu paiïer dix bateaux char-
gés de troupes.
Le 30 , il arriva encore des Sau-
vages de Toniata qui rapportoient
avoir entendu paffer les Anglois
dans la nuit dans les mille Isles ,
un peu au deiïus de i'ance au
corbeau.
Le ler. Août, la Force envoya
fa chaloupe pour avertir que fon
bâtiment VIroquoife étoit échoué
fur un poulier (a) au milieu de
la rivière au deflus de la pointe
au Baril M. Pouchot fit partir
tout de fuite des bateaux pour ai-
der à le relever. Le ^ , les bâti-
ments furent mouiller à la Préfea-
(a) Amas de gros cailloux qui £q
forment dans k rivière comme mu
srocher.
de f Amérique Sepîentr. 253
tation , Se la Force vint au ïoït^^^
Sa corvette failbic 1 2 pouces d'eau i?^^"'
par heure , & avoit 1 5 pieds de
quille à l'avant de brifée. On tra-
vailla à la réparer le plutôt pof-
fible.
Le 8, au foir , arriva Kouatage-
té , en trois jours de Chouegen ,
avec un Onoyote & un Agnierj
députés des cinq nations, pour en-
gager nos Sauvages à re{î:er neu-
tres. Kouatageté dit a M. Pouchot
que le général Amherfl étoic à
Chouegen depuis 1 5 jours ; qu'il
l'avoit vu & lui avoit parlé plu-
fieurs fois ; que leur armée étoit
forte de 10 à i^ mille hommes,
dont 8 régiments , un rouge pa-
rements bleus , un rouge & jaune,
un d'Ecoflbis , un rouge & petits
parements noirs, le régiment de
Gages 5 infanterie légère , un bleu
& rouge 3 & plufieurs avec la ca-
I
2 54 Mêm.fur la dern. Guerre
5^^^^1otte (a); qu'il en avoit compté
1760. 60 canons. Il en étoit refté, fui-
vant Ion rapport, quatre gros à
la Chutes , où l'on faiioit un che-
min par terre pour les amener. 11
dit que le portage des mortiers
n'étoit pas fait, qu'il ne croyoit pas
qu'ils puffent partir avant une dixai-
ne de jours, il ajouta avoir rencon-
tré les bâtiments en rivière, & qu'on
travailloit à fortifier Chouegen.
Le 10, M. Pouchotfutà l'isle
Piquet affiter au confeil des dépu-
tés des cinq nations. Ils préfente-
rent un fort beau collier , non de
la part du colonel Johnfon , fur le-
quel étoient repréfentés l'Anglois ,
les cinq nations , & les trois vil-
lages de nos miffions iroquoifes /
Chouegatchi, le lac, & St. Louis,,
avec un homme, & un beau che-
min qui communiquoit des uns aux
(a) Des milices.
de l'Amérique SeptCfitr. 2 5 f
autres , pour inviter nos Sauvages " ' ' ■ -■
à le prendre, à refter neutres, à ^1^^^
laifTer battre les blancs qui dévoient
bientôt faire la paix, & à fe re-
tirer de leur chemin, ou à y venir
fans armes. Ils leur affuroient qu'ils
feroient bien reçus , que Johnfoii
& eux précédoient l'armée feule-
ment pour voir battre les blancs ;
Johnfon, diibient-ils , ne les avoit
jamais invités qu'à cela en 17^^,
1758 & 17^99 comme ils l'avoient
pu voir à TafFaire de M. Dieskau,
à Niagara , où malgré les cinq na-
tions, les François s'étoient bat-
tus fans vouloir attendre les bon-
nes affaires. Un autre grand col-
lier de ces nations exprimoit la
même chofe , & les invitoit à dire
vrai avec eux , c'eft-à-dire , à ad-
hérer à leur fentiment.
Venoient enfuite des branches
de la part du général Amherft ,
pour les engager à faire attentioja
2^6 3'lêm. fur la dern. Gimre
"" '■ 'à ce que difoient ces colliers , par
1750. lefquels il affuroit que dans cinq
ou fix jours il feroit à Chuegat-
chi 5 qu'il alloit encore fe battre
avec le François , & que le maî-
tre de la vie favoit feul ce qui eu
arriveroit.
La réponfe de nos Sauvages fut
d'engager les députés à defcendre à
Mont-Réal pour aller au bout du
chemin qu'ils traçoient ; que pour
eux ils n'avoient plus de feu allu-
mé , depuis que leur père & les
Iroquois du Saut étoient conve-
nus que les paroles qui viendroienfc
deâ cinq nations iroient en droi-
ture à Mont -Real 5 fans s'arrêter
chez eux.
Les députés, après avoir beau-
coup réfléchi fur cette réponfe,,
à laquelle ils ne s'attendoient pas ,
répondirent que ces paroles avoient .
été données à Chouegen par les ,
.cinq niitions, qu'ils n'étoient ea-
de l'Amérique Septentr, 2^7
voyés qu'ici , fans ordre d'aller à"**'*^
Mont-Kéal, & qu'ils alloient s'en i7^^«
retourner.
t M. Pouchot, après avoir laiffe
finir leur confeil , dit à ces Sau-
vages : „ Si vous fuffiez defcen-
,3 dus à Mont-Héal, je n'aurois
55 rien à vous dire. Si j'aurois laifle
53 parler votre père ; mais puifque
53 vous vous en retournez , je veux
33 vous dire ce que j'ai fur le cœur»
53 Je ne vous donne point de paro-
53 les 5 auflî bien ne les écoutériez-
33 vous pas.Aiïlirez feulenient,de la
part de celui que vous avez nom-
mé le milieu des bonnes affaires s
vos frères les Iroquôis , que leur
efprit s'eft perdu , qu'avec un
peu d'eau-de-vie Jolinfon fe fait
fuivre où il veut , fans qu'ils
veuillent regarder le précipice
où il les mené. Il fait marcher
à fa fuite tous ces guerriers, qui
n'ont pas confulté leurs clie&.
S5 8 Mêm. fiirïa dern. Guerre
ï^^^„ C'eft vous qui me l'avez dit en
^7<^^- „ i7>5. Il vouloit alors aller a
55 Mont-Réal battre le François,
33 & vous donner fes marchandi-
^5 fes. Une poignée de François le
53 firent relier au fort George. En î
j3 175 8, la même chofe eft arri-
55 vée. Vous lui reprochâtes qu'une
55 petite troupe de François avoit
5j chaffé les h nglois , & vous vous
55 en retournâtes honteux. N'eft-
55 ce pas moi qui vous ai fait voir
55 à Niagara qu'il ne falloit pas
55 quitter la main de votre père,
55 fi vous vouliez vivre tranquilles
35 fur vos nattes , & qu'elles ne fut'
5, fent plus enfanglantées ? Vous
„ m'avez écouté alors,& vous vous
5, êtes retirés pour nous lailfer bat-
5, tre. Johnfon a-t-il écouté les
„ bonnes affliires,lorfque vos chefs
„ & ceux qui venoient de la Belle-
5, Rivière, y vouloient travailler '
s5 pour rendre la terre tranquille?
fie l'Amérique Septcntr. iff
II, s'eft moqué de vous, parce'^^'^'^
qu'il étoit le plus fort. Si les ^7^^-
grands canots de votre père le
grand Oaontio n'étoient pas gâ-
tés, & qu'il faut qu'il ait le
tems d'en faire d'autres, foyez
fùrs que Tes enfans les François
couvriroient toute cette terre
comme les arbres. L'Anglois fe-
roit bientôt obligé de s'aller ca-
cher dans un coin du pays OO
qu'il a volé aux Abenakis. Le
François n'a jamais cherché qu'à
avoir pitié de fes enfans, & à
leur fournir leurs befouis. Il n'a
point renverié vos nattes & vos
feux avec des armées , pour aller
trouver l'anglois dans ion pays ,
de peur de vous tuer. Vous n'a-
vez jamais voulu empêcher ce
dernier de paOTer ; vous voilà
cernés par leurs forts qu'ils vous
(a) L'Acadie.
26o Mém.fur ladern. Guerre
^■' -3) avoient demandés pour attrapet
X7<^o. ^^ descaftors. Où irez-vous aduel-
55 lement chercher vos befoins ?
55 Voyez l'état des Abenakis dans
55 leur pays. Ils vont dans l'eau
55 & dans les bois , pour trouver
55 de quoi manger , & ne peuvent
55 plus femer leur bled d'Inde. Ils
55 font les chiens des Anglois , on
,5 leur donne des coups de bâton ,
55 & on les pend. La même chofe
vous arrivera , quand le François
vous aura quittés 5 & lorfque
vous rappellerez à l'Anglois qu'il
vous a promis de vous donner
vos befoins , il fe moquera de
vous ; au lieu que lorfque vous
aviez le François & l'Anglois
pour voifins 5 ils vous les don*
noient à l'envi l'un de l'autre.
Des colliers vous feront inuti-
les pour retenir mes avis , lorf-
que vous vous rappellerez avec
les enciens , le bien que vous
aurez perdu "»
93
35
de P Amérique Septentr, 2€\
Les députés, quoiqu'amis des*^*^^^
Anglois, convinrent que M. Pou- i?^^»
chot difoit vrai. Ils s'excuferent
fur ce qu'ils n'avoient plus de l'ef-
prit comme leurs anciens. Ceux
de Chouegatchi applaudirent beau-
boup à ce difcours. il fit un pré*
fent aux premiers & les renvoya.
Le 1 3 , cinq Sauvages apportè-
rent à M. Fouchot des lettres de
M. de Vaudreuil. 11 annonçoit que
les vaiffeaux anglois étoient aux
trois rivières de St. Frédéric, &
que les ennemis fe préparoient à
marcher, ils attendoient toujours
Amherft de ce coté là.
Le 15, VIroquoife fut racom-
modée. Je dois rapporter un évé-
nement qui mérite d'être rappor-
té. Dix-fept miliciens avoient dé-
ferté quelques jours auparavant ,
un s'en retourna aux Cèdres, d'où
il étoit. Son père, nommé Bray^
bon vieillard , le ramena à fon de-
z6z Mêm. fur la dern. Guerre
--"""— voir , arriva cette journée, & re-
17^0. partit. Le jeune homme fut mal-
heureufement tué.
Le 15, à fept heures du foir,
deux Sauvages arrivant de chafle ,
annoncèrent que l'armée angloife
étoit campée à la pointe au Baril,
& l'avant -garde à la Préfentation.
11 avoit pafle à bord V Outaouaife.
La Broquerie n'écrivit cependant
point ; mais il tira 3 coups de ca-
non. M. Pouchot envoya deux
François & deux Sauvages en ca-,
îiot à fon bord, pour favoir ce qui
en étoit. Il lui manda que i'avant-
garde des ennemis, & les Sauvages,
en grand nombre avoient mis à
terre à la Préfentation , qu'il les ob-
fervoit , & que le gros de l'armée
avoit campé à la pointe au baril.
Le 17, à 3 heures du matin,
M. Pouchot dépêcha un courier
à M. de Vaudreuil pour lui faire
part de cet événement. Vers les
de r Amérique Septenfr. 2^3
lept heures, le tems étant tou^^^^^^^^ï
à-fait calme, le général Amherft i?*^^^
fît attaquer V Outaouaife , qui étoit
dans un endroit où les courants
ne fe faifoient pas fentir, par fix
iberges, appellées Carcaffieres , por-
tant trente hommes & une pièce
de 12 chacune. Elles invertirent
:e bâtiment , qui les fit culeo: d'à-
Dord fur le rivage du nord ; mais
jne batterie de terre l'obligea de
.evirer au large. Après une ca-
lonnade de trois heures de part
^ d'autre , elle fut prife. M. Pou-
:hot détacha 4 chaloupes avec des
}ierriers , aux ordres de la Force,
capitaine de l'Jroquoife; mais ce
bâtiment fut rendu avant qu'ils
'euiTent pu joindre. M. Fouchot
ivoit efpéré que VOutaouaife fe
•approcheroit & fe mettroit fous la
Droteftion du fort; ce qu'elle auroit
ait , fi elle avoit pu venir fe placer
i la tête des courants.
2 6 4- Mêm, fiir la dent. Guerre
^^^!^^ Le r 8 , les ennemis partirent de
1760. \^ Préfentation avec un vent frais.
Toute leur armée refta près de
quatre heures en bataille dans fes
bateaux au commencement des
courants. Elle formoit un très-
beau coup d'œil. M. Fouchot s'i-
magina d'abord qu'ils étoient dans
l'intention de l'attaquer de vive
force pour entrer dans l'isle. En
conféquence, il avoit difpofé 9 pie-
ces de canon , pour battre le haut
de la rivière , <& en avoit placé
d'autres dans l'épaulement , qui
pouvoient faire onze ricochets fur
l'eau. 11 eft à croire que l'ennemi
auroit perdu beaucoup de monde
avant de pénétrer , s'il eût entamé
cette befogne. Ils fe déterminèrent
à filer le long des terres du nord
avec un grand intervalle d'un ba-
teau à l'autre, pour éviter le feu
de l'artillerie du fort. lis firent
avancer VOutaouaife ^ c^n'ik nous^|
avoient !
de l* Amérique Septentr. î6^
«voient prife, à ia demi-portée du"*"**^
canon pour ies protéger. 1760.
M. Pouchotne chercha qu'à in-
commoder leur paflage avec 4 pie-
ces qui pouvoient les voir défiler.
On leur tira 150 coups avec peu
de dommage , à ce qu'il nous pa-
rut , parce que le vent frais & le
courant les faifoient dépaffer fort
vite les points de mire. Comme
M. Pouchot connoiffoit beaucoup
des officiers de cette armée, plu-
fieurs lui donnèrent le bon-jour
en palfant , d'autres lui crioient
de les laiffer paffer, qu'ils éloient
de fes amis, ils le voyoïent fur le
rempart ; mais ils ne s'arrétoient
pas pour lui faire des compliments.
La majeure partie de l'armée fut
campée à la pointe à l'Ivrogne.
Ils jetèrent auiii du monde dans
■les islesà laCuilléade la Msgde*
4aine & des Galots.
Le 19, leur régiment d'artUle-
lome IL M
Z66 Menufurladern. Guerre
-i— -rie partit de la vieille Gallette, avec
1J60. toute rartillerie de terre , & défila
comme les précédents , pour aller
camper à la pointe à l'Ivrogne,
Le bâtiment fit le plus grand feu
poffible pour les couvrir. On tira
peu aux bateaux , parce qu'on n'en
attendoit pas un grand fuccès. On
s'attacha plutôt au bâtiment. De
5 G coups de canon qu'on lui tira ,
48 au moins traverferent le corps
du bâtiment, ce qui l'obligea de
s'éloigner un peu. bon capitaine,
appelle Smul Te comporta avec la
plus grande bravoure , fe prome-
nant continuellement en chemife
far fon pont. Il eut bien du mon-
de hors de combat.
Les deux autres bâtiments, l'un
àt 2% pièces de canon de 8 & de
C , appelle le Sonnontoîn , Tautre de
18 pièces de 6", appelle rO;/ojo-
te , vinrent fur le foir fe placer à
côté du premier.
de t Amérique Septentr. 3^7
Le 20, il y eut beaucoup de""-'^"-
louvement dans l'armée des ^nnQ" i7^c>.-
lis. 11 pafla beaucoup de bateaux
ui alloient & venoient de leur
anip à la Préfentation. Ils firent
uili camper deux régiments à la
ointe de Ganataragoin , qui com-
lencerent à remuer des terres de
e côté-là , ainfi que dans les isles à
i Cuiffe & de la Magdelaine. On
tira quelques volées de canon ,
our incommoder les travailleurs.
DUS étions obligés de ménager
ftrêmement notre poudre, n'en
'^ant pas cinq milliers lors de
irrivée de Tarmée ennemie.
Le 21, tout parut affez tran-
rille , parce que les ennemis tra-
iilloient à force à leurs batteries.
2s bâtiments s'éloignèrent même
)rs de la portée du canon. L'on
a fur les travailleurs , mais avec
pu defuccès, parce qu'ils étoient
ja couverts, & que le terreiii
M z
2 6Z Mêm. fur la dern. Guerre
..Jl ^j-Qjj. pi^jg ^igy^ q^^ç ç.^Y]Xi de Pisie,
I7()0, (^g pj-^g jg 24 pieds.
Dès le midi, on diftinguoit déjà
les embrafures. Sur le foir, leurs ba-
teaux firent un grand mouvement,
& l'on compta jafqu'à 35 berges
portant au moins chacune vingt
hommes qu'elles jetèrent dans
les trois bâtiments , ce qui fit ju-
ger que l'on ieroit attaqué le len-
demain matin. En conféquence,
on travailla à faire des épaulements
avec des bois, pour mettre à cou-
vert les parties qu'on jugea devoijj
être expofées par la direction deil
batteries ennemies. Toute l'artille
rie fut chargée à boulets & à mi
trailie , & tout le monde eut or
dre de paiïer la nuit à fon pofte
Le 22,, à cinq heures du matin
les trois bâtiments fe rapprocheren
à environ 200 toifes du fort , 6
occupèrent tout l'intervalle du hau
de la rivière entre l'isle à la Cuifl
ile t Amérique Septentr. 26^
& la pointe de Ganataragoin, ce^ — —
qui fit juger que l'on alloit être ^7^^^
canon né vigoureufement par les
bâtiments & par les batteries de
terre. Les unes avec les autres for-
moient un demi -cercle autour du
fort. En confcquence, M. Pouchot
ordonna à l'oliicier d'artillerie de
reculer ces pièces des batteries ,
& de les mettre à couvert des mer-
Ions, pour éviter qu'elles ne lu lient
démontées. 11 fit audi mafquer ces
smbrafures avec des bouts de grof-
es pièces de bois coupés exprès.
Dn les pouvoit déblayer , en les
DOuflTant feulement en avant.
Dès que les bâtiments furent pla-
:és , ils commencèrent un feu des
3lus vifs & des plus fuivis, de aç
3ieces de canon, Frefque en mè-
ne tems 3 les ennemis démafque-
ent la batterie de Ganataragoin ,
le 2 pièces de 24, & de 4 de 12,
linfi que celle de l'isle à la Cuiffes
M 3
270 Mém.fur h dern. Guerre
-^=^^=^de 14 pièces de î2 & de 18, &
^7(iO. |3ne troifieme dans i'isle à la Alag-
delaine ^ de z pièces de 24, & de
fix de 1 a. Aux premières volées ,
M. Bertrand 3 officier d'artillerie,
fut tué roide d'un boulet qui lui
coupa les reins , en montrant le
calibre des boulets à M. Pouchot.
Un quart d'heure après , ils com-
înencereiit à tirer des bombes de
Tisle à la Magdelaine , où il y
avoit deux mortiers à bombes > de
1 2 pouces 3 fîx mortiers à grena-^'
des royales , & deux aubuts. Dans
Fis le à la Cuiffe , fix mortiers de
grenades royales ; à la pointe de
Ganataragoin , deux mortiers de la
pouces , deux de grenades roya-
les & deux aubuts ; ce qui fai-
foit en tout 7^ bouches à feu.
M. Pouchot reçut une contufion j
confidérable d'une pièce de bois de
10 pieds de long & de 14 pouces
ë'équarriîlage ,, à laquelle une. boni-
de t Amérique Sept enïr, 271
be de 12 pouces fit faire la cul- ^^^ — ^
biite,& qui lui froilTa les reins. i7^<^-
Cela ne rempêcha pas d'être à fa
befogne.
Toutes ces batteries furent fer-
vies avec la plus grande vivacité ,
fans interruption, jufqu'à midi, ce
qui fit voler le fort en pièces & en
éclats.L'on s'y tenoit à couvert cha-
cun dans fon polie , les fentinclles
obfervant feulement le mouveiuenÊ
des ennemis, jugeant, par notre
filence, que nous étions peut - être
déconcertés , ils firent avancer
leurs bâtiments jufqu'à la portée
du piftolet du fort, ils étoient rem-
plis de monde, jufques dans les
hunes , & foutenus par le feu de
toutes les batteries de terre.
Heureufement ils ne purent ve-
nir fe placer que fucceffivement au-
tour du fort 3 de façon que le pre-
mier bâtiment arrivé voyoit juf-
qu'à la porte du fort; qui étoit auffi
M 4
27^ Mém. fur la dern. Guerre
'^^^enfîlée par la batterie de la Mag-
^^' delaine. M. Poiichot l'avoit fait
couvrir d'avance avec de groffes
pièces de blindages,quiiie laiffoient
qu'une ouverture fur le côté à paC-
1èr un homme.
Il jugea que l'ennemi e'toltdans
le deffein de former une attaque
de vive force, fiffedivement 300a
hommes, grenadiers volontaires, &
des troupes légères , fe trouvoient
embarqués dans des bateaux &
placés derrière la pointe de Tisle
à la CuilTe , & dévoient déboucher
à la faveur du feu des trois bâti-
ments & des batteries de terre.
Le mouvement des bâtiments
porta auffi - tôt M. Poucliot à faire
fbrtir i^o hommes & 4 officiers,
pour border vis • à- vis l'épaule-
ment. Il fît battre fucceffivement
un bâtiment après l'autre^avec cinq
pièces de canon , les feules qui
étoient h portée , chargées à boa-
de t Amérique Septentr. 27a
Icts & à mitrailles fans répondre^!!
8IÎX batteries de terre. ^l^o.
Malgré la fupérioritédufeu des
ennemis , nous forçâmes avec ces
cinq pièces & notre moufquete-
rie, VOutaonaife & enfuite PO-
?î()yote^ à aller s'échouer à demi-
lieue du fort , près des isles aux
Galots. L'une des deux n'a plus
été en état de fervir. Le Sonnontom^
de 2Z pièces, ayant voulu appro-
icherdetrop près le fort, échoua
iauffi. llfutfi maltraité qu'il ame-
Ina fon pavillon, ilyavoit dedans
3 50 hommes. Le côté du bâtimenÊ
qui regardoit le fort, étoit dans le
plus mauvais état Sa batterie tou-
choit à l'eau , & fes fabords ne fai-
foient qu'une feule ouverture. L'eau
qui y étoit entrée , le fit pancher
du côté du fort. M. Pouchot or-
donna de n'y plus tirer, pour
épargner fa poudre. Le capitaine
en fécond, & des matelots, yhiïQnt
574 Menu fur la dern. Guerre
î^'^'^^^^pour faire une capitulation. IvL
5750. Pouchot les garda en otage, ne
pouvant recevoir tout ce monde,
qui auroit été plus nombreux que
fa garnifon.
Dans Tintervalle de ces com-
bats, les ennemis voulurent dé-
boucher deux ou trois fois , pour
attaquer 5 de la pointe de Pisle à
la Cuiffe. Deux pièces qui y étoient
pointées les continrent, & les fi-
rent rentrer derrière cette pointe.
11 eil à préfumer que le mauvais
état où ils virent leurs bâtiments ,
leur ôta l'envie de fe porter en
avant. Cette adion dura depuis
cinq heures du matin , jufqu'à fept
heures & demie du foir, fans que le
feu difcontinuât. Nous eûmes 40
hommes tués ou blefles. L'on ne
fauroit trop louer la fermeté que
iirent paroître les officiers , fol--
dats de la colonie ^ les miliciens &
fur-tout nos canonniers qui étoient
de l'Amérique Septentr. 27 y
des matelots. Trois ou quatre de
ces derniers étoient impayables, à i?^^*
caufe Ô2 leur adreffe & de leur vi-
vacité à fervir leurs pièces. Les en-
nemis tiroient comme nous, tou-
jours à boulets & à mitraille. M.
Pouchot avoit feit hacher , par un
forgeron , des vieux fers , dont ou
avoit rempli des facs de calibre ,
qu'on ajoutoit au boulet , ce qui
faiioit un terrible effet fur les bâti-
ments qui , par la hauteur du rem-
part, étoient fournis à notre feu ; de
manière que nous découvrions leur
pont.
Une cliofe quiamufa la garnie
fon dans des moments lî férieux ,
fut que les Sauvages qui étoient:
montés fur les tranchées & les bat-
teries pour voir le combat de ces
vaiiTeaux, qu'ils regardoient comme
à eux, à caufe du nom qu'on leur
avoit donné , & parce qu'ils por-
toient un Sauvage peint fur leurs
M. €
57^ Mém, fur îa àern. Guerre
ii!!«!ï!.| grands pavillons , faifaient des cris
■*7^<^« affreux, les voyant fi maltraités.
Les Anglois leur avoient perfuadé
qu'avec ces bâtiments feuls ils nous
feroient rendre. Lorfque ces Sau-
vages les virent dériver en travers
pour aller s'échouer , ils redoublè-
rent leurs cris & chantèrent pouille
aux Anglois , en leur difant : " tu
j, n'as pas voulu tuer notre père
j5 à Niagara , vois comme tu le
j3 prendras. Si tu nous avois crus,
59 nous ne le trouverions pas ici.
35 Une poignée de François te fait
^ bouquer ". Cependant cette ac-
tion démantela tout le haut des pa-
rapets de la moitié du fort, enle-
va toutes les fafcines, ou les mou-
lut du côté des isles à la Cuiffe &
fur le front des deux demi-baf-
tions.
La nuit , M. Pouchot tâcha de
réparer avec des facs à terre les bat-
teries du baftion vis - à - vis des is-
de t Amérique Sepientr. «77
leSjpour pouvoir s'en fervir. Ce baf-'^^^^'''^
tion étoit prêt à écrouler. On auroit ^7^<^«
pu monter par la rampe que les
terres éboulées avoient formée.
Les ennemis continuèrent toute
cette nuit à nous bombarder, & ti-
rèrent des coups de canon de cha-
que batterie, par intervalle , char-
gés à boulets & à mitraille , pour
nous empêcher de nous réparer.
Nous eûmes 2 hommes tués &
quelques bleiTés.
Le 23, les ennemis continuè-
rent de bombarder & de canonner
vigoureuiement toute la journée.
La nuit, nous elTuyâmes le même
bombardement & des volées de
canon, par intervalle, comme la
veille.
Le 24 5 ils démafquerent une
nouvelle batterie, pour battre la re-
doute en bois du bout de l'isle, &
pour enfiler le retranchement vis-
à - vis des isles. Leurs batteries con-
278 JHém, fur la dern. Guerre
------tinuerent aufîî violemment que les
1760, jours précédents. Le feu prit dans les
décombres du niagafin, &; dans
Tappartenientdu commandant. On
parvint heureufement à l'éteindre ,
îans que l'ennemi s'apperçùt de no-
tre embarras. Mous avions peu ti-
ré, pour ménager le peu de poudre
& de boulets qui nous reitoient
Les batteries ennemies démontè-
rent tous les canons du baftion vis-
à- vis des isles. Les coïTres des pa-
rapets furent rafés à deux pieds du
terre - plein, ce qui découvrit ex-
trêmement le magailn à poudre 3
qui n'étoit fait qu'en grofles pou-
tres.
Le Sf , au point du jour, M.
Pouchotnt tirer vivement trois pie-
ces for les batteries qui nous in-
commodoient le plus, c'étoit les
feules qui reftoient fur le front at-
taqué. 11 manquoit même à l'une
de ces trois pièces , & la plus et
de P Amérique Septentr. 27^
fentielle, un tiers de fa longueur ,— -— ^^^
ayant crevé deux fois. Faute de ï?^^^.
calibre , on mettoit deux ou trois
petits boulets. Nous nous apper-
çimies, par les mouvements des en-
nemis, que cette façon de tirer les
incommodoit beaucoup dans leurs
tranchées ; mais nous nous trou-
Tions hors d'état de ruiner & mê-
me d'endommager confidérable-
ment leurs batteries.
L'adivité de notre feu mit les
Anglois de niauvaiié humeur. L'a-
près-midi, ils redoublèrent celui de
toutes leurs batteries , & tirèrent
k boulets rouges , pots à feu & car-
cafles. C'en étoittrop pour cemi-
férable fort, qui n'étoitplus qu'un
décombre de bois de charpente &
de faicines. Les boulets rouges mi-
rent le feu aux faucifTons du revê-
tement intérieur du baftîon tout-
à - fait dans le bas, où on PéteigniL
Cela nous fit appercevoir combien
a^o Méîn.fiirladcrn. Guerre
— -le rempart étoit ruiné. Des pots à
17^0. feu incendièrent encore deux fois
les décombres du fort On parvint
encore à éteindre ces embrafements,
avec Peau qui fe trouvoit dans les
trous que formoient leurs bom-
bes.
Cela détermina M. Poucliot, de
l'avis de tous les officiers de lagar-
nifon , d'écrire à M, le général
Amlierft, pour fe plaindre de cette
façon de faire la guerrejque l'on ne
mettoit en ufage que contre des
rebelles , une brave garnifon ne
méritant pas un pareil procédé. En
réponfe^ il envoya fon aide de
camp avec une efpece de capitula-
tion, pour nous rendre prifonniers
de guerre ^ avec menace que, fi on
ne i'acceptoit pas dans demi-heure,
ilalloit continuer.
M. Pouchot reçut l'officier , &
lut ce que mandoit M. Amherit^
devant tous les officiers du fort
de V Amérique Septentr. z%i
joints à toute la garnifon. Ces**^^^
derniers lui firent les plus vives inf- ^1^^*
tances pour y accéder, vu i'im-
podibilité d'éviter un incendie gé-
néral , & de pouvoir échapper aux "
flammes , a caufe du peu de ca-
pacité'du fort, & de i'emt?arras
des décombres.
Il ne reftoit fur le front attaqué,
que deux pièces à canon en état de
tirer , & plus de boulets. Les bat-
teries extérieures du fort avoient
été ruinées. Comme elles iz trou-
voient alors plus commandées par
les iiles , ainfi que les épaulemens
du retranchement, on n'étoit pas
à l'abri d'une deicente.
Le 26 , au matin, lorfque les en-
nemis furent entrés, ils furent ex-
trêmement furpris de ne voir que
quelques foldats difperfés dans les
poftes qu'ils remettoient, êc une
foixantaine de miliciens un mou-
choir far Ifc tèi^ , tous en chemi-
2S2 Mém. fur la dern. Guerre
■E'JLËH'ife ^ le cuînudà la canadienne. Ils
^7^^' demandoient à M. P^uchot où
étoit donc fa garnifon. Il leur ré-
pondit qu'ils k voyoient toute.
Nous eûmes plus de ioixante hom-
mes tués ou bleiTés. Tous les offi-
ciers avoient reçu des bleffures
plus ou moins confidérables.
Les ennemis avouèrent avoir eu
à leur paffage pour camper, une
carcalTiere coulée bas, & ûx ba-
teaux percés. Celui du général
Amherft fut de ce nombre. Il avoit
été guetté plus attentivement. Ce
général en fit un reproche poli à
M. Pouchot, qui lui répondit :
Monfieur, on vouloit vous ren-
dre les honneurs qui vous font
dus.
Les Anglois eurent fur VOnoyo^
te qui fut échoué ^ 128 hommes
tués ou bleirés;fur Vjlgnkr^ le capi-
taine bleifé 5 Se une cinquantaine
d'hommes; ïmVOutaotiaiJe qu'ils
de V Amérique Sepfenîr. s83
nous avoient prife , 54 hommes, &?
dans les différentes occafions où i7^<^»
elle s'étoit préfentée devant le fort
100. On doit y ajouter ce qu'ils
perdirent dans les batteries & leurs
tranchées , dont ils n'ont jamais
voulu convenir.
Larémiffion du fort étant faite,
plafieurs colonels vinrent prendre
M. Pouchot,pour le conduire chez
le général Amherir. ils lui firent
mille amitiés. Il en avoit vu plu-
fieurs à Niagara & à la Nouvelle-
Yorck. Ils craignoient que les Sau-
vages, qui menaçoient beaucoup ,
& qui étoient fâchés de ne rien
trouver dans le fort que les fol-
dats avoient pillé , ne lui vouluf-
fent faire mal 11 les remercia de
leur attention.
iiyant abordé à terre , il fe pré-
fenta beaucoup de Sauvages. M.
Pouchot fut tout de fuite à plu-
lieurs chefs qu'il reconnut» il kiir
2 84 Mêm, fur la dern. Guerre
— L — -di»; : « vous avez tué votre père l
^7^c>. ^ celan'eft pas de gens de coura-
5, ge , tant pis pour vous ". Us lui
répondirent": ne fois pas fâché,
35 mon père , tu vas de l'autre cô-
3, té du grand lac. Nous nous
5, débarralTerons bien des An-
„ glois ". Ceux - ci furent furpris
de les voir fi tranquilles.
M. le général Amherft eut une
converfation d'une heure, feul
avec M. Fouchot. Il vouloit tâ-
cher d'avoir des éclairciffements
fur ce qui lui reftoit à faire dans la
campagne. On doit croire que ce
^ dernierne lui fit pas voir la befo-
gn^ aifée. 11 paroiffoit fort redou-
ter , ainfi que toute cette armée ,
lepaffage des rapides. Ils prirent
parmi les Canadiens b^ guides,
pour leurs bateaux. Lagarnifon&
les officiers furent conduits, par la
route de Chouegen, à laNouvelle-
Yorck. M. Belle - Gïirde ^ miffion-
de t Amérique Sepfentr, 28 Ç
naire fulpicien delà Préfentatioii,^5'5!55
qui avoit préféré de s'enfermer ^7^^'
dans le fort pour fervir les bleiïes ,
obtint la permiffion de defcendre à
Mont-Kéal avec deux ou trois
femmes. C'eft un prêtre très-ref-
peclable par fon zèle éclairé fur la
religion , qui l'avoit conduit en Ca-
nada par le feul motif de la conver-
fion des Sauvages. Les Anglois le
rendirent dans la fuite à fa miffion.
L'armée angloife refta près de i ç
jours â faire fes difpoiî lions pour
defcendre; mais malgré leurs gui-
des, dont peut- être plufieurs clier-
choient les plus mauvais, ils per-
dirent 80 bateaux, au coteau du
lac, & leurs carcaffieres.
Le chevalier de la Corne , qui
obfervoit les Anglois avec un corps
de milice dans le haut des Cèdres ,
ayant connoifTance de leur arrivée,
fe replia fucceffivement jufques
dans l'isle de Mont- Real. Les en-
a 8^ Mém. fur la dern. Guerre
!S55!5!?nemis mirent à terre à un quart de
1760. lieue au deffus de cette place. On
envoya des députés tout de fuite,
pour rédiger la capitulation, qui eft
connue de tout le monde. Toutes
les troupes Se les officiers cana-
diens qui voulurent abandonner le
pays ( a ) , furent menés en France
fur les bâtiments angîois , avec la
condition de ne plus fervir à la
guerre.
On doit bien imaginer que pen-
dant le cours de cette miférable
campagne , tout monta à un prix
exceffif (è). L'intendant faifoit
(«) Ils furent follicités vivement
de s'y déterminer, par les Anglois,
qui deliroient de s'en débarralfer le
plus qu'ils pourroient.
{b) M. Bertyer , miniftre de la ma.
rine, s'etoit déterminé d'envoyer quel-
ques approvifionnemeris; mais leur
prix & celui du fret lui firent retar-
der d'un jour à l'autre le départ des
bâtimens de tranfport, qui? par fa
de l'Amérique Septentr. a87
des billetSa pour fubvenir à toutes *~ '
les dépenfes extraordinaires occa- ■ï7^^«
fioniiées par la rareté & la cherté
de toutes les denrées ; mais il ne
les convcrtiffoit en lettres de chan-
ge que pour les gens les plus favo-
riiés 5 & le moins qu'il put, pour ne
pas étonner la France fur ces dé-
pendes énormes. Il refta parmi les
habitants & autres particuliers, une
quantité prodigieufe d'ordonnan-
ces & de certificats, qu'il ne vou-
lut pas convertir en lettres de
change.
faute , ne purent entrer affez tôt dans
le fleuve St. Laurent, (5c fe brûlèrent
à la baye des Chaleurs. M. le mar-
quis de Vaudreuil avoit prévu ce dé-
faut de fecours. il ordonna au lieur
ide Minviile , d'ailer croifer à rentrée
du fleuve avec une frégate. Quatorze
navires anglois , chargés de munitions
pour Québec, furent prisi mais il fal-
lut encore les brûler , fans pouvoir eu
retirer aucun avantiige.
288 JMénu fur h dern. Guerre
' Les Anglois, maîtres du _Canada,
1750. fentantleur fupériorité fur la Fran-
ce les ramaffereiit , comme Ton
doit croire, au meilleur marché
poffible 5 Se en folliciterent le paye-
ment IlsTobtinr-at (a). On ne
croira pas exagérer , en difant que
ces ibmmes que la France a été for-
cée de payer , fuivant des arrange-
ments convenus , montoient de 2 3
à Z6 millions. Si la crainte de les
payer efl entrée en confidératiori
pour la ceffion du Canada, on
s'eft trompé.
M. Pouchot Se tous les officiers
françois , avec les foîdats François
(a) Par une déclaration particuliè-
re, fîgaée à Paris le 10 Février 17^^^,
le roi promit de pa^^er les lettres de
change & billets qui avoient été^ dé-
livrés aux Canadiens pour les four-
nitures faites aux troupes franqoifes,
d'après une liquidation arrêtée dans
lin. tems convenable, félon la diftan-
iss des lieux & la poffibiiité , &c.
&
de V Amérique Septentr. 2 8^
& ceux delà colonie, en vertu de""^'"'^
la capitulation de Mont - h éal , fu- 1 7 <^^«
renc ramenés en France , & les Ca-
nadiens renvoyés dans leurs pays.
Les premiers partirent le premier
Janvier de la N ouvelle - Yorck , &
après avoir elTuyé une navigation
très-orageufe , ils touchèrent à la
rade de Sphithead , où ils réitèrent
environ \ s jours , enfuite arrivè-
rent au Havre-de-Grace le 8 Mars
I76'I.
Dans cette traverfejils virent trois
phénomènes alTez curieux. Le pre-
mier, dans un très - gros orage , la
mer étincela fur la fommité de tou-
tes les lames , comme les éclairs
dans des nuées fortobfcures. Cette
nuit étoit très - noire. Le fécond
étoit un arc- en - ciel,dont les deux
extrémités portoient à bas bord 8c
à tribord de la pouppe du bâtiment,
& fuivoient fon fillage comme une
corde à la traîne. Letroifieme con-
Torne IL N
29oMém.furla dern. Guerre,^ t\
S— "^fiftoit en un bel arc « en - ciel de
17^0. lune, très-formé, mais dont les cou-
leurs étoient bien moins vives que
dans ceux duibleil, & il y avoit
beaucoup du jaune de la lune.
291
FRAGMENT
Sur la colonie fr an çoife du Canada.
L
E Canada a d'abord été peu-
plé par des pécheurs <& des parti-
culiers qui faifoient la traite , c'eft-
à- direje commerce d'échange avec
les nations fauvages ; par des fol-
dats qui avoient reçu leur congé ;
enfin , par des gens qui y avoient
été envoyés de France avec des let-
tres de cachet. Plufieurs de ceux-
ci y étoient pendant trois ans ,
avant de recouvrer leur hberté.
D'autres y étoient pour leur vie.
Quelqueî^-:uitres,fi ce n'étoitle plus
grand nombre, y avoient été ame-
nés par les feigneurs des terres,
pour les y étabhr.
N z
2^2 Mémjnr la dern. Guerre
Ces terres avoient d'abord été
concédées par le roi aux miffions
étrangères , aux Sulpiciens , aux
jéfuites & à des officiers. On trou-
ve en Canada très-peu , peut - être
point de terres appartenantes à des
commerçants ou à des bourgeois.
Ce qui a le plus contribué à l'aug-
mentation de ces établilTements ,
c'eft la réforme du régiment de
Carignan, dont tous les foldats dç^
vinrent colons, & les officiers pro-
priétaires des terres appartenantes
aux laïques. Voilà toutes les four-
ces de la population, aâuelle de ce
pays immenfe. Il paroît fingulier
qu'avec le peu de fecours & le peu
de foin qu'on s'eft donnés pour
l'augmenter , cette colonie, qui a
été long - tems très - foible , en-
core plus fouvent à même de périr
de mifere par le peu de fecours
qu'elle retiroit de . France , foit ce-
pendant parvenue à avoir environ
r ï de V Amérique Septentr, 20 i
30 mille aines (a). L'on peut in-
férer de là quelle climat & les ter-
res y font bons & prolifiques. 11
n'efi: pas étonnant d'y trouver , en-
tre le grand père & les petits en-
fants 5 une foixantaine de perfon-
nes.
Les Canadiens font bien faits»"
très-robudes & très-ingambes, fup-
portant admirablement la peine &
la fatigue,à laquelle ils font accou-
tumés par les longs & pénibles
(û) Ceft une erreur groiîiere 5 par
un recenfement fait vers le milieu de
ce fiecle , on voit que la colonie du
Canada montoit alors àgg mille âmes.
Le dernier dénombrement, fous le
gouverneur Carleton , porte cette po-
pulation à ij-^ mille , dont trois
mille Anglois & proteftants qui fe
font établis, depuis la paix, en Canada.
Ces derniers ont entre leurs mains
tout le commerce , & cherchent à fe
rendre feuls maîtres de radminiitra-
tion.
N 3
a 5/ 4 Mém,fîir ladern. Guerre
Toyages qu'ils font pour les trai-
tes, dans lefquelîes il faut beaucoup
d'adreffe & de patience. Ces voya-^
ges les accoutument à être un peu
pareffeux, parle genre de vie qu'ils
mènent pendant ce tenis - Vx. Ils
font braves , aiment la guerre, &
font très- bons patriotes. Ils ont
un attachement fingulier pour leur
mere-patrie. Leur peu de connoit
fence du monde les rend volon-
tiers fanfarons & menteurs , étant
peu inftruits fur aucune matière.
il n'y a pas de pays où les
femmes mènent une vie plus heu-
reufe qu'en Canada. Les hommes
ont beaucoup de confidération
pour elles , & leur épargnent tou-
te la fatigue qu'ils peuvent. On
peut dire auffi qu'elles le méritent ,
ayant delà décence, de la figure ,
de la vivacité dans i'efprit , & de
rintrigue. Ce n'eft que par elles ,.
que leurs maris fe procuroient les
de l'Amérique Septcntr. 29 y
emplois qui les mettoient àleurai-
fe Se au deffus du commun. Il y
a dans les villes un ton de bonne
compagnie dont on ne fedouteroit
pas dans un pays aufli éloigné. El-
les danfent & le mettent bien na-
turellement & même fans maîtres.
Les Canadiens font générale-
ment religieux & ont de bonnes
mœurs. Les voyageurs font peu
fidèles dans les effets de traite. Les
prêtres les contiennent févérement^
parce qu'ils y font les maîtres tem-
porels & fpirituels, & étoient par-
venus à tenir fous leur férule jut
qu'au général & à l'intendant ; car
c'étoit un malheur pour celui des
deux qui ne favoit pas capter leuu
bienveillance : les cures y font ri-
ches & amovibles. L'évêque du
plus grand diocefe du monde , ce-
lui de Québec, avoit dix mille li-
vres de rente. 11 ne relevoit que^
du Pape. Depuis la mort de M. de
f
29 C Mm. fur la dern. Guerre
Pombriant, les Anglois n'y en ont
point nommé. Tout le pays fe
trouve fous la diredion de deux
grands vicaires (a).
Le gouverneur du Canada Tétoit
auffi de la Louifiane. Quoiqu'avec
une ample autorité pour la police
du pays & les négociations vis - à-
vis les Sauvages Se les étrangers , il
étoit très gêné par Piiitendant , qui
étoit maître abfolu de la partie des
finances , 81 chargé de tout le com-
merce &de^ la jatiice. Il étoit à la
tête du confeil fouverain du pays.
(fl) Le fameux bil de 1774 a per-
mis aux Canadiens catholiques d'a-
voir un évèque ,maisà condition qu'il
ne fe falfe point facrer en France.
On fait toutes les clameurs & les trou-
bles qu'a caufés & caufe encore , eil
Angleterre, la promulgation de ce
bil. Il juftifie les réflexions de l'au-
teur des ohf a valions fur h traité de
paix conclu à Paris m 176?. Voyez
p. 80 581? &C,
de t Amérique Septentr, %^j
Le commerce du Canada fe fai-
foit pour le compte du roi, & par
des particuliers. L'intendant avoit
la direction générale de cette par-
tie. Le roi avoit des magafins à
Québec , à Mont - Real , à St.
Jean , à Chanibly & à Carillon ;
& pour les poftes d'en haut, à la
Préfentation , à JSiagara, à Fron-
tenac, au fort du portage, à la
Prefqu'isle, à la Rivière aux Bœufs ,
& au fort du Quefne.
Le magafin de Québec étoit un
dépôt pour verfer dans celui de
Mont - Real. 11 fourniffoit encore
pour les traites avec nos Sauvages
domiciliés, les Abenakis & autres
du bas de la rivière. Le magafin de
Mont - Real verfoit fes marchandi-
fes dans tous les poiles dénommés
ci-deflTus. Sa traite direde .avec
les Sauvages étoit peu de chofe,
avant que le roi eut nommé un mu-
nitionnaire. Ces magafins fournit
298 Mêm, fur la dern. Guerre
foient les approvifionnements de
bouche & de guerre, foitpour la
traite , fait pour le fervice du roii
lis fervoient encore pour la partie
de l'artillerie.
Le roi entretenoit dans tous ces
endroits des gardes magafins ,
nommés par l'intendant, auquel
ils rendoient compte diredement.
L'intendant avoit fous lui un corn-
miffaire ardonnateur de la marine,
qui fe tenoit à Mont- Real , pour
les détails du pays d'en haut.
Les munitions de guerre , de
bouche, & les niarcliandifes pour la
traite ou pour les préfents deftinés
aux Sauvages , venoient de France
fur des vaiffeaux chargés pour le
compte du roi. C'étoit des bu-
reaux de la marine, que fortoient
tous ces effets. Il n'eft pas dou-
teux que pluîieurs des commis n'y
fuflfent intéreffes.
Ils envoyoleat des pacotilles^
fie l'Amérique Septenfr. 25^
qu'ils ramaffbient de par - tout au
meilleur compte poffible , & qu'ap-
paremment on faifoit payer au roi
fur le pied courant des marehandi-
fes en Canada. Mais le plus grand
mal , c'efl: qu'ils envoyoient des
marchandifes qui n'étoient point
du tout propres à la traite des Sau-
vages , comme de grands miroirs
montés fur du marroquin , des
étoffes de foie , & des coupons de
différentes autres étoffes , des mou-
choirs , des bas , enfin tout le re-
but des boutiques. L'intendant, qui
étoit attaché à la marine , n'auroit
ofé refufer tous ces objets , & les
envoyoit pour la forme dans le«
niagafins féparés où ils pourriË-
foient ou étaient volés, ou dé-
tournés à d'autres ufages. L'on fai-
foit des procès Verbaux de confom-
mation , au bout d'un certain
*tems. L'argent qui étoit payé par le
roi;, eatroitdsins la podie des four-
500 Mém, fur la dern. Guerre
nilTeurs , & toute la perte étoit
pour lui. Ajoutez à cela les ava-
ries 5 qui , dans d'aullî longs voya-
ges , deviennent immanquables ,
& ce qui pouvoit être volé. Les
fourniireurs avoient donc un pro-
fit fur , & le roi fupportoit toutes
les pertes, quoique les bénéfices,
dans des tems ordinaires , duflfent
être très - avantageux dans la trai-
te , autrement aucun particulier
ne fe feroit a vile de vouloir faire
ce commerce, fur -tout dans des
pays infiniment plus éloignés.
Le^ marchandifes pour la traite
des Sauvages font les fufils de chaf-
fe 5 le plomb , les balles, la pou-
dre 5 des briquets , des pierres à
fufil, des tirebourres , des cou-
teaux , des haches , des chaudiè-
res a de la porcelaine , de la rafa-
de 5 des chemifes d'hommes^ & des
toiles garnies de drap bleu & rou-
ge pour les couvertes & machico-
de t Amérique SeptentK 301
tes 5 du vermillon, & du vert - de-
gris 5 des rubans rouges , jaunes,
verts & bleus , de la tavelle angloi-
fe , des aiguilles , du fil , des alei-
nes , de la ratine bleue , blanche
& rouge, pour les mita (Te s , des
couvertes de laine de 3 points &
demi , de 3 points , de deux points
& d'un point & demi , de la toile
de Léon , des miroirs à cadre de
bois, des chapeaux unis, bordés
en fin & en faux, des plumets
panachés, des rouges, jaunes, bleus
& verts , des capots pour hommes
& pour eniants , de la ratine fri-
fée , des galons en faux & en fin,
de Peau -de- vie , du tabac, des
rafoirs pour la tête , des verrote-
ries en façon de porcelaine d'un
noir vineux, des peignes, &c.
Les Sauvages donnent, en re-
tour de ces marchandires,des peaux
de chevreuils , de cerfs , d'ours , de
caflors , de loutres , de pécans ^
302 Mém.furla dern. Guerre
d'écureuils , de martes , de loups-
cerviers , de renards , de rats muf-
qués , de rats de bois, de ioupSjJ|
de caribous & d'orignal. Ils trai-
tent auffi pour du pain , du lard ,
du fel,des pruneaux, de la me-
laffe, toutes fortes de viande & de
poiffons, de l'huile d'ours, qui vaut
mieux que la graiffe d'oye, & des
duvets d'oifeaux aquatiques. Tous
ces différents échanges fe réduifent
en valeur d'une peau de caftor, qui,
pour l'ordinaire , e(t eftimée une
bouteille d'eau- de- vie de 30 f.
La livre de caitor vaut 4 liv. 10 f.
& la peau pefe a liv. Se demie à 3
liv. Ces prix de nos marchandiies
varient , fuivant l'éloignement des
lieux.
Les gardes magafins , dans les
poiles du roi , étoient chargés feuls
de cette traite & de rendre compte
du produit à l'intendant. Le com-
mandant avoit droit de veiller à cf
de l'A'/ncriqm Septenîr, 303
que les Sauvages ne fuflent pas
trompés, & de prendre ce qu'il
croyoit néceflaire de ces effets ,
pour leur faire des préfents. Les
intérêts différents de ces deux per-
fonnes les brouilloient fouvent. Le
gouverneur fe trouvoitprefque tou-
jours avoir tort , & étoit rappel-
le. Pour éviter ces inconvénients,
Hs étoientaffez ordinairement d'ac-
cord , & faifoient leurs affaires en-
fembie.
Les poftes de l'intérieur du pays
ctoient donnés à des ofîîciers de
faveur. Le grade y étoit compté
pour rien. Ils menoient avec eux
un garde niagafin, & faifoient la
traite pour leur compte. Comme
ils n'étoient pas en argent, ils
trouvoient des marchands à Qjié-
bec ou à Mont-i<éal, qui] leur
fournifibient à crédit toutes les
marchandifes néceflaires , ce qu'on
appelloit les équiper, Ils'conve-
3 04 Mém» fur la dern. Guerre
noient de leur prix , & donnoient
en retour les pelleteries aux mar-
chands; il y avoit à gagner pour
les deux partis. Ces officiers avoient
fouvent occafion de négocier pour
le roi avec les nations voifines de
leurs poftes , & donnoient leurs
marchandiies pour des préfents.
Elles leur étoient payées par in-
tendant, fur l'approbation & les or-
dres du gouverneur. Cela a occa-
fionné bien des comptes d'apothi-
caire , & faifoit le profit le plus
afluré de ces commandants , fur-,
tout dans les tems de guerre.
Ces commandants, ainfî que les
traiteurs particuliers, étoient obli-
gés de prendre des congés du gou-
vernement , qui leur coùtoient 4
à 500 hv. pour avoir la permiffion
de porter leurs marchandifes dans
les poftes , & de fe charger de
quelques effets pour le compte du
roi. Cet article a toujours fait un
(k P Amérique Septentr, 50c ^
obftacle des plus confidérables à
la traite & à l'établiflement du Ca-
.iiada, étant obligé de prendre de
'ces congés toutes les fois que Von
vouloit aller dans l'intérieur du
pays. Les. poftes les plus éloignés
dans le N. O. étoient les plus re-
cherchés , à caufe de l'abondance &
du bas prix des pelleteries, & de
la cherté de leurs marchandifes.
La troifîeme efpece de traite fc
faifoit par des commerçants ou
coureurs de boi% qui ayant chargé
quelques canots de marchandifes »
moyennant des congés , alioient
chez les nations , hors de la portée
de nos poftes , attendoient les Sau-
vages au retour de leur chaffe dans
leurs villages , ou les y fuivoient,
& s'en revenoient après avoir trai-
té la charge de leurs canots avec
un avantage confidérable. Ceux,
fur-tout, qui étoient en étatd'ache-
3od Mém,furla dern. Guerre
ter de la première main les mar-
chandifes , faifoient une fortune
affez rapide; mais il falloit, pour
cela, fe déterminer à mener une vie
bien miférable &: bien pénible.
Ces différentes traites, à leur retour
en France, pou voient faire un ar-
ticle de 2 millions 500 mille li-
vres.
Aux détails qu'on vient de lire i
M, Fotichot avoît ajouté quelques
obfervations fur l'utilité dont le Ca-
nada aurait été à la France , fi on
eut mieux connu f es produBions , ê?
fi on eût profité des grands avanta-
ges que le fol & la pofiaion du pays
lui offroient ; mais comme l'auteur
n'avoit fait qu'ébaucher cette ma--
tiere, en fe promettant toutefois d'y
revenir & de l'approfondir davan^
tage i Êf que nous 71' avons pas
trmivé dans [es papiers fes. non-
de t Amérique Septentr. 307
l V elle s remarques :, nous avons cru
devoir fupprimer les anciennes trop
fiiperjîcielles 6f trop incomplètes.
D'ailleurs il n'avance rien dans ces
dernières que M. l'abbé Kaynal n'ait
vu ^ difcuté avec foin dans Jon
ouvrage , où il a eu le courage de
s'élever le premier contre les injuf-
îes préjugés que le public avoitjur
les colonies fr an qoif es du continent
de l'Amérique Septentrionale; pré^
jugés qu'on s'étoit efforcé de jujfi-
fer dans une fuite de mémoires im-
primés dans les premiers volumes
des Ephémérides du citoyen. Far^
ce que le gouvernement avoit commis
des fautes dans l'adminifïration de
la colonie du Canada , devoit-on en
C07iclure qu'elle étoit inutile,^ qu'on
devoit fe féliciter de fa perte ? Foilà
néanmoins à quoi Je réduifent tous
les arguments de notre économifle^
membre d'une efpece de fe&e politl-
308 Mêmjur la dern, Gue rre, &c.
que qui prend toujours de l'en-
thoufiafme pour la raijon , Sf qui^
ejclave de fon fyjlème , veut tout y
Joumettre , n'épargnant pour ceh
ni paradoxes , ni logomachies.
Fin du fécond Volume.